Test Chernobylite : une bombe atomique qui n'atteint pas la pleine charge

Publicité

Test Chernobylite : une bombe atomique qui n'atteint pas la pleine charge

JVFR
© The Farm 51

Voilà déjà deux ans que le studio polonais The Farm 51 (Get Even, NecroVisioN) cultive l'accès anticipé de son RPG Chernobylite, grâce au généreux pécule amassé via Kickstarter (plus de 200 000$ sur les 100 000 demandés). À l'occasion de sa sortie en version 1.0 sur PC, et à l'orée du lancement des éditions PS4 et Xbox, nous avons voulu voir de quoi il retournait dans « la Zone ».

Car, comme son nom l'indique — en dépit d'une sonorité assez amusante dans la langue de Pascal Obispo —, Chernobylite vous propose une sorte de safari morbide dans la zone d'exclusion de la célèbre centrale ukrainienne. Et c'est justement pour la reproduire du mieux possible grâce à des scans 3D que The Farm 51 a réclamé l'aide des joueurs pour financer son jeu.

7

JVFR

Chernobylite

  • Une ambiance à couper le souffle
  • Intrigue intéressante à suivre
  • Des personnages hauts en couleur
  • Mécaniques de jeu variées
  • Visuellement très, très réussi
  • L'importance des choix limitée par la possibilité de revenir dans le temps
  • Cinq zones seulement ; on finit par tourner en rond
  • Des adversaires sourds et aveugles
  • Une sensation de danger jamais vraiment pesante

Publicité

La fiendzone

Igor Khymynuk a du bol. Bien inspiré, le physicien avait justement posé un RTT ce jour funeste du 26 avril 1986. Un nez creux qui lui a évité de partager le triste sort de ses collègues qui, eux, ne tiraient pas au flanc. Le hic, c'est que parmi eux se trouvait Tatyana, son épouse. Le genre de blessure que 30 années ne suffisent pas à refermer. Et encore moins lorsque, un beau matin, Igor reçoit une photo de sa défunte épouse, et que celle-ci commence à hanter ses rêves, l'invitant à venir la retrouver dans la zone.

Oui, ça ressemble à l'intrigue de Silent Hill 2 mais, promis, les similitudes s'arrêtent là.

Déterminé, notre protagoniste se paie les services de mercenaires pour s'établir aux abords de Prypiat afin d'entamer ses recherches. Car, d'une certaine manière, Chernobylite est un jeu d'enquêtes.

Bon, c'est surtout un FPS aux vagues mécaniques de survie et aux relents de RPG, mais on devra aussi mettre la main sur des indices afin de retrouver Tatyana et de contrecarrer les plans de la NAR — une organisation paramilitaire qui veut exploiter le pouvoir de la chernobylite, un matériau mystérieux apparu après la catastrophe permettant de contrôler le temps et l'espace.

JVFR

Publicité

Tcherno country for old men

Contrairement aux apparences, Chernobylite n'est pas le rejeton radioactif de Far Cry. Situé quelque part à mi-chemin entre le dirigisme d'un Metro et la liberté d'un S.T.A.L.K.E.R., le jeu se décompose en réalité en cinq zones semi-ouvertes que l'on explore au gré de missions, ou simplement pour amasser des matériaux et composants d'artisanat.

À ce titre, le jeu de The Farm 51 est très adapté au picorage. Les missions ne vous occuperont qu'une dizaine de minutes en ligne droite, quand vider une zone de tous ses points d'intérêt poussera l'intérêt de l'exploration jusqu'à une petite demi-heure.

JVFR
Pendant que l'on est en mission, on peut envoyer ses camarades à la recherche de vivres dans les 4 autres zones du jeu.
JVFR
Vous tomberez parfois sur de ... drôles de scènes.

Tout cela s'organise depuis notre base d'opérations qui, à l'instar d'un Fallout 4, peut être aménagée à notre goût. Ateliers d'amélioration des armes, laboratoires de manipulation de la chernobylite, réchaud et autres sas de décontaminations sont autant d'objets qui vous pouvez (et devrez) confectionner pour vous équiper et survivre dans la zone. Comme n'importe quel citadin après un an de confinement, l'envie vous prendra aussi d'entamer l'entretien d'un petit potager qui assure un apport régulier de nourriture à votre petite famille de stalkers.

JVFR
JVFR
JVFR
À vous d'aménager votre base pour vous confectionner de l'équipement et entretenir le moral de vos compagnons.

Vous l'aurez compris : il faudra également prendre soin de vos coéquipiers. En leur aménageant un petit coin couchette, en égayant leur quotidien avec quelques plantes et de quoi s'éclairer. Mais surtout en les nourrissant ! Après chaque sortie dans la Zone, il vous sera demandé de faire la distribution des quignons de pain, avec ce que ça implique de regards gênés et de dilemmes. Car dans Chernobylite, vos choix ont des conséquences — nous y reviendrons.

Conteur Geiger

Un vrai système de micro-gestion, qui offre à Chernobylite son aspect jeu de rôles. Et si l'on n'atteint pas le niveau d'écriture des scènes de camp d'un Red Dead Redemption 2, les différents traîne-savates (cinq en tout) que vous recueillerez dans la zone ont tous des histoires intéressantes à vous raconter, et surtout des missions à vous confier. Car si vous voulez compter sur eux pour prendre d'assaut la centrale (où se trouve censément Tatyana), il va falloir nouer de solides liens avec vos compagnons.

JVFR
Chaque mission principale se conclue par un choix cornélien...

C'est là qu'entre en jeu l'une des meilleures idées de Chernobylite : son système de choix. Alors oui, ce n'est pas bien original, mais c'est plutôt bien exécuté. En effet, la plupart des missions principales du jeu débouchent sur un choix crucial. Faut-il détruire le radar Duga pour empêcher les soldats de la NAR de communiquer, ou au contraire s'en servir pour améliorer son scanner ? Doit-on tuer ce type un peu louche qui traîne aux abords du camp et qui refuse de divulguer son identité, ou au contraire le laisser repartir sain et sauf ? Des dilemmes qui se soldent par des « Mikhail se souviendra de ça » ou des avertissements que notre relation avec un autre compagnon s'est détériorée à cause de la décision que nous venons de prendre.

JVFR
... lequel a des conséquences sur vos relations avec les membres de l'équipe.
JVFR
Certains personnages peuvent décider de vous lâcher en cas de mauvaises relations.

C'est particulièrement engageant, et ça a surtout des effets très concrets sur le déroulé de l'aventure. Un compagnon mécontent pourra décider du jour au lendemain de plier bagage si vos relations sont trop tendues, ce qui amoindrira considérablement vos chances de réussite lors de l'assaut final.

Retiens l'ennui

The Farm 51 a néanmoins prévu une parade. Vous vous souvenez de la chernobylite, qui permet de contrôler le temps et l'espace ? Grâce à elle, vous pourrez en effet retourner dans le passé afin de modifier des choix cruciaux. Un camarade s'est fait la malle après que vous l'avez froidement négligé ? Grimpez dans votre Tardis et changez le cours de l'histoire. Astucieux, en plus d'être joliment mis en scène. Même si, il faut le dire, cela rend tout de suite moins cornéliens les choix que l'on est amenés à faire. Toujours est-il qu'on peut prendre un malin plaisir à explorer l'éventail des possibles grâce à cette fonctionnalité, sans avoir à refaire une run entière du jeu.

JVFR
La mécanique de retour dans le passé est séduisante mais amoindrie l'impact de nos choix.

Et il faudra bien ça, quelque part, pour vous tenir en haleine pendant la vingtaine d'heures promise par les développeurs. En ce qui me concerne, j'ai lâché avant. Car je me dois de vous le dire : Chernobylite a un peu du mal à se renouveler une fois passées les 5 ou 6 premières heures de jeu. Une phase « lune de miel » particulièrement réussie où l'on découvre les mécaniques, on s'extasie sur la direction artistique (le jeu est vraiment sublime) et on prend le temps de peaufiner son équipement - mais, inexorablement, on finit par tourner en rond.

Je l'ai dit : nous n'avons que cinq (petites) zones à notre disposition. Bien sûr, on n'y fera pas toujours la même chose, et la météo pourra changer d'une visite à l'autre. Mais on en fait vite le tour, surtout quand on comprend que nos adversaires sont tous plus ou moins sourds et aveugles. Car si on a tendance à faire attention au départ, à se cacher dans le moindre buisson et à avancer prudemment dans les bâtiments en ruine de Prypiat, on se rend compte que l'IA des soldats de la NAR est totalement dans les choux, a fortiori si vous avez fait le choix d'améliorer vos compétences de furtivité. C'était mon cas, et je peux vous assurer que mes adversaires ne levaient même plus un sourcil en me voyant danser la lambada devant eux. 

JVFR
L'IA des adversaires est pour le moins... permissive.

Pour compenser son intelligence artificielle à côté de la plaque, The Farm 51 a, une nouvelle fois, trouvé la parade : les soldats sont dotés d'une habileté au tir qui ferait pâlir les Stormtroopers. Pour le dire autrement, ils ne ratent jamais un tir. De quoi vous encourager à ne pas trop attirer leur attention, et surtout à fuir les affrontements au possible. Pas de regrets, puisque les gunfights sont très loin d'être mémorables dans Chernobylite

Les ombres, créatures monstrueuses issues de la chernobylite, sont plus imprévisibles. Elles peuvent se téléporter dans votre dos et vous submerger en nombre. Mais leur présence est finalement anecdotique : faciles à éviter, elles participent au folklore plus qu'elles ne créent une véritable angoisse.

JVFR
JVFR
JVFR
Les ombres sont des adversaires plus imprévisibles (mais pas plus difficiles à tuer)

Bons baisers de Prypiat

Heureusement, rien ne retirera à Chernobylite le travail titanesque réalisé par ses développeurs pour reproduire au mieux les environnements — réels — de Tchernobyl et ses environs. Largement documentée sur la chaîne YouTube officielle du jeu, cette reconstitution porte, d'une certaine manière, le jeu à elle seule. 

Chernobylite est à ce titre davantage un jeu d'ambiance qu'un véritable FPS, ou survival horror. Vous n'aurez jamais peur, ou si peu. Mais vous chausserez les bottes boueuses d'un vagabond désespéré dans un petit monde en ruines, le tout servi par un écrin technique exceptionnel (l'Unreal Engine 4 à son meilleur) qui transforme régulièrement le jeu de The Farm 51 en usine à fond d'écrans.

Artistiquement très réussi, Chernobylite brille enfin par son casting vocal très convaincant dans sa langue natale. Autant d'éléments qui favorisent l'immersion et, au fond, nous font lui pardonner la plupart de ses imperfections. De quoi inviter à porter la plus grande attention sur les prochains projets du studio polonais.

JVFR
JVFR
JVFR
JVFR
Visuellement, Chernobylite figure probablement parmi les plus beaux jeux de l'année.

Chernobylite : l'avis de JVFR

Jamais vraiment FPS ni survival horrorChernobylite captive avant tout pour son ambiance et la reconstitution réaliste de la zone d'exclusion de la centrale de Tchernobyl. Grâce à des mécaniques de jeux variées, faute d'être inédites, la recette de The Farm 51 fonctionne - au point de faire de Chernobylite autre chose qu'un « petit jeu sympathique » vendu une trentaine d'euros.

En fait, les premières heures du jeu sont franchement mémorables… mais c'est justement ce qui rend les derniers instants pénibles. Avec cinq zones de jeu seulement à explorer, on finit par tourner en rond. Ces petites longueurs ne rendent guère justice à l'intrigue, bien ficelée, et aux personnages bien écrits (et incarnés) que l'on rencontre au fil de l'aventure.

Quelques ratures sur une copie très propre donc, qui ne devraient pas vous décourager de jeter ne serait-ce qu'un œil intrigué sur Chernobylite. D'autant qu'une certaine série diffusée l'an dernier sur HBO vous aura peut-être donné envie d'en découvrir plus sur cet endroit devenu tristement légendaire.

Chernobylite

7

Chernobylite en met plein les yeux avec sa reconstitution réaliste des environs de Prypiat. Et grâce à des inspirations variées, côté gameplay, le FPS/RPG de The Farm 51 s'en tire avec les honneurs. On regrette toutefois une certaine répétitivité résultant du nombre réduit de zones à explorer. Un jeu imparfait mais qui mérite assurément le coup d'œil !

Les plus

  • Une ambiance à couper le souffle
  • Intrigue intéressante à suivre
  • Des personnages hauts en couleur
  • Mécaniques de jeu variées
  • Visuellement très, très réussi

Les moins

  • L'importance des choix limitée par la possibilité de revenir dans le temps
  • Cinq zones seulement ; on finit par tourner en rond
  • Des adversaires sourds et aveugles
  • Une sensation de danger jamais vraiment pesante

Test réalisé sur PC via un code fourni par le développeur. Le jeu sortira sur PS4 et Xbox One le 7 septembre.

Modifié le 19 août 2021 à 09h24

Dernières actualités