Le patron d'Activision divise son salaire par 15 le temps que l'entreprise nettoie ses casseroles

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Le patron d'Activision divise son salaire par 15 le temps que l'entreprise nettoie ses casseroles

JVFR
© Activision-Blizzard

La famille Kotick sera moins gâtée que d’habitude à Noël. En cette période de bilans financiers, le P.-D.G. d’Activision-Blizzard a publié un long billet de blog dans lequel il dessine, enfin, des mesures claires pour régler les problèmes de harcèlement, de discrimination et d’écarts de salaire dans son entreprise.

Et, comme pour marquer le coup, le patron annonce qu’il souhaite être rémunéré au salaire minimum en vigueur dans l’État de Californie jusqu’à ce que toutes ces mesures soient mises en place.

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Bobby Kotick diminue son salaire de 93 %

Il faut se souvenir qu’en prime des innombrables problèmes de discrimination relevés par la DFEH californienne, Activision-Blizzard s’était illustré ces dernières années par l’indécence de la rémunération de son P.-D.G.

Sur l’exercice 2020-2021, Kotick a touché exactement 154,6 millions de dollars, incluant son salaire et de nombreux bonus qui viennent gonfler la note. Ce chiffre correspondrait à 1 560 fois le salaire médian perçu par les employé(e)s de l’entreprise.

Une situation devenue d’autant plus scandaleuse que l’entreprise a licencié dans les grandes largeurs l’année dernière. Bref, en cette période de tumultes chez Activision-Blizzard, la société pouvait se passer d’un nouveau scandale épinglant la rémunération d’un P.-D.G. déjà décrit comme laxiste dans sa façon de se saisir des problématiques qui la sclérosent.

« J’ai demandé au conseil d’administration de réduire ma rémunération au chiffre le plus bas autorisé par la loi californienne pour les personnes percevant un salaire, soit 62 500 dollars cette année, écrit Bobby Kotick dans son billet de blog. Pour être précis, ceci est une réduction de ma compensation globale, pas uniquement de mon salaire. Je demande à ne recevoir aucun bonus ou capitaux propres pendant cette période. » 

Mais de quelles mesures s’agit-il exactement ?

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Une immense victoire pour les salarié(e)s d’ABK

Sa solde désormais mise en jeu, vient le temps de l’action pour Bobby Kotick. Dans sa lettre, le patron dessine des jalons clairs à attendre pour que la réalité de l’entreprise corresponde aux valeurs prônées par Activision-Blizzard-King (ABK). À ce titre, et c’est une première, Kotick décrit l’investigation menée par la Commission pour l’égalité d’accès à l’emploi (EEOC) comme un « catalyseur du changement » pour l’entreprise.

Dans un premier temps, ABK inaugure une « nouvelle politique de tolérance zéro en matière de harcèlement dans toute l’entreprise. » Un vœu pieux, et évident avec cela, qui s’adosse néanmoins à des choses plus concrètes. En l’occurrence, si une personne visée par une plainte de harcèlement ou de discrimination tente d’exercer des représailles contre la personne qui l’accuse, elle sera licenciée sans délais. Et les nouveaux contrats de l’entreprise stipuleront que, le cas échéant, aucune indemnité de licenciement ne leur sera versée.

Pour créer un environnement plus inclusif et favorisant l’émergence d’une créativité diversifiée, ABK souhaite pousser à 50 % le pourcentage de femmes et de personnes non-binaires travaillant dans l’entreprise. Pour ce faire, un investissement de 250 millions de dollars sur 10 ans est débloqué pour soutenir l'effort. D’ici 2026, Activision se donne pour objectif d’atteindre plus de 33 % d’employé(e)s s’identifiant comme femmes ou non-binaires. À l’heure actuelle, ce chiffre est de 23 % environ.

Autre mesure, et il s’agit sans doute de la plus importante pour toutes les personnes vent debout pour insuffler le changement chez ABK : l’entreprise renonce à l’arbitrage obligatoire des plaintes pour harcèlement sexuel et discrimination. En effet, il est monnaie courante qu’aux États-Unis, une clause du contrat de travail interdise les employé(e)s d’attaquer en justice leur employeur pour ces motifs. Les militants de l’ABK Worker Alliance se sont félicités sur Twitter d’une « grande victoire ».

Enfin, Bobby Kotick souhaite être plus transparent sur l’état de l’égalité salariale chez Activision-Blizzard-King. À partir d’aujourd’hui, des chiffres plus détaillés sur l’écart salarial seront communiqués chaque année. De plus, l’entreprise publiera chaque trimestre un compte-rendu sur les progrès réalisés, lesquels accompagneront probablement les résultats financiers du groupe.

Modifié le 29 octobre 2021 à 09h56

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