The Great Ace Attorney Chronicles : un point d’entrée parfait dans la franchise

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The Great Ace Attorney Chronicles : un point d’entrée parfait dans la franchise

JVFR

Sortis respectivement en 2015 et 2017 sur 3DS, les deux épisodes de The Great Ace Attorney, spin-off d’Ace Attorney (ou Phoenix Wright par chez nous), n’avaient jamais quitté le Japon en dépit du succès rencontré par la saga principale en nos contrées. Une erreur aujourd’hui réparée avec la sortie The Great Ace Attorney Chronicles, une toute nouvelle compilation qui nous emmène découvrir les tribulations de Naruhodo Ryunosuke, ancêtre de ce cher Phoenix Wright.

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The Great Ace Attorney Chronicles

  • Graphiquement très plaisant
  • Des mécaniques bien huilées…
  • Des personnages savoureux et truculents
  • Un scénario bien fichu qui s’étale sur les deux jeux
  • Une parfaite introduction pour les néophytes
  • Parfois beaucoup trop bavard
  • … mais moins étoffées que celle d’Ace Attorney
  • Pas de version française (ni de doublages)

Vous ne le saviez sans doute pas, mais Phoenix Wright (Ryuichi Naruhodo en VO) n’est pas le premier avocat de la défense de sa famille. La passion pour la loi et la justice développée par les Naruhodo remonte à bien des années, et plus précisément, à Ryunosuke Naruhodo. C’est durant l’ère Meiji, au lendemain de la signature du traité d’amitié anglo-japonais de 1854 que ce jeune homme plein de fougue débute sa carrière d’avocat, et il s’agit de son histoire que l’on pourra suivre tout au long des deux épisodes et des dix affaires qui composent The Great Ace Attorney Chronicles. Une histoire tarabiscotée à souhait, prenante, émaillée de personnages tous plus truculents les uns que les autres, mais qui n’échappe toutefois pas à quelques écueils, surtout en matière de rythme.

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Re-Meiji une tournée

Comme précisé un peu plus haut, The Great Ace Attorney Chronicles est le récit des aventures de Ryunosuke Naruhodo, de sa jeunesse estudiantine au japon, et de sa métamorphose en avocat confirmé sur les terres de la perfide Albion. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le récit ne nous laisse pas une seconde de répit en nous balançant immédiatement en plein cœur de « l’action ». Accusé du meurtre d’un professeur anglais (qu’il n’a évidemment pas commis), Ryunosuke devra assurer lui-même sa défense au sein de la plus grande cour de justice du Japon.

Accompagné par son ami de toujours Kazuma Asogi, étudiant en droit émérite, et pouvant compter sur des capacités d’observation et de déduction hors-norme, le jeune Naruhodo fera éclater la vérité au grand jour, révélant une véritable vocation, et scellant son destin d’avocat de la défense. La suite des évènements enverra Ryunosuke au Royaume-Uni afin de se frotter au « meilleur système de justice du monde » (un système où les jurés votent en envoyant des boulets enflammées dans les plateaux d’une balance géante donc…), et à une tripotée d’affaires plus complexes les unes que les autres, qui s’associent pour former une seule et même histoire parfaitement rocambolesque, et diablement prenante.

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Notre protagoniste au début de ses aventures, un brin paniqué

Chacun des dix cas qu’il sera possible de découvrir au sein de cette compilation est l’occasion d’apprécier ce qui fait le charme d’un bon Ace Attorney. À commencer par l’écriture et la narration qui s’avèrent suffisamment bien foutues pour nous tenir en haleine à chaque instant. Les révélations, les différents twists et retournements de situation sont extrêmement plaisant à suivre, d’autant plus que le récit est servi par une galerie de personnages tous plus réussis les uns que les autres. Témoins, jurés, accusés et membres du barreau constituent un casting de choix. Les personnages y sont tour à tour classes à l’extrême, idiots au possible ou complètement invraisemblables. Mais cela fonctionne parfaitement.

Il suffit de voir le procureur van Zieks et ses faux airs de vampires se servir un verre de vin et le boire devant la cour, ce témoin qui porte un véritable cygne comme couvre-chef ou encore cette jurée en train de tricoter en rendant son verdict pour comprendre qu’Ace Attorney nous entraîne dans un univers riche, vivace, un brin barré, mais au final extrêmement cohérent. Un véritable régal qui contraste souvent avec les thématiques abordées dans les affaires, comme le meurtre, la mort d’un proche ou le mépris de l’occident envers l’orient, mais qui aide au final à dédramatiser le tout avec un brio certain.

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Les témoins et leurs looks improbables

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Balance ton proc

À l’instar de la série principale, The Great Ace Attorney Chronicles emprunte énormément aux codes du Visual Novel. Comprenez par-là que vous aurez beaucoup de texte à lire, et que l’essentiel des interactions se fera par le biais d’interfaces, d’objets à inspecter et de documents à lire. Ne vous attendez donc pas à de l’action trépidante durant les nombreuses heures que vous passerez sur le jeu. Ici, il sera plus question d’observation, de réflexion et de logique qu’autre chose.

Pour vous permettre de découvrir la vérité, The Great Ace Attorney Chronicles à fait le choix de la simplicité, abandonnant bon nombre de mécaniques issues des épisodes de la série principale. Sur cette base, le titre tisse un ensemble d'enquêtes peu compliquées sans pour autant manquer de subtilités ni d’intérêts, qui en font un excellent point d’entrée pour les néophytes.

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Le journal, point de départ de toute enquête

L’outil de base de Ryunosuke est son journal, qui regroupe tous les indices débloqués au fil de l’affaire. Rapports, pièces à conviction et autres dossiers relatifs aux personnages en présence pourront être étudiés sous toutes les coutures pour y déceler le moindre indice susceptible de faire progresser votre cas. Il faudra bien souvent revenir plusieurs fois sur un même objet pour en tirer la substantifique moelle et débloquer une situation inextricable au premier abord. Charge ensuite au joueur d’utiliser le bon argument au bon moment pour faire évoluer la situation.

Au fil des affaires, de nouveaux principes viendront étoffer la panoplie de notre personnage. Contre-interrogatoires permettant de faire émerger une nouvelle vérité ou une incohérence, capacité à déduire des faits en duo avec le (presque) génial détective Herlock Sholmes, remise en cause des votes du jury en mettant en lumière leurs contradictions, c’est au final un arsenal complet qui est mis à votre disposition pour faire triompher la vérité.

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La dance de déduction, ou comment corriger les raisonnements erronés de Sholmes

Il est au final très plaisant de jongler avec les différents outils mis à notre disposition pour dénouer l’écheveau – et les cheveux, parfois – de chaque affaire, et finir par faire triompher la justice et la vérité. Et même si, de par son principe, l’aventure s’avère assez dirigiste puisqu’il n’existe qu’une seule et unique manière de résoudre les affaires ou de présenter les preuves, l’aventure se laisse dévorer avec un plaisir non dissimulé.

L’heure de la plaie-doirie

The Great Ace Attorney Chronicles marque déjà de très bons points grâce à son écriture, sa narration, ses personnages et ses mécaniques de jeu. Mais ce ne sont pas là ces seuls atouts puisque le titre peut aussi compter sur une réalisation extrêmement réussie. La version Switch que nous avons eu entre les mains s’avère extrêmement propre en mode portable comme en docké, et l’on saluera le travail effectué par rapport au matériau de base. Les animations des personnages en particulier sont très plaisantes, et donnent vie à la galerie de personnage constituée pour l’occasion.

L’on s’amusera des mimiques et attitudes de Ryunosuke qui laisse énormément transparaître ses états d’âme au fil du procès tout comme des réactions souvent disproportionnées des autres protagonistes. Difficile aussi de bouder son plaisir à l’écoute de la B.O. du jeu qui s’offre quelques très jolies compositions qui viennent accompagner à merveille les différentes phases des procès.

The Great Ace Attorney Chronicles est-il pour autant exempt de défauts ? Absolument pas, et c’est là que le bât blesse un peu. Le plus gros problème, pour nous autres français, réside dans l’absence totale de localisation dans la langue de Molière. Pour profiter des aventures de Ryunosuke Naruhodo, il faudra posséder un bon (voire très bon) niveau d’anglais. Le travail d’adaptation en anglais est d’ailleurs particulièrement réussi, avec des personnages déblatérant à grand renfort d’argots et autres accents à couper aux couteaux.

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Le système judiciaire anglais et sa fameuse balance de la justice enflammée...

Le plus gros grief envers ce titre, nous concernant tout du moins, est essentiellement une affaire de rythme. Même si par essence, un Ace Attorney repose sur des enchaînements de textes à lire, ce Great Ace Attorney Chronicles se perd parfois dans des phases de discours inutilement longues, voire redondantes. Comme si le jeu prenait un malin plaisir à diluer son propos. Il est très énervant de comprendre là où l’histoire nous mène, souvent parce que la solution se voit comme le nez au milieu de la figure, tout en étant obligé de se coltiner de longues minutes d’allers-retours entre les personnages. En résulte souvent un agacement, voir un énervement, ou au contraire, un ennui mortel.

On regrettera aussi l’impossibilité d’accélérer, ou de passer, certains dialogues, histoire hâter la manœuvre. Surtout lorsque, par mégarde, l’on clique à nouveau sur un élément déjà étudié et que les personnages déroulent à nouveau leur speech dans son intégralité. Enfin, on regrettera aussi parfois, comme déjà mentionné un peu plus haut, la propension du jeu à vouloir nous diriger. Certains indices, bien que sous notre nez depuis le début, ne pourront par exemple pas être utilisés avant que le scénario ne l’autorise. Une contrariété mineure, mais une contrariété tout de même.

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Les phases d'enquêtes, très fortement inspirées par les point and click

The Great Ace Attorney Chronicles : l’avis de JVFR

Avec cette compilation inédite en nos contrées, Capcom frappe un grand coup. D’un côté, il procure aux amateurs de la franchise Ace Attorney un peu de biscuit à se mettre sous la dent. De l’autre, il permet aux néophytes de découvrir une excellente porte d’entrée dans cet univers. Que l’on soit dans l’un ou l’autre des cas, difficile de trouver à y redire dans ce Great Ace Attorney Chronicles est plaisant.

Deux titres inédits chez nous, dix affaires qui s’entrecroisent en une trame globale, des dizaines d’heures de jeu au compteur, autant le dire tout de suite, il y a de quoi faire. D’autant plus que la narration y est menée d’une main de maître tout du long, offrant son lot de révélations improbables et de moments chocs. Pour ne rien gâcher, le récit abrite une galerie de personnages tous plus réussis les uns que les autres, s’inscrivant dans un univers tour à tour sérieux puis loufoque.

Servi par une réalisation impeccable et une B.O. tout aussi réussie, The Great Ace Attorney Chronicles souffre malgré tout de quelques soucis, le premier étant l’absence totale de VF. On regrettera aussi les quelques lenteurs et longueurs qui émaillent le récit, et alourdissent inutilement une expérience autrement très agréable. De légers soucis donc, mais qui n’empêchent aucunement d’apprécier à sa juste valeur un titre aussi bien fichu que généreux. Aucune objection de notre côté donc !

The Great Ace Attorney Chronicles

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Point d’entrée rêvé dans la saga Ace Attorney (même s’il faudra maitriser correctement l’anglais pour en profiter pleinement), The Great Ace Attorney Chronicles brille par sa réalisation autant que son histoire. Une franche réussite servie par une galerie de personnages hors-norme et un humour omniprésent, ce qui compensera aisément les quelques longueurs et lourdeurs que l’on pourra y trouver. Bref, on recommande aux vieux briscards comme aux nouveaux venus dans le monde d’Ace Attorney.

Les plus

  • Graphiquement très plaisant
  • Des mécaniques bien huilées…
  • Des personnages savoureux et truculents
  • Un scénario bien fichu qui s’étale sur les deux jeux
  • Une parfaite introduction pour les néophytes

Les moins

  • Parfois beaucoup trop bavard
  • … mais moins étoffées que celle d’Ace Attorney
  • Pas de version française (ni de doublages)

Modifié le 30 juillet 2021 à 09h14

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