Test de Lake : tout plaquer pour devenir facteur dans l'Oregon, où est-ce qu'on signe ?

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Test de Lake : tout plaquer pour devenir facteur dans l'Oregon, où est-ce qu'on signe ?

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© Whitethorn Digital

Il faut que je vous dise. L’idée de tout plaquer pour devenir postier dans un petit village de l’Oregon sonne comme assez séduisante à mes oreilles. Me lever tôt, voir les reflets du soleil percer les feuilles des arbres et réchauffer les lacs, m’égosiller sur du Shania Twain pendant que je conduis ma camionnette. Le pied. Alors quand Gamious a commencé à teaser Lake l’an dernier, je me suis persuadé qu’il y avait déjà mon nom inscrit partout sur la jaquette.

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Lake

  • Artistiquement réussi…
  • Des personnages variés
  • Des dialogues pertinents
  • Entièrement doublé...
  • Un scénario qui résonne en chacun de nous
  • Plusieurs fins disponibles
  • … mais techniquement très limité
  • Des PNJ qui n'en font qu'à leur tête
  • Un gameplay simpliste
  • ... une protagoniste qui manque un peu de conviction
  • Trop répétitif sur la fin

Lake a été testé sur Steam grâce à un code fourni par l’éditeur. Il est disponible dès aujourd’hui sur PC et consoles Xbox.

D’autant que, soyons francs. Après les deux années successives que nous venons de passer, il est assez facile de s’identifier à une citadine proche du burn out qui délaisse son job dans la Grande Ville pour se reconnecter à un style de vie plus simple.

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Le goût des choses simples

Nous sommes en 1986. Meredith Weiss est une brillante programmeuse dans une entreprise sur le point de faire fortune grâce à un logiciel de prise de notes innovant. Une situation aussi enthousiasmante que stressante, qui lui fait accepter sans trop de difficulté la proposition de son père de le remplacer, le temps de ses vacances, pour assurer la distribution du courrier à Providence Oaks.

Bien sûr, son patron Steve a oublié de prendre note dudit congé. « Deux semaines ? Mais c’est une éternité ! », plaisante-t-il en se mordant les joues à l’autre bout du fil. On comprend bien vite qu’il ne se gênera pas pour nous importuner pendant nos vacances, mais on quitte finalement la ville le cœur léger.

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Meredith est programmeuse pour une entreprise qui développe un logiciel de traitement de texte.

Providence Oaks est ce genre de ville typiquement américaine où tout le monde se connaît. Et en l’occurrence, tout le monde connaît Meredith, puisqu’elle y a grandi avant de partir faire ses études au MIT, il y a quelque 22 ans. 

Un pitch que l’on a déjà vu mille fois en somme, aussi bien dans la littérature de gare que dans un téléfilm M6 à la faveur d’une sieste digestive, mais qui résonne particulièrement bien dans une époque où rien ne nous a paru plus vain que de rester le séant vissé derrière un écran d’ordinateur.

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Le facteur sonne toujours deux fois

Il ne faut pas jouer bien longtemps à Lake pour se convaincre qu’il s’agit là du projet le plus ambitieux des Néerlandais de Gamious. Spécialisé dans le jeu mobile depuis 2011, le studio affiche une montée en gamme assez spectaculaire ; même si tout n’est évidemment pas parfait.

Les animations, en l’occurrence, sont plus rigides que la semelle d’une chaussure de sécurité, et les PNJ qui peuplent Providence Oaks ont tendance à faire un peu n’importe quoi. Mais on ne leur en tient pas rigueur. Les pauvres doivent finir par s’ennuyer autour de ce lac dont on fera le tour pendant les deux prochaines semaines au volant de notre camionnette de la Poste.

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Les animations sont assez rigides
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Lake est entièrement doublé en anglais, et traduit dans plusieurs langues.

Lake, s’il avait plus de pognon, pourrait être l’enfant caché de Life is Strange et Death Stranding. Les pouvoirs pour remonter le cours du temps et Norman Reedus en moins. Car oui, on ne fera pas grand-chose d’autre de nos journées que rendre visite aux habitants de la bourgade pour leur distribuer des missives. Mais vous savez quoi ? On n’en demande pas plus.

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Le gameplay est simple, mais reposant.

À chaque jour suffit sa peine

À peine arrivés à P.O (c’est son petit nom) que nous sommes pris en charge par Frank, le taulier du centre de tri postal. Après une très courte mise en jambe, à notre tour d’assurer, jour après jour, la livraison des colis, des cartes postales et des relances de factures.

Un brin curieuse, Meredith n’hésite pas à émettre des observations sur les plis qu’elle dépose dans les boîtes aux lettres. Les colis, eux, nécessitent qu’on sonne à la porte pour les déposer en mains propres. Et s’il faudra parfois laisser le paquet sur le perron comme le font vos livreurs préférés, ce type de livraison donne le plus souvent lieu à un échange avec l’une des personnalités-clés de la ville.

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Le vidéo-club est amusant à explorer, chaque film de l'époque ayant été pastiché.

Entièrement doublés, les dialogues font régulièrement mouche, et démontrent d’une vraie pertinence dans l’écriture du jeu — à la fois moderne et simple. Dommage que Karyn O’Bryant, l’actrice qui donne sa voix à Meredith, soit au final la moins convaincante du casting. Certains échanges pourront donc paraître un peu trop mécaniques, surtout dans des moments où l’émotion est à son comble. On pense notamment aux retrouvailles avec Kay, la sémillante meilleure amie de Meredith à laquelle on n’a ni donné, ni pris, de nouvelles depuis deux décennies. 

Des petites saynètes, qui débouchent la plupart du temps sur des occasions d’occuper nos soirées, autrement bien calmes. Mildred pourra par exemple vous demander de garder ses chats pendant qu’elle se rend chez son coiffeur, ou Angie vous proposer d’aller découvrir Blue Velvet au cinéma à l’occasion d’un rencard (oui, il y a des options de romance). Autant de séquences qui rompent avec la relative monotonie du jeu, mais qui sont toutefois toujours très limitées techniquement (on ne quitte jamais Providence Oaks, et les fondus au noir sont légion).

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Les dialogues et leur pertinence sont le point fort du jeu.

À picorer pour son propre bien

Les longues sessions de jeu ne rendent pas service au jeu de Gamious. Assez répétitives quand on les enchaîne, les tournées ne nous offrent que rarement l’occasion de sortir de l’ornière. Certaines étapes s’ajoutent à notre route (un couple de hippies en camping-car ; un auteur patibulaire), mais ça s’arrête là.

On regrette aussi que Lake ne valorise pas le fait de pouvoir rendre visite à l’improviste aux personnages-clés dont nous parlions plus haut. S’ils sont tous indiqués sur la carte du jeu, aller les voir ne débouchera pas pour autant sur un nouveau dialogue. Dans tous les cas, vous ne serez libres d’explorer Providence Oaks que dans le cadre de votre travail. Une fois la camionnette garée devant la Poste, vous vous téléportez automatiquement là où le scénario veut vous emmener.

Cela serait sans doute plus gênant si Lake durait plus de 5 heures. Mais on s’en accommode finalement très bien si on le picore ça et là plutôt que de l’engloutir tout entier. 

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On aurait aimé pouvoir rendre visite à l'improviste aux habitants de Providence Oaks, mais ces passages sont totalement scriptés.

Lake, l’avis de JVFR

Ambitieux pour un studio jusqu’ici tourné vers le jeu mobile, Lake est une belle aventure à la fois dépaysante et très familière. En composant avec des thématiques qui résonnent en chacun et chacune d’entre nous (tout plaquer pour changer de vie), Gamious livre un jeu certes imparfait sur le pan du gameplay et de la technique, mais touchant tout en restant simple dans son écriture.

S’accommodant assez mal de longues sessions de jeu par son côté répétitif, Lake n’en est pas moins à ranger du côté des jeux qui nous font du bien. Parce qu’il a quelque chose de solaire, que son écriture est pertinente et que ses personnages savent mettre son script en valeur. Et puis parce qu’au fond, on aimerait sans doute toutes et tous avoir le courage de Meredith.

Lake

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Lake fait partie de ces jeux qui arrivent pile au bon moment. En illustrant le parcours d’une jeune programmeuse qui change de vie pour devenir factrice dans son Oregon natal, le jeu de Gamious fait vibrer la corde sensible de celles et ceux qui aimeraient chaque jour avoir le même courage.

Les plus

  • Artistiquement réussi…
  • Des personnages variés
  • Des dialogues pertinents
  • Entièrement doublé...
  • Un scénario qui résonne en chacun de nous
  • Plusieurs fins disponibles

Les moins

  • … mais techniquement très limité
  • Des PNJ qui n'en font qu'à leur tête
  • Un gameplay simpliste
  • ... une protagoniste qui manque un peu de conviction
  • Trop répétitif sur la fin

Modifié le 07 septembre 2021 à 07h52

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