Test Scarlet Nexus : action survoltée et réalisation mollassonne

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Test Scarlet Nexus : action survoltée et réalisation mollassonne

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Avec un catalogue regroupant une tripotée de licences historiques du jeu vidéo (Soulcalibur, Tekken, Tales Of, Dark Souls) et les adaptations des plus grosses licences manga (DBZ, One Piece, Naruto, My Hero Academia), Bandai Namco est assis sur une manne quasi inépuisable qui pourrait le dispenser de toute créativité. Et pourtant, cela n’empêche pas l’éditeur de prendre régulièrement des risques en sortant des titres originaux, histoire de voir s’il ne pourrait pas se créer une nouvelle licence à intégrer à son catalogue pourtant déjà bien fourni.

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Scarlet Nexus
  • Un système de combat complet et sexy en diable...
  • Une DA globalement réussie, BO comprise
  • Une histoire qui ne cesse de surprendre chapitre après chapitre
  • Une galerie de personnages bien troussée
  • … grevé par des séquences de parlottes insipides
  • La répétition et le recyclage, signes évidents d’un manque de moyen
  • Quelques retards d’affichage
  • La mise en scène de l’histoire, plate et statique la plupart du temps

Scarlet Nexus fait partie de ces essais. Après God Eater et Code Vein, Bandai Namco a fait à nouveau appel au producteur Keita Iizuka, qui avait déjà accouché de God Eater et plus récemment, de Code Vein. Pour l’occasion, Iizuka nous a ressorti ses marottes habituelles, à savoir un amour certain pour les histoires alambiquées, les univers aux concepts forts, et surtout des mécaniques de jeu, combat en tête, confectionnées avec un soin et une précision qui frôlent la perfection. Cela suffit-il à faire de Scarlet Nexus un titre dont on se souviendra durant les années à venir ? Pas sûr, car le jeu est pétri de nombreux défauts qui viennent sévèrement contrebalancer ses qualités.

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L’enfer, c’est les Autres

Après God Eater et son univers post-apocalyptique empli de monstres invincibles, Code Vein et son univers post-apocalyptique empli de vampires rendu fous par la soif de sang, Scarlet Nexus change agréablement la donne en nous emmenant faire un tour dans un monde alternatif dominé par une technologie liant les cerveaux entre eux, et/ou les pouvoirs psychiques sont monnaie courante.

Dans ce futur "Brainpunk", pour reprendre la terminologie inventée par Iizuka et son équipe, il sera possible de suivre l’histoire de deux personnages distincts, mais d’égale importance. D’un côté, Yuito Sumeragi, héritier du fondateur légendaire de Neo Himuka. De l’autre, Kasane Randall, fille adoptive des dirigeants de la plus grande industrie d’armement du pays. En plus de leurs origines aisées, tous deux partagent un même pouvoir, la Télékinésie, qui leur permet de manipuler les objets qui les entourent à l’envi.

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Les Autres et leurs design pour le moins étrange

Mais ce ne sont pas là leurs seuls points communs, car Yuito comme Kasane font partie de la dernière vague de recrues du Bureau d’Elimination des Autres, une force militaire qui enrôle presque de force une bonne partie des forces vives de la nation pour lutter contre la menace qui plane au-dessus de Neo Himuka et le pays en général : les Autres.

Depuis quelques siècles, le monde de Scarlet Nexus est exposé à des attaques incessantes venant de la Ceinture de l’Extinction, une entité nébuleuse flottant dans le ciel, qui largue à intervalle régulier des créatures étonnantes, mélangeant parties organiques et technologiques, grotesques, et surtout, avides de cerveaux. Le BEA constitue une force d’élite, seule capable de repousser ces assauts grâce aux prouesses martiales et psioniques de ses membres.

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La Pyrokinésie d'Hanabi, un allié précieux en combat

Scarlet Nexus nous invite à suivre Yuito et Kasane dans les premiers jours de leur incorporation au BEA. A leurs côtés, il sera possible de découvrir les Autres, la menace qu’ils représentent, les rouages de ce monde et de ses institutions, une galerie de personnages haute en couleur et une intrigue qui, vous vous en doutez, viendra bousculer les fondements mêmes de leur univers. N’en parlons pas plus avant pour ne pas vous gâcher les nombreuses surprises que recèle ce titre.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les scénaristes s’en sont donnés à cœur joie. Car voyez vous, si Scarlet Nexus raconte une histoire, elle le fait par le biais de deux personnages. Au début du jeu, vous serez invité à choisir entre Yuito et Kasane, et vous vivrez l’intrigue du point de vue du personnage choisi. Loin d’être anecdotique, ce choix permet de découvrir l’histoire selon deux angles distincts. Chaque événement sera vécu différemment selon le protagoniste sélectionné, occasionnant des divergences, parfois majeures, d’une histoire à l’autre. À tel point qu’il faudra véritablement jouer les deux histoires pour obtenir tous les tenants et les aboutissants du scénario de Scarlet Nexus.

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C'est beau. Indéniablement. Mais Dieu que c'est vide...

Pour ne rien gâcher, le scénario qui nous est présenté, et plus largement, le monde que l’on découvre dans ce jeu sont tout à fait prenants. L’histoire comporte une ribambelle de twists scénaristiques et de révélations originales, qui nous maintiennent en permanence en haleine. Une bonne surprise en somme, là où on ne l’attendait pas forcément.

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Un feu d'artifice visuel

Comme l’on pouvait s’en douter au vu des dernières productions mêlant Bandai Namco et Iizuka, Scarlet Nexus nous propose une identité visuelle et sonore forte, et très réussie. Il nous en colle d’ailleurs plein la tronche dès ses premières secondes. L’intro animée nous présente une bonne partie du casting en train de découper des Autres avec une grâce aussi aérienne que mortelle, le tout porté par une bande-son qui a tendance à rester dans les oreilles. Si cette intro sert à mettre en avant la série animée qui sort en parallèle du jeu, elle permet surtout de donner le ton d’une DA irréprochable.

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Visuellement, Scarlet Nexus en fout plein la tronche assez régulièrement

Scarlet Nexus s’appuie aussi sur une partie visuelle haut de gamme. L'identité visuelle du titre repose sur un Cell Shading très impressionnant, surtout sur PS5. Personnages et environnements sont absolument somptueux, et la DA s’en trouve sublimée une fois que tout ce beau monde se met en mouvement. Les animations en combat sont d’une fluidité impressionnante, et une avalanche d’effets visuels métamorphose le tout en un véritable feu d’artifice qui flatte la rétine comme rarement.

Le casting des personnages pour sa part, s’il est un peu cliché pour ce type de production, n’en demeure pas moins très réussi. Amie d’enfance garçon manquée (et un peu amoureuse du héros), beau gosse froid et distant, fille silencieuse qui a du mal avec les émotions, mais disposant d’un cœur d’or, homme mûr farceur et porté sur la bouteille, faites votre choix, ils sont tous là. Mais ils ont l’avantage d’être tous intégralement doublés, et par des seiyuus ayant très largement roulé leurs bosses dans l’animation, ce qui donne au dialogue une saveur particulièrement agréable si l’on joue avec les voix japonaises (mais qui aurait le mauvais goût de jouer à ce type de production en anglais ?).

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La partie équipement visuel permet de personnaliser l'apparence de son équipe. Pour le plaisir de tous les weebs

Les griffes de l’ennui

Malheureusement, cette débauche d’effets ne suffit pas à cacher les faiblesses qui gangrènent Scarlet Nexus. Si le titre s’avère magnifique, il souffre malgré tout de plusieurs défauts assez rédhibitoires. À commencer par un level design qui manque clairement d’inspiration, et ne fait que souligner l’économie avec laquelle a été réalisée ce titre. Au gré de l’histoire, nos protagonistes seront amenés à visiter une douzaine d’environnements différents qui, s’ils ont des identités visuelles intéressantes (un chantier, un métro désaffecté, un quartier marchand abandonné, un vieil hôpital), finissent par tous se ressembler.

Chaque lieu consiste en une succession de couloirs et de pièces qui font office d’arènes où nous attendent quelques ennemis. Des lieux que l’on traversera en ligne droite, à l’exception de quelques détours exigés par le scénario (le jeu ne nous laissera pas aller là où l'on ne doit pas aller de toute manière) jusqu’à tomber sur la salle finale qui abrite le boss de fin de chapitre. Histoire d’en rajouter une couche (négative), ces lieux sont peuplés d’ennemis qui finissent tous par se ressembler.

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Les environnements sont plutôt jolis, mais manquent de panache dans le level design

S’ils disposent de designs originaux et marquants, ils souffrent aussi du syndrome de la déclinaison propre à de nombreux RPG japonais. Le bestiaire est en effet rempli de variations d’un même ennemi, à tel point que l’on se lasse rapidement et que tout finit par se ressembler. Là encore, cette répétition des monstres souligne le peu de ressources allouées à Scarlet Nexus.

Terminons enfin par un mot sur la réalisation du titre, qui pêche à de nombreux moments. Souvent magnifique durant les séquences d’action, Scarlet Nexus se plante dans les grandes largeurs dès qu’il s’agit d’exposer son histoire, pourtant accrocheuse comme nous l’avons déjà souligné précédemment. La plupart des segments d’exposition se font en effet par le biais de plans fixes émaillés de vignettes reprenant le portrait des différents interlocuteurs. Des séquences de parlotte un brin longuettes qui tranchent radicalement avec le dynamisme qui se dégage des séquences d’action.

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L'essentiel de l'histoire passe par une réalisation plate, qui contraste trop avec les scènes d'action

Pire, le jeu propose, entre chaque chapitre, des Interludes qui permettent d’approfondir les relations entre les différents personnages. Une bonne idée pour étoffer l’univers, et pousser le joueur à s’intéresser à ses compagnons, qui est malheureusement desservie par des histoires insipides qui se déroulent via des séquences de dialogues qui n’en finissent plus. Et c’est rageant, car l’on passe au final beaucoup de temps à lire ces historiettes qui n’en finissent plus. Dommage.

Le BEA BA du combat

Bien que grevé par sa réalisation et son manque de moyen, Scarlet Nexus bénéficie tout de même d’un atout dans sa manche, et pas des moindres. Les jeux d’Iizuka reposent bien souvent sur des systèmes de jeu qui font la part belle à des mécaniques de combat polies à l’extrême. Et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Simple au départ, le gameplay de Scarlet Nexus s’étoffe chapitre après chapitre pour acquérir une complexité et une précision qui frôle la perfection et accouche de séquences de combat précises et particulièrement jouissives.

Sur des bases communes à tout bon action-RPG (coup simple, fort, esquive, saut, juggle) vient se greffer tout un tas de systèmes qui octroient une très grande liberté d’action, et de stratégies. La première d’entre elle réside dans l’utilisation des pouvoirs psychiques de Yuito et Kasane, qui permettent de balancer les objets de l'environnement sur leurs adversaires. Ces attaques, lorsqu’elles sont coordonnées avec un coup simple dans le bon timing, permettent de se rapprocher à grande vitesse de l’adversaire pour lui coller quelques bons coups, créant un combo étendu.

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Les éliminations de pression cérébrale accouchent de moments très dynamiques

De plus, certains objets de l’environnement disposent d’interactions spéciales capables de changer radicalement la face d’un affrontement, surtout contre les boss. Qui n’a jamais rêvé de balancer une rame de métro à la face d’un groupe d’ennemis, de faire exploser un camion-citerne, ou bien d’arroser un adversaire de pétrole avant d’y mettre le feu, le tout, d’une simple pensée.

Tout change lorsque vous débloquez le SAC. Comme précisé auparavant, le monde de Scarlet Nexus repose sur l'interaction entre les cerveaux, et le SAC permet à votre personnage de se lier à ses compagnons de route afin d’utiliser leurs compétences psioniques. Tel personnage vous octroie des attaques de flamme, tel autre une invisibilité ou une invincibilité temporaire, un dernier, une téléportation offensive. Au total, c’est une petite dizaine de pouvoirs qu’il sera possible d’utiliser au gré de vos pérégrinations. Mieux, en acquérant les bonnes compétences, vous pourrez même utiliser jusqu’à quatre de ces pouvoirs simultanément pour vous créer des builds surpuissants en fonction des adversaires qui vous font face.

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L'entrée dans le Champ Cérébral, un moment de pure jouissance

Ajoutez à cela la Poussée Cérébrale, sorte de mode burst augmentant vitesse et puissance, et qui s’enclenche automatiquement après avoir réalisé certaines actions, le Champ Cérébral, qui démultiplie les prouesses psychokinésiques de Yuito et Kasane pour un court laps de temps, ou encore la Pression Cérébrale qui permet de mettre KO quasi instantanément certains adversaires, et vous obtenez un système dense, riche, complet et incroyablement jouissif lorsqu’on l’a bien en main. Et encore, nous n’avons exposé là que les grandes lignes de ce système qui dispose de nombreuses subtilités que nous vous laisserons découvrir à votre rythme.

C’est là la très grande force de ce Scarlet Nexus. La moindre escarmouche, que l’on affronte de la piétaille ou des boss, se métamorphose en un ballet alliant précision et maîtrise dans une débauche d’animations et d’effets propres à vous décoller la rétine. A tel point que l’on en redemande, encore et encore, sans jamais se lasser.

Scarlet Nexus : l’avis de JVFR

Avec son Scarlet Nexus, Bandai Namco nous livre une prestation en demie teinte, emportée par des mécaniques de jeu explosives, grandioses même, et lésée par des tas de petits soucis qui, une fois cumulés, déstabilisent la balance.

D’un côté, le jeu nous propose des mécaniques de jeu qui frôlent la perfection avec un système de combat extrêmement dynamique, pointu, et qui évolue sans cesse au fil du temps pour éclater en un feu d’artifice jouissif au possible dans ses dernières heures. Un véritable petit bijou d’équilibrage qui offre une sensation de maîtrise et de puissance incroyable une fois qu’on le maîtrise. Porté par une DA franchement réussie à base de Cell Shading comme on en avait rarement vu, Scarlet Nexus s’appuie aussi sur un scénario qui arrive sans cesse à se renouveler à grand renfort de twists et de révélations on ne peut plus surprenants.

De l’autre, Scarlet Nexus nous propose une expérience de jeu un brin bancale, entre exploration qui tourne rapidement à l’ennui et level design peu inspiré. La sempiternelle alternance entre couloirs et arènes, ainsi que le manque de renouvellement du bestiaire qui étale de nombreuses variations d’un même ennemi finit bien vite par lasser. Et que dire de ces interludes, une bonne idée sur le papier, mais qui se résument au final à des sessions de levelling et de farm bêtes et méchants entrecoupés d’historiettes sans grands intérêts. Ajoutez à cela quelques soucis techniques, notamment du côté de la distance d’affichage et de la caméra, qui se retrouve souvent aux fraises dans les endroits les plus étroits, et vous obtenez un bilan plus que mitigé.

Au final, Scarlet Nexus s’inscrit dans la plus pure tradition des AA d’antan. Une expérience perfectible, avec de nombreux défauts, mais qui possède en son centre une idée forte, un concept réalisé à la perfection, qui lui permet de se sortir du lot. Ici, il s’agit indubitablement de ce système de combat, assemblé méticuleusement par les équipes de Bandai Namco, et qui ravira à coup sûr les amateurs bastons aussi techniques qu’esthétiques. Et si l’on ne peut nier les nombreux soucis qui émaillent le jeu, nous ne pouvons toutefois pas reprocher à Keita Iizuka et ses équipes de tenter, inlassablement, de nouvelles choses.

Scarlet Nexus

7

Pétri de petits défauts, inégal dans sa réalisation, répétitif par moment, Scarlet Nexus est loin d’être parfait. Mais il peut aussi compter sur un scénario surprenant, une DA qui flatte la rétine et surtout, un système de combat qui frise la perfection. Un petit bijou qui réussit presque à lui seul à faire oublier ses défauts. Presque.

Les plus

  • Un système de combat complet et sexy en diable...
  • Une DA globalement réussie, BO comprise
  • Une histoire qui ne cesse de surprendre chapitre après chapitre
  • Une galerie de personnages bien troussée

Les moins

  • … grevé par des séquences de parlottes insipides
  • La répétition et le recyclage, signes évidents d’un manque de moyen
  • Quelques retards d’affichage
  • La mise en scène de l’histoire, plate et statique la plupart du temps
  • Un level design qui laisse grandement sur sa faim

Modifié le 09 juillet 2021 à 14h58

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Scarlet Nexus

  • PC
  • PlayStation 5
  • PlayStation 4
  • Xbox Series X | S
  • Xbox One

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