Ubisoft accuse d'une fuite des cerveaux sans précédent : voici les raisons

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Ubisoft accuse d'une fuite des cerveaux sans précédent : voici les raisons

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© Ubisoft

Fin d'année tumultueuse pour Ubisoft. L'éditeur français, déjà éclaboussé il y a plus d'un an et demi par de graves accusations concernant sa gestion des nombreux cas de harcèlement et d'agressions sexuelles dans ses locaux, commence à récolter les fruits de son inaction.

D'après une enquête de Stephen Totilo pour Axios, Ubisoft subit un véritable exode de ses développeurs − et peine à en recruter de nouveaux.

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Le plus gros employeur de l'industrie peine à retenir ses talents

Ubisoft, c'est à ce jour plus de 20 000 employé(e)s dans le monde. C'est plus du double du personnel employé par Activision-Blizzard. Seulement, cette force de travail est progressivement en train de se tarir, décrit Axios. Le site est allé à la rencontre de plusieurs développeurs qui décrivent « un flot de départs comme on n'en a jamais vu ». 

D'après le décompte effectué par le site américain, cinq des personnalités-phares du développement de Far Cry 6 ont quitté les rangs cette année, et douze de leurs homologues ayant œuvré sur Assassin's Creed Valhalla l'an dernier auraient fait de même. Les studios Ubisoft Montreal et Toronto accuseraient également de la perte de plus de 60 personnes au cours des six derniers mois. Une situation alarmante, qui cause d'importants ralentissements dans la bonne tenue des projets en cours, se confie un développeur.

Habituellement très attractive, l'entreprise aurait aussi beaucoup de mal à recruter. Depuis avril dernier, Ubisoft n'aurait recruté que 2600 personnes contre plus de 4500 sur la même période ces deux dernières années. Et Anika Grant, « Chief People Officer » du studio, de confirmer à Axios que « notre taux d'attrition aujourd'hui est un peu plus élevé que d'habitude ». Cette métrique, qui permet à une entreprise d'évaluer la rétention de ses employés, serait de 12 % (c'est 16 % chez Activision-Blizzard, mais 9 % chez EA, 8 % chez Take-Two et 7 % chez Epic Games).

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Des salaires trop bas et une réponse molle aux affaires de harcèlement

Alors pourquoi Ubisoft est soudainement devenue une entreprise que les développeurs cherchent à fuir ? Stephen Totilo a interrogé une douzaine d'employé(e)s actuels ou passés, et plusieurs raisons ont été invoquées.

Parmi les plus citées, on retiendra des salaires peu attractifs pour le secteur. Une situation qu'Ubisoft tente depuis peu d'adresser ; des hausses de compensations ont été annoncées à destination des studios canadiens du groupe. Mais les talents d'Ubisoft sont régulièrement courtisés par de nouveaux venus qui leur proposeraient des offres bien plus avantageuses. L'une des personnes interviewées par le journaliste raconte avoir triplé son salaire en quittant Ubisoft.

Les développeurs sont aussi nombreux à dire leur frustration à l'égard de la liberté créative (ou plutôt de son absence) qui leur est laissée. « Il y a quelque chose dans le management et la volonté de s'en tenir à un strict minimum en termes de créativité qui m'a vraiment rebuté », raconte au site un ancien employé.

Aussi et on s'en doute : la drôle de gestion par Ubisoft des innombrables affaires de harcèlement et d'agressions sexuelles qui ont été mises au jour à l'été 2020 pèse un certain poids dans la réflexion de certains développeurs hésitants. Voilà maintenant plus de 130 jours que le collectif A Better Ubisoft a adressé une lettre ouverte au P.-D.G. de l'entreprise, Yves Guillemot, demandant des actions concrètes pour lutter contre le climat délétère qui règne dans les studios. Une lettre restée pour l'instant sans réponse.

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Du reste, on comprend désormais un peu mieux pourquoi Ubisoft a annoncé le remake du légendaire Splinter Cell d'une façon aussi étrange − en invitant les intéressé(e)s à postuler pour aider à concrétiser ce projet.

Source : Axios

Modifié le 21 décembre 2021 à 08h15

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