Test Ghostwire : Tokyo : de la fuite dans les idées

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Test Ghostwire : Tokyo : de la fuite dans les idées

Maxence Jacquier

21 mars 2022 à 13h01

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La dernière exclusivité PlayStation 5 signée Microsoft (wink wink) pose une question essentielle : une proposition originale suffit-elle à transcender un schéma désuet de monde ouvert ? Vous avez 20 heures.

7

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Ghostwire : Tokyo
  • Un espace de jeu fascinant
  • Artistiquement maîtrisé
  • Des effets visuels clinquants
  • Quelques quêtes annexes touchantes
  • …mais qui ne se renouvellent pas assez
  • Du remplissage inutile et des redondances
  • Déplacements un peu mous
  • Un scénario simpliste, des dialogues ratés

Après deux épisodes de The Evil Within aux fortunes plutôt diverses, Tango Gameworks élargit encore un peu ses horizons avec une nouvelle licence particulièrement intrigante depuis son annonce en 2019. La vue est désormais à la première personne, les Yokai et les fantômes remplacent les zombies, mais le studio de Bethesda (donc Microsoft) continue d’ouvrir son espace de jeu. Cinq ans après Breath of the Wild et seulement un mois après Elden Ring, l’open world de Ghostwire: Tokyo a-t-il vraiment quelque chose de pertinent à raconter ? Oui et non.

Test réalisé sur PlayStation 5 grâce à un code fourni par l'éditeur, après 25 heures de jeu. Ghostwire: Tokyo est également disponible sur PC, et l'exclusivité PS5 du jeu devrait durer un an.

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La tête et les jambes

Shibuya est soudainement vidé de ses habitants : une puissance occulte est déterminée à faire passer le monde dans une nouvelle dimension, et de nombreux esprits habitent désormais le bouillonnant quartier de Tokyo. Suite à un accident de voiture mortel, le jeune Akito est ramené à la vie par l’esprit de KK, un enquêteur paranormal aux puissants pouvoirs magiques. Les deux entités se voient forcées de cohabiter pour trouver leur propre rédemption, mais surtout contrecarrer les projets vengeurs d’un antagoniste aussi mystérieux que dangereux. 

Personne alentours, mais du monde dans la tête
Personne alentours, mais du monde dans la tête

Comme Auteuil et Chabat, Akito et KK cohabitent pour le meilleur et pour le rire (non). Loin des buddy movies si chers à Hollywood depuis les années 80, Tango Gameworks ne se saisit jamais complètement de son pitch prometteur. Les dialogues cheesy s’enchaînent, les enjeux ne décollent jamais vraiment et le tout se prend un peu trop au sérieux. On le verra, Ghostwire: Tokyo est assez constant dans sa manière de diluer ses bonnes idées, mais c’est particulièrement flagrant côté narration. Ni la comédie ni le drame ne parviennent jamais à transpercer notre petit cœur, alors que tout était réuni pour cela. L’intention ne vaut pas l’action.

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La ville pour seul horizon

La représentation de Shibuya a plus à dire de Ghostwire: Tokyo que ses dizaines de lignes de dialogue sans âme. Contrairement au cinéma, le jeu vidéo japonais s’approprie assez peu l’espace urbain moderne sur l’angle de l’imaginaire. Les séries Silent Hill et Disaster Report explorent, chacune à leur manière, d’autres façons de considérer la ville comme espace de jeu, et Ghostwire: Tokyo vient désormais lui aussi apporter sa pierre à l’édifice.

Les temples nichés au milieu de ruelles étroites, la verdure qui déborde sans prévenir d’un béton omniscient, la cacophonie typique des boutiques japonaises, les immeubles gris et imposants animés d’écrans gigantesques, les chantiers de construction interminables : le Shibuya de Tango Gameworks retranscrit parfaitement l’énergie typique de la mégalopole japonaise, alors même qu’elle est dépossédée de ses habitants. D’ordinaire si propre, la ville est désormais jonchée de vêtements récemment portés et de voitures accidentées, preuve que quelque chose cloche sacrément. D’habitude, le bordel y est très bien organisé.

La ville de Tokyo comme vous ne la verrez jamais
La ville de Tokyo comme vous ne la verrez jamais

Vaste, varié et régulièrement lacéré par la pluie, le décorum à la fois vide et habité de Ghostwire: Tokyo est assez hallucinant à explorer, en plus de résonner étrangement avec les événements récents liés à la pandémie de COVID19. On est ici dans la virtuosité verticale d’Amer Béton, là dans l’intimisme étouffant des films de Kiyoshi Kurosawa. On touche autant du doigt les descriptions poétiques de Murakami que les délires foutraques de Tokyo Tribe. Tout à la fois très proche et très loin de la réalité, le terrain de jeu se laisse apprivoiser à mesure qu’on en débloque de nouvelles zones, en purifiant les tori comme on capture les tours de Far Cry depuis déjà dix ans.

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Attrappez-les tous !

Les esprits les plus taquins pourraient dire que Ghostwire: Tokyo est un jeu Ubisoft saupoudré de folklore japonais. Aussi charismatique et engageant soit-il, le cadre du jeu repose malheureusement sur un modèle parfaitement désuet : missions principales et secondaires, points d’intérêts et collectibles par centaines savamment répartis pour inviter le chaland à l’exploration sans jamais l’y contraindre.

La qualité ou la quantité, Ghostwire: Tokyo a tranché
La qualité ou la quantité, Ghostwire: Tokyo a tranché

On comptait un peu sur les nombreuses références à la culture japonaise pour nous tirer de la torpeur habituelle occasionnée par ce modèle redondant et vicié. C’est en partie le cas : la découverte des différents yokai et la variété du bestiaire - entre working men, écolières sans tête et Yurei redoutables - contribuent largement au plaisir de jeu pendant les premières heures de l’aventure. Les Tengu qui permettent de visiter la cime des buildings, les Tanuki cachés dans le décor, les Kappa, Kasa Okabe et Rokurokubi à capturer, les missions annexes reprenant certaines légendes urbaines japonais : Tango Gameworks semble plutôt à l’aise avec la culture japonaise de l’occulte, et l’intègre assez bien à l’univers de son titre.

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De l’art de tirer les ficelles

Une nouvelle fois, c’est sur la longueur que Ghostwire: Tokyo peine à convaincre. Les coutures sautent après une petite dizaine d’heures, quand on comprend que le même schéma se répète ad nauseam. Les activités, comme les petits dialogues entre les deux protagonistes, commencent alors à tourner méchamment en boucle. Pour ne rien arranger, c’est à ce moment-là que le système de combat à le malheur de commencer à s'essouffler. Vous l’avez probablement déjà découvert en vidéo, mais les affrontements du jeu offrent un mélange étonnant de karaté et de magie inspiré du Kuji-kiri. En réalité, les trois pouvoirs de base reprennent les caractéristiques d’armes à feu typiques des FPS plus classiques.

JVFR
Le tissage d'éther est toujours très satisfaisant

Le vent est un pistolet, l’eau un fusil à pompe et le feu un lance-roquette, qui profitent chacun d’un tir secondaire à charger au risque d’être vulnérable quelques secondes, à la merci des hordes d’ennemis qui se déplacent plus ou moins rapidement dans votre direction. Le système est complet, spectaculaire et répond à l’ensemble des situations posées par le jeu, bien aidé par des vibrations de Dual Sense (parfois trop) énergiques. Il est toujours très plaisant de varier les attaques pour révéler le cœur des ennemis en vue de les achever par un finish move collectif qui les vaporise en un souffle. Le tissage d’éther est très classe, et procure une grande satisfaction après une série de coups qui font mouche.

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C’est un peu court, jeune homme

En dehors de ces trois possibilités de base et du corps à corps pour les situations d’urgence, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Un super pouvoir qui se fait vite oublier, des talismans très accessoires pour faciliter l’approche furtive ou les combats, un arc parfaitement inutile sauf lorsqu’on nous enlève nos capacités à différents moments de l’aventure : Tango essaie d’offrir un éventail large de possibilités, sans jamais parvenir à atteindre l’intérêt, les sensations et la satisfaction de la boucle de base qui ne se renouvelle pas assez sur la durée pour maintenir un certain intérêt.

Ghostwire: Tokyo multiplie pourtant les efforts en proposant un arbre de compétences fourni, mais on reste malgré tout sur notre faim. Pas de gros pouvoir magique visuellement fantastique pour nettoyer une zone, pas de dash pour dynamiser un peu les déplacements, impossible d’utiliser son grappin pour virevolter entre les vagues d’ennemis : les possibilités d’enrichir le système de jeu semblaient pourtant à portée de main.

JVFR
Les combats sont fun, mais manquent un peu de jus passée la première moitié de l'aventure

Assez peu handicapante lors des phases d’exploration pure tant le spectacle offert par les décors mérite qu’on s’attarde un peu à flâner, la lenteur des déplacements devient carrément problématique en combat quand les ennemis deviennent plus nombreux, résistants et pressants. Ce n’est pas tant que le jeu est difficile, avec ses ressources de santé quasiment illimitées et la possibilité de fuir tant bien que mal des ennemis plutôt lents. Davantage de vélocité aurait simplement permis aux affrontements d’atteindre de nouvelles sphères, tant dans leur approche que dans le plaisir qu’on en tire.

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Un esprit malsain dans un corps sain

Tango Gameworks n’est pas parvenu à renouveler suffisamment son expérience sur la durée, mais a également bien du mal à faire rentrer l’ensemble de ses idées dans son monde ouvert. Ghostwire: Tokyo est contraint de nous faire vivre ses quelques séquences fortes - gros combats, boss et fulgurances esthétiques à la Evil Within - dans une sorte de dimension parallèle, comme si elles n’avaient pas leur place dans le cadre principal de l’aventure. Toujours très talentueux dès qu’il s’agit de jouer avec nos sens, avec des décors renversés ou mouvants dans lesquels on s’aventure à l’instinct, le studio l’est nettement moins dès qu’il s’agit d’offrir une continuité logique de son expérience. Comme si on nous proposait deux mondes fascinants qui avaient du mal à cohabiter.

C’est d’autant plus dommage que l’esthétique générale du jeu rattrape largement les quelques errements techniques, en premiers lieux desquels figurent des chutes de frame rate régulières même en mode performance (le mode qualité est difficilement jouable en l’état, mais attendons le patch day one pour se faire un avis définitif). Les reflets dans les flaques d’eau créées par les averses qui viennent ponctuellement rythmer nos pérégrinations, les nombreux effets visuels produits par nos armes ou les corps des ennemis que l’on exécute, les décors qui fourmillent de détails : Ghostwire: Tokyo est souvent très agréable à regarder sans bénéficier d’une assise technique particulièrement impressionnante.

JVFR
Les décors dégagent vraiment quelque chose de particulier

L’univers est crédibilisé par des doublages japonais convaincants, les bruitages sont impeccables et les musiques discrètes viennent parfaitement soutenir l’action sans jamais en surjouer les enjeux, en plus d’un thème principal lancinant à souhait. Ghostwire: Tokyo n’est pas un jeu d’horreur, mais il ne verse pour autant pas dans le grand guignol en maintenant un excellent niveau d’intensité et d’inquiétude. Tango Gameworks souhaitait sans doute rendre une copie plus accessible. Voilà qui est brillamment réussi à cet égard.

Ghostwire: Tokyo, l’avis de JVFR

Que nous reste-t-il en mémoire après plus de vingt heures à déambuler dans Shibuya ? De magnifiques ruelles lacérées par la pluie, des effets visuels aguicheurs, des combats spectaculaires et quelques séquences choc dans la droite lignée des précédents jeux de Tango Gameworks. Avec tous les efforts consentis par le studio pour créer cet espace de jeu fascinant qui convoque les nombreux imaginaires et traumatismes propres à l’archipel, Ghostwire: Tokyo semble à bout de souffle dès la mi-course. Cette approche académique et désuète du monde ouvert, un certain manque de continuité et de cohérence dans sa proposition et un scénario tristement banal l’empêchent de complètement convaincre, et lasseront forcément ceux qui goûteront moins aux fulgurances esthétiques du jeu. Si l’on jugeait un jeu sur ses intentions, la voix de Ghostwire: Tokyo porterait bien plus haut.

Ghostwire : Tokyo

7

Le monde ouvert fascinant de Ghostwire: Tokyo repose malheureusement sur un schéma de game design désuet, et son gameplay peine un peu à se renouveler sur la durée. La proposition reste heureusement suffisamment fun et originale pour convaincre les amateurs d'action à la recherche d'un peu de sang neuf.

Les plus

  • Un espace de jeu fascinant
  • Artistiquement maîtrisé
  • Des effets visuels clinquants
  • Quelques quêtes annexes touchantes
  • Doublage japonais convaincant
  • Des combats efficaces et spectaculaires…

Les moins

  • …mais qui ne se renouvellent pas assez
  • Du remplissage inutile et des redondances
  • Déplacements un peu mous
  • Un scénario simpliste, des dialogues ratés
  • Quelques problèmes de framerate
JVFR

Ghostwire : Tokyo

  • PC
  • PlayStation 5

Date de sortie :

24 mars 2022

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