Manageur toxique, le directeur créatif de Fullbright (Gone Home) démissionne ; Open Roads repoussé à 2022

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Manageur toxique, le directeur créatif de Fullbright (Gone Home) démissionne ; Open Roads repoussé à 2022

Pierre Crochart

05 août 2021 à 10h34

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Open Roads © Annapurna Interactive
Open Roads © Annapurna Interactive

Le co-fondateur et directeur créatif du studio Fullbright, Steve Gaynor, a annoncé avoir quitté la présidence de l’entreprise depuis mars dernier. Il conserve toutefois son rôle de scénariste sur Open Roads, le prochain jeu du studio, qui verrait finalement sa date de sortie repoussée à 2022.

Steve Gaynor, connu pour son travail sur l’inoubliable Gone Home et Tacoma, est accusé par de nombreux et, surtout, nombreuses collaboratrices d’avoir entretenu une ambiance de travail malsaine et toxique, rapporte Polygon.

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Une réalité en décalage avec l’image du studio

Fullbright est notamment reconnu pour la qualité de l’écriture de ses précédents jeux, mettant en scène des personnages féminins. Mais l’ambiance au sein du studio basé à Portland, dans l’Oregon, a plutôt tendance à les faire fuir, les femmes.

S’il n’est pas accusé comme Simon Darveau, du studio indépendant Scavengers, d’agressions sexuelles, Steve Gaynor se serait illustré par des méthodes de management discréditant systématiquement le travail de ses collaboratrices. Une présence étouffante et des brimades répétées, qui auraient poussé pas moins de 15 personnes à démissionner depuis le début du développement d’Open Roads en 2019. Et l’on parle là d’un studio qui ne compte que 20 employés à pleine capacité.

« Vous allez prendre ça pour une blague, mais je suis totalement sérieuse, prévient une ancienne employée de Fullbright à Polygon. Travailler pour lui donnait l’impression d’être aux ordres d’une méchante lycéenne de films. Son arme de prédilection c’est de rire à gorge déployée de l’opinion des autres et de les moquer devant d’autres personnes ». Une description que corroborent six anciens et anciennes employées du studio.

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Une présence qui dérange

En sa qualité de « petit studio », Fullbright n’a pas de pôle dédié aux ressources humaines. Aussi Steve Gaynor était la seule personne vers laquelle les employées mécontentes de Steve Gaynor pouvaient se tourner. « Il n’y a aucune infrastructure [pour faire remonter les problèmes] », regrette une ancienne du studio. D’autres auraient confronté directement le co-fondateur du studio, sans succès, quand certaines s’en seraient remises directement à Annapurna Interactive, qui édite Open Roads.

« Mon expérience personnelle d’avoir Steve comme manageur se résumait à une dynamique de travail toxique et malsaine, peut-on lire dans une lettre adressée par une employée à l’éditeur. Je peux dire de façon claire que je ne veux pas que ma carrière soit associée à lui ».

D’autres personnes interrogées par Polygon analysent la dangerosité de la situation pour d’éventuelles nouvelles recrues. Le studio mettant en avant dans ses jeux des personnages féminins, on a tendance à lui associer à une image d’inclusivité envers les groupes de personnes marginalisées. Or la réalité est tout autre, et des ex-employés craignent que de jeunes carrières prometteuses soient ainsi brisées si elles venaient à croiser le chemin de Gaynor.

Le problème étant que le co-fondateur du studio fait toujours partie de l’entreprise. Il n’occupe, certes, plus un poste de premier plan, mais participe toujours activement à l’écriture d’Open Roads. Un jeu mettant en scène une mère et sa fille dans un road trip mémoriel.

« Cela me tord le ventre de penser qu’il continue d’écrire ces jeux centrés sur des histoires de femmes alors que c’est comme ça qu’il les traite dans la vraie vie, se désole une source de Polygon. Je veux que les femmes de l’industrie et de ce studio se sentent mises en valeur. Je veux que de jeunes femmes vulnérables qui sont nouvelles dans cette industrie se sentent supportées, pas prises en chasse. Je veux que les femmes n’aient pas à craindre des représailles d’un puissant “auteur” pour avoir pris la parole. Je veux que les femmes se sentent en sécurité ici. Je veux que les femmes sachent que ce n’est pas normal. Et plus que tout, je veux juste qu’il arrête. Il ne devrait pas être autorisé à continuer à s’en tirer avec ça ».

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Une sortie chahutée pour Open Roads

Suite à la publication de l’article de Polygon, Steve Gaynor a publié un communiqué pour clarifier la situation. Il y confirme avoir quitté son poste de créatif, reconnaît que son « style de management était blessant pour les gens qui travaillaient à Fullbright » et s’en excuse.

« Prendre du recul m’a donné de l’espace et de la perspective pour voir la façon dont mon implication doit changer et combien j’ai besoin d’apprendre et de m’améliorer au sein d’une équipe, notamment en travaillant avec un consultant en gestion et en repensant ma relation avec le travail chez Fullbright », a-t-il déclaré.

Aussi Open Roads ne devrait toutefois pas pouvoir tenir sa date de sortie initialement prévue pour fin 2021. Plusieurs employés interrogés par Polygon ont émis d’énormes doutes à ce propos, et un représentant de l’entreprise a confirmé au site américain que le jeu avait glissé à 2022.

Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte déjà bouillant pour l’industrie du jeu vidéo. Plus d’un an après les révélations qui avaient été faites par Libération et Numerama sur les conditions de travail chez Ubisoft, Activision Blizzard est ces dernières semaines sur le feu d’une plainte déposée par l’État de Californie pour son incapacité à combattre le harcèlement sexuel systémique dont les femmes de l’entreprise sont victimes.

Source : Polygon

Open Roads

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