Lucide, Ubisoft estime que la toxicité de ses studios risque de lui faire perdre ses « talents »

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Lucide, Ubisoft estime que la toxicité de ses studios risque de lui faire perdre ses « talents »

JVFR
© Ubisoft

On le sait, Ubisoft fait face à une crise identitaire sans précédent depuis un peu plus d’un an. Pointé du doigt pour la toxicité de ses studios, et surtout pour un management qui protège ses créatifs quoi qu’il en coûte − quand bien même des comportements abjects ont été constatés − l’entreprise tente de se racheter une image.

Pourtant, on peut se demander si les choses ont vraiment changé depuis la publication des enquêtes de Libération et Numérama l’été dernier. Alors qu’Ubisoft devrait s’affairer à repenser ses studios pour en faire des espaces de travail sains pour toutes et tous, une petite phrase extraite du récent document d’enregistrement universel (un support de communication financière) illustre des intentions en décalage de ce qu’attendent certaines et certains des 20 000 employés du groupe.

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Protéger les « talents »

Dans le volet réservé à l’étude des risques internes auxquels est confrontée l’entreprise, le document liste « l’occurrence de comportements inappropriés par les employés » en bonne place. Derrière cette dénomination, Ubisoft regroupe le harcèlement, la discrimination, les atteintes à l’éthique ou aux valeurs du groupe. Et ce type d’agissements représenterait, selon lui, un risque de départ prématuré des « talents » au sein de ses studios.

Le terme pourrait en faire tiquer plus d’un. Et pour cause : c’est précisément le nom qu’a l’habitude de donner Ubisoft à ses créatifs de renom comme Maxime Béland, Tommy François, ou encore Michel Ancel qui, chacun à leur manière, ont pu s’illustrer ces dernières années par des accusations de comportements au mieux questionnables, au pire légalement répréhensibles.

En creux, il faut donc comprendre deux choses. D’une part qu’Ubisoft confirme prendre acte de certains axes d’améliorations dans ses différents studios (sans pour autant remettre en question son management). De l’autre, qu’il craint que les remous causés par ces affaires ne fassent fuir des créatifs talentueux, ne souhaitant pas être associés à une entreprise dont l’image est dégradée.

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Une image repoussoir

Car c’est bien la réputation de l’entreprise qui est en jeu ici. Toujours dans le document d’enregistrement universel, on peut lire que ces mêmes problématiques seraient susceptibles de freiner l’attractivité de l’entreprise, et donc de l’empêcher de recruter de nouveaux « talents », justement.

Bref une véritable épine dans le pied, qu’Ubisoft essaie tant bien que mal de se retirer. Mais une récente enquête du quotidien Le Télégramme publiée en mai dernier livrait de premiers résultats pour le moins décevants en la matière. Selon les sources interrogées par le journal, de nombreuses personnes visées par des accusations de harcèlement ou de discrimination seraient toujours en poste chez Ubisoft.

Certes, l’entreprise a largement communiqué sur ses intentions de mieux faire ; sur la mise en place de stages de sensibilisation au harcèlement et aux comportements sexistes, la création de nouveaux postes et la nomination de Raashi Sikka au poste de vice-présidente chargée de la diversité et de l’inclusion. Mais, comme l’écrit noir sur blanc le studio dans ses documents financiers, le « risque » plane toujours.

Reste à espérer pour les premiers et premières intéressés que, dans sa volonté de protéger ses éminences grises à tout prix, l’éditeur et développeur n’en oublie pas de prendre soin de tous les autres.

Modifié le 11 juillet 2021 à 22h17

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