Test Last Stop : le train de la hype a oublié de marquer l'arrêt

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Test Last Stop : le train de la hype a oublié de marquer l'arrêt

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© Annapurna Interactive

Last Stop est un jeu qui a su se présenter sous son plus beau jour. Fabriqué par Variable State, à qui l’on passe volontiers les quelques imperfections de Virginia (son premier jeu), le projet avait sur le papier absolument tout pour me convaincre. Des éléments surnaturels qui viennent perturber un quotidien abrutissant, des personnages forts, et une écriture rigoureuse mêlant humour et solennité.

Mais à la manière de celles et ceux qui publient des photos largement retouchées de leur personne sur leur profil Tinder, Last Stop n’a en réalité pas grand-chose à voir avec ce que ses différentes bandes-annonces nous laissaient entendre. À savoir un film choral interactif, qui nous provoque autre chose que des bâillements et des sourires polis. 

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Last Stop

  • Un concept intéressant…
  • Des musiques superbes
  • Quelques (très rares) répliques qui font mouche
  • Disponible sur PC, Xbox et Cloud via le Game Pass
  • … mais mal exécuté
  • Une écriture laborieuse et incohérente
  • Un gameplay profondément soporifique
  • Des transitions brutales entre jeu et cinématiques

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Le jour où tout a basculé

Changement de style plutôt radical pour Variable State. Signataires d’une chouette enquête lynchienne à la première personne dans leur premier jeu Virginia, les trois compères restent toutefois attachés à une école de game design très facilement identifiable.

Héritiers de jeux comme Dear Esther (The Chinese Room, 2012), The Vanishing of Ethan Carter (The Astronauts, 2014) ou évidemment Kentucky Route Zero (Cardboard Computer, 2013-2020), Variable State se rêve en grand conteur. Mais là où le studio parvenait à cacher ses hésitations (légitimes pour un premier projet) dans un thriller muet comme Virginia, il a beaucoup plus de mal à le faire dans Last Stop et son casting de personnages très bavards.

Le jeu raconte l’histoire de trois protagonistes dans un Londres moderne où d’étranges phénomènes se manifestent à qui est suffisamment attentif. En l’occurrence, John Smith, Meena Hughes et Donna Adeleke voient leur quotidien bouleversé le jour où ils sont témoins, acteurs ou victimes du phénomène en question.

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Metro, boulot, (gros) dodo

Le déroulé du titre est plutôt intéressant. Le découpage s’effectue par « épisodes » d’une vingtaine de minutes maximum dans lesquels on incarne chaque personnage à tour de rôle, et dans l’ordre que l’on veut. On passe ensuite à l’épisode suivant, que l’on peut de nouveau explorer d’abord avec Donna, John, Meera ou inversement. Mais ne faisons pas trop de cas de cette particularité : elle ne change strictement rien au dénouement de l’intrigue.

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Trois personnages, trois chapitres distincts

La mise en scène et les interactions proposées dans le jeu s’inspirent ici grandement des jeux de Dontnod ou de Telltale avant lui. Il s’agit de sélectionner des dialogues (qui ne sont souvent que trois façons différentes de dire la même chose), de se rendre d’un point A à un point B (en repassant systématiquement par les mêmes environnements totalement vides) ou d’effectuer des QTE pompeux auxquels même Quantic Dream ne se risquerait plus (oui, on doit brosser les dents de son personnage. Captivant.)

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Entre choix de dialogues...
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... et QTE lénifiants

Pire, Last Stop est un jeu qui a énormément de difficultés à se faire comprendre. On a parfois du mal à saisir si nous nous trouvons toujours dans une cinématique ou si l’on peut se déplacer. Il m’est arrivé de rester planté comme un piqué 10 bonnes secondes avant de me rendre compte que je devais bouger.

De la même façon, les changements de plans et de perspective incessants font qu’on ne retrouve pas immédiatement son personnage à l’écran. Le jeu lui-même semble d’ailleurs un peu perdu, ne sachant quoi nous faire faire pour justifier son statut de « jeu vidéo ». Certaines « séquences » de jeu consistent — littéralement — à faire trois pas en avant pour déclencher la prochaine cinématique. Incompréhensible. 

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Vous voyez ce tunnel de métro à gauche ? Eh bien ce n'est pas du tout là qu'il faut aller.

Terminul, tout le monde descend

Tout cela sans parler du pathfinding complètement à côté de la plaque, qui fait que les personnages qui nous accompagnent dans nos — passionnantes — balades se prennent tous les obstacles du chemin en pleine figure. En termes d’immersion, on a vu mieux. Surtout dans un jeu narratif.

Car le fait est que si Last Stop veut s’inspirer, sur la forme, de ce qu’a proposé Dontnod avec Tell Me Why, il est si maladroit qu’il passe systématiquement à côté de son sujet. Voyez-vous j’estime qu’un jeu narratif, choral de surcroît, doit avant tout être porté par ses personnages. Dommage : le scénario imaginé par Variable State ne fait jamais hommage au joli casting vocal réuni par le studio.

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Très bien doublés, les personnages sont malheureusement mal écrits.
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L'arc de Donna est à la fois le plus dramatique et le moins bien mis en scène.

En fait, aucun des différents personnages n’a su me convaincre ou me procurer la moindre émotion. Il faut dire que nous n’avons pas tout à fait affaire aux personnes les plus aimables de la Terre. John Smith est un père célibataire qui délègue l’organisation du foyer à sa fillette de 8 ans (la charge mentale, ça commence tôt). Meera Hughes, ancienne SAS employée par une agence gouvernementale secrète, est infidèle et inconséquente. Donna Adeleke enfin, est l’archétype de l’adolescente candide et égoïste, refusant de voir une vérité qui est pourtant sous son nez depuis le départ.

Des personnages difficiles à apprécier, qui ne sont certainement pas aidés par un script totalement incohérent. On voit notamment Meera (agente secrète, rappelons-le) passer un coup de fil à son amant alors que son mari est littéralement à trois mètres. 

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Benêt sympathique, John est tout aussi incohérent que les autres.

La vie, c’est comme les voyages en train

Il y a bien quelques moments sympas. Celui illustré il y a plusieurs mois par une séquence de gameplay en fait partie.

Dans la peau de Jack, un autre protagoniste dont il se trouve qu’il a échangé son corps avec notre bon vieux John, il s’agit d’infiltrer le studio de développement de jeux vidéo qui l’emploie. Une séquence qui débouche sur un délicieux échange sur les conditions de travail dans l’industrie, et notamment sur quelques lignes de dialogues grinçantes à propos du crunch.

Un rictus nous échappe. Puis on replonge aussi sec dans la vacuité d’une histoire dont on admet assez rapidement qu’elle nous importe peu. La faute à ces fameux personnages qui, jamais, n’arrivent à nous intéresser à leur sort. Mais aussi à des graphismes d’un autre temps (Virginia était artistiquement plus réussi) et des animations laborieuses qui nous sortent constamment des dialogues.

Ne reste donc à Last Stop plus grand-chose pour lui. Si ce n’est sa bande originale, toujours composée par un Lyndon Holland qui, visiblement, n’a pas perdu toute son inspiration. Lui.

Last Stop, l’avis de JVFR

Virginia était un jeu imparfait, mais intrigant. Son successeur est au moins aussi imparfait… mais ne propose absolument rien qui puisse nous donner envie d’y revenir.

Film choral interactif mal écrit, et ficelé avec des moufles, Last Stop déçoit non seulement pour ses protagonistes agaçants au possible que pour son gameplay d’une paresse rare. Au point qu’il nous donne même l’impression de ne pas avoir envie d’être un jeu vidéo.

Un reproche qu’il n’est pas rare de faire aux jeux narratifs de tout poil, mais que Last Stop mérite bien plus que d’autres. C’est que, contrairement à South of the Circle, pour ne citer que lui, il ne parvient jamais à nous faire entrer dans son univers. Heureusement, les possesseurs du Game Pass n’auront pas à payer leur ticket d’entrée. Mais il y a fort à parier qu’ils choisiront de descendre quelques arrêts plus tôt que son terminus.

Last Stop

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Variable State déraille. Après l’intrigant et lynchien Virginia, le trio anglais signe avec Last Stop un film choral interactif inintéressant et, pire, mal écrit. Ne sachant jamais trop s’il doit assumer d’être un jeu vidéo, il offre une expérience de jeu irritante et désagréable. Une vraie déception.

Les plus

  • Un concept intéressant…
  • Des musiques superbes
  • Quelques (très rares) répliques qui font mouche
  • Disponible sur PC, Xbox et Cloud via le Game Pass

Les moins

  • … mais mal exécuté
  • Une écriture laborieuse et incohérente
  • Un gameplay profondément soporifique
  • Des transitions brutales entre jeu et cinématiques

Test réalisé sur Xbox Series X via le Game Pass.

Modifié le 02 août 2021 à 15h02

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