Test Tormented Souls : le Survival Horror venu du passé a de l'avenir !

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Test Tormented Souls : le Survival Horror venu du passé a de l'avenir !

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Avec ses airs de clone de Resident Evil fauché, Tormented Souls aurait largement eu sa place dans les bacs discount des supermarchés de la fin des années 90. Mais en 2021, alors que Capcom a d’autres plans pour sa série phare et que Konami peine à sortir Silent Hill des limbes, c’est plutôt le tapis rouge que l’on déroule pour ce survival à l’ancienne venu du Chili, qui parvient à faire du neuf tout en s’appropriant nombre de références illustres, sans jamais vraiment tomber dans le plagiat.

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Tormented Souls

  • Ambiance prenante
  • Décors fouillés et cadrages ingénieux
  • Énigmes bien troussées pour le genre
  • Des éclairages superbes
  • Des hommages et références, mais pas de plagiat honteux
  • Les combats inconfortables et ennuyeux
  • Des problèmes (logiques) de maniabilité
  • Doublages/bruitages fauchés
  • Scénario assez convenu et expédié sur la fin

Test réalisé sur la version PC. Le jeu est disponible en téléchargement sur PC et PlayStation 5, et bientôt sur Xbox Series S|X, Xbox One, PlayStation 4 et Nintendo Switch. Des versions physiques sont également prévues dans les prochains mois.

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Oeil pour oeil

Sympathique, désargenté, efficace, cheesy, surprenant, Tormented Souls est un survival néo-rétro qui sait ménager ses effets. À deux doigts du facepalm devant le menu statique et cet ignoble pointeur de souris en forme de main, on enchaîne avec une cinématique mollassonne, à moitié bruitée et portée par des doublages pas toujours bien dans le ton qui dessinent l’ébauche d’un scénario archétypal en diable. Des cauchemars, une lettre étrange, et voilà Caroline Walker en route pour une île mystérieuse en vue d’y visiter un manoir louche transformé en hôpital. Assommée, intubée et plongée dans un bain, elle se réveille avec un œil en moins et l’envie légitime d’en savoir un peu plus sur ce qui se trame ici. Nous voilà partis pour un peu plus de huit heures d’exploration, de frayeur, de puzzles, de combats et de  “What’s going on” balancés à tout va - de quoi faire pâlir ce bon vieux Leon S. Kennedy - dans un vrai-faux manoir Spencer qui, comme son modèle de 1996, a bien des secrets enfouis à déterrer.

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Malgré un air de déjà-vu, le manoir est passionnant à explorer

On oublie rapidement cette entame discutable pour profiter du spectacle. Les mouvements de caméra sont fluides et leurs angles judicieusement calculés, les décors sont très fouillés et l’éclairage spartiate des premières pièces et couloirs fait son petit effet. Les amateurs de Survival Horror au rythme plutôt lent seront aux anges, d’autant qu’ils pourront choisir leur manière de jouer. Au stick, Caroline se déplace dans la direction où l’on oriente le champignon, en course automatique pour un maximum de souplesse ; c’est la manière moderne. Avec le pavé directionnel, le personnage avance droit devant lui et on oriente son corps avec les touches gauche et droite. Il faut alors maintenir un autre bouton pour courir, et l’on perd en réactivité ce que l’on gagne en précision pour les affrontements et en charme rétro.

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La (sur)vie est belle

Le déroulement du jeu n’a rien de bien original, avec un triptyque exploration/puzzle/combats éprouvé qui repose sur l’amour des développeurs pour le survival des 90’s. Les deux premiers versants, parfaitement intriqués, sont les grandes réussites du jeu : on prend un pied monstre à découvrir et arpenter ce manoir converti en hôpital. La richesse et la variété du décorum sont parfaitement mises en valeur par les choix de cadrages et les mouvements de caméra, qui prennent parfois la topologie des lieux à contre-pied pour mieux en souligner l’étrangeté. En plus de fourmiller de détails cohérents et/ou dérangeants, les pièces et les couloirs du manoir jouissent d’un éclairage subtil qui, combiné au briquet que Caroline doit bien souvent tenir dans sa main pour avancer, offre un mélange de sources lumineuses statiques et dynamiques parfaitement cohérent qui contribue largement à l’ambiance pesante qui se dégage du jeu dès les premières minutes.

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Certains angles de caméra parfaitement décadrés contribuent à la tension permanente qui s'installe

Les développeurs ont parfaitement calibré leur mise en scène en fonction de leurs décors et de la manière dont ceux-ci sont éclairés : l’ombre de l’héroïne se retrouve par exemple bien souvent projetée en gros sur les murs lorsque la caméra lui fait face, entraînant une brusque chorégraphie en ombres chinoises lorsque celle-ci se met en mouvement. Assez bien intégrés dans les décors et pourtant correctement identifiables, les éléments interactifs - objets, dispositifs, carnets de notes - ne sont jamais bien compliqués à débusquer : l’exploration est aussi agréable que les lieux sont sales et repoussants, et on regrette juste l’absence totale d’interactivité avec l’environnement. Un choix logique compte tenu de la taille du studio et de l’ambition du jeu, mais la possibilité de briser un pot ou de faire bouger un lustre aurait encore un peu plus crédibilisé l’univers du jeu.

Tormented Souls se rattrape avec des puzzles plus retors et bien mieux pensés qu’on ne l’aurait soupçonné. Interprétation de texte, de tableau ou de poème, clé à configurer en fonction des indices donnés par la porte, battement de cœur à reproduire à l’identique, saut dans une autre dimension pour modifier l’ordre normal des choses façon The Medium… Malgré quelques poncifs (batterie à recharger, électricité à relancer, élément manquant à remettre en place), on apprécie largement l’inventivité des développeurs sur cet aspect fondamental de l’expérience classique de Survival Horror. Rien de vraiment insurmontable pour les habitués des jeux d’aventure en point and click, mais les puzzles ne sauront être déjoués en pilotage automatique comme dans nombre de jeux d’horreurs ces dernières années, et c’est déjà beaucoup.

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L'inventaire est particulièrement moche, mais très pratique à l'usage notamment dans la résolution des énigmes

Des combats tourmentés

Le constat est moins rose côté combats. Que certains angles de caméra masquent les ennemis, cela fait partie du jeu. C’est un choix de design qui contribue par ailleurs largement à l’ambiance, d’autant que les bruitages viennent toujours assister le joueur quand il s’agit d’identifier la présence d’une menace. On pardonne aussi les imprécisions lorsque l’on se déplace pile sur une zone de divorce entre deux angles de caméra, et que la maniabilité s’emballe un peu. Cela n’arrive d’ailleurs pas si souvent, voire pas du tout si l’on opte pour la maniabilité à l’ancienne, plus lourde, mais plus précise. Par contre, les combats contre les créatures s’avèrent plutôt pauvres en sensations et en intérêt, en plus de révéler nombre de défauts de réalisation jusqu’ici relativement discrets.

Les problèmes de collision ne sont pas rares quand on cherche à esquiver l’affrontement, et la frustration guette ceux qui souhaiteront économiser un maximum leurs ressources (spoiler : ce n’est pas très utile au final). On aura meilleur temps d’éradiquer toute menace, même si l’absence de sensations de tir - fusil à un coup mis à part - et d’impact sur la cible n’offre au final aucune réelle satisfaction, en plus de mettre en lumière les difficultés du studio à animer correctement les créatures. Inspirés de Clock Tower et de Silent Hill, les monstres sont assez terrifiants et leur pression constante, accentuée par la musique qui ne manque pas l’occasion de s’emballer un peu, offre quelques sueurs froides quand la dernière sauvegarde commence à remonter un peu.

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Les créatures sont cauchemardesques, tout comme les sensations en combat

Assez sage niveau difficulté, Tormented Souls dose assez bien les ressources (munitions, bobine de sauvegarde, soins) pour distiller moments de tensions et accalmies de manière équilibrée. Le joueur est dispensé de gestion d’inventaire, puisque Caroline n’est pas limitée dans ce qu’elle peut transporter, pour un gain réel de rythme et la possibilité de s’approprier les lieux sans allers-retours superflus. Le manoir dispose de nombreux passages secrets et autres raccourcis qui permettent rapidement de rejoindre un lieu ou un autre, et si on traîne forcément un peu en route avant de cerner l’enjeu du moment (ou parce que la carte n'est pas accessible d'un bouton et ne se met pas à jour), la progression est globalement limpide et agréable.

Est-ce que ça fait peur ?

En dehors de quelques jump scares efficaces dont il n’abuse d’ailleurs pas, Tormented Souls mise plutôt sur la tension pour distiller la peur. Les monstres sont assez terrifiants, et représentent surtout une menace suffisamment importante pour que chaque rencontre soit considérée avec sérieux. Des scènes dérangeantes ponctuent également la progression : Caroline n’est jamais à l’abri de tomber sur le résultat d’expérimentations médicales déviantes qu’on n’oserait pas imaginer, et il n’est pas rare d’espérer la boule au ventre que ce cadavre sous un drap, dans un coin de la pièce, ne se réveille pas au moment où l’on passera à côté. Pas forcément dans le panthéon du genre niveau flippe, Tormented Souls sait malgré tout conserver une certaine étreinte sur le joueur tout au long de l’aventure, et ce malgré sa tentative ratée d’imposer une sorte de Nemesis dans sa deuxième moitié. Au casque et dans le noir, la tension reste palpable d’un bout à l’autre du jeu.
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Attention, derrière toi, c'est affreux

Trompe la mort et tais-toi

Subtile et travaillée en jeu, la mise en scène devient subitement très molle et convenue lors des rencontres avec les rares PNJ bienveillants qui peuplent la bâtisse. Les doublages, on l’a dit, sont un peu trop fauchés pour faire illusion, mais de l’écriture des dialogues aux choix de cadrage en passant par l’immobilisme criant des protagonistes sans oublier les cinématiques poussives, on a parfois l’impression de jouer vraiment à un titre de l’ère PlayStation. Largement inspirée de Silent Hill, l’histoire parvient à faire monter la pression tout au long du jeu pour finalement retomber un peu tristement, la faute à un twist que l’on voit venir de trop loin et à une séquence finale aussi laconique que convenue.

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Un prêtre dans un manoir sombre et grouillant : je ne vois pas ce qui pourrait mal tourner...

Dommage, Tormented Souls disposait pourtant des matériaux pour une conclusion radicale et puissante, et si certains se consoleront peut-être avec les trois fins différentes, difficile de ne pas rester sur sa faim après une conclusion aussi cheesy. Puisqu’on en est à évoquer les regrets, impossible de passer sous silence l’indigence de certains bruitages, assez souvent mal connectés les uns aux autres ou tout simplement trop seuls pour offrir un minimum de cohérence à l’action. La musique s’en tire mieux, malgré des transitions un peu rudes à chaque changement de pièce : entre les douces mélodies au piano, les nappes atmosphériques qui accentuent la pression et les enchevêtrements de sonorités métalliques et organiques au coeur de l’action (vous avez dit Silent Hill ?), Tormented Souls a de quoi assumer ses ambitions en termes d’ambiance même si sa bande originale ne restera pas longtemps dans les mémoires.

Même constat côté réalisation graphique. Assez réussi artistiquement malgré le manque d’originalité des lieux explorés (manoir, hôpital, égouts, catacombes), Tormented Souls ne fait pas de miracle côté textures tout en assurant le minimum. On pourrait ergoter sur les éléments de décor qui scintillent un peu trop, les quelques animations qui sautent quand Caroline monte ou descend des escaliers ou encore la pauvreté globale du rendu des êtres vivants, mais ce serait injuste au regard de la générosité déployée par les deux studios chiliens pour donner un maximum de corps et de charme à leur univers. Sans mentir sur ses ambitions ni tricher sur la marchandise, le jeu de PQube n’a pas à rougir de sa réalisation et assure l'essentiel avec un framerate constant sur nos PC de test (5600X/RTX 2080 Super et i7 6800K/GTX 1070), en 2K tout à fond.

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Sans être clinquante, la réalisation du jeu est globalement satisfaisante

Tormented Souls, l’avis de JVFR

Belle surprise que ce Tormented Souls. En dehors de quelques archaïsmes ludiques, narratifs et techniques - des hommages appuyés, diront même certains - le jeu de PQube se repose sur sa science aiguisée de la mise en scène ingame et sur son exploration parfaitement calibrée pour séduire les amateurs de tension et de frissons. Les décors, lumières et cadrages sont magnifiques, les puzzles un minimum exigeants et si la partie action est nettement en retrait, difficile de bouder son plaisir de retrouver intacts des sensations que l'on pensait enfouies à jamais dans notre inconscient de joueurs et joueuses. Très perfectible et pas foncièrement original, le Survival Horror chilien n'est pas le plagiat éhonté que l'on craignait, et offre même un peu plus qu'une simple madeleine de Proust bien troussée. À ne pas manquer pour les amateurs d'aventure horrifique.

Tormented Souls

7

Tormented Souls fait du neuf avec du vieux, mais il le fait bien : les amateurs de Survival Horror à l'ancienne un peu cheesy auraient tort de passer à côté de cette petite merveille d'ambiance, qui ravive une flamme trop longtemps étouffée sur l'autel du spectacle.

Les plus

  • Ambiance prenante
  • Décors fouillés et cadrages ingénieux
  • Énigmes bien troussées pour le genre
  • Des éclairages superbes
  • Des hommages et références, mais pas de plagiat honteux

Les moins

  • Les combats inconfortables et ennuyeux
  • Des problèmes (logiques) de maniabilité
  • Doublages/bruitages fauchés
  • Scénario assez convenu et expédié sur la fin

Modifié le 30 août 2021 à 16h07

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