Test Final Fantasy VII Remake Intergrade, par un néophyte allergique aux J-RPG

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Test Final Fantasy VII Remake Intergrade, par un néophyte allergique aux J-RPG

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© Square Enix

Quel langage mobiliser pour parler d’une légende ? Des courbettes seraient de circonstance. Adopter un ton solennel semble être le minimum. Seulement, Final Fantasy VII n’évoque chez moi rien de particulier. Si ce n’est une entrée de plus dans l’épais catalogue de Square Enix. J’avoue toutefois avoir suivi avec intérêt la sortie de son remake, l’an dernier. Et maintenant qu’il est optimisé pour la PlayStation 5, j’ai finalement sauté le pas pour découvrir, enfin, de quel bois elles se chauffent, les légendes.

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Final Fantasy VII Remake INTERgrade

  • Accessible, même aux nouveaux venus
  • Un sens rare de la mise en scène
  • Des combats grisants
  • Une bande originale qui vous hante
  • Des personnages très attachants
  • La montée en puissance des derniers chapitres
  • Plus beau et fluide que jamais sur PS5
  • Un DLC court mais intense
  • Il manque une encyclopédie pour bien saisir tous les enjeux
  • Quelques textures vraiment datées
  • Beaucoup d’allers-retours dans les mêmes environnements
  • Des quêtes secondaires inintéressantes au possible

Mais ce n’est pas sans crainte que j’ai glissé le disque de Final Fantasy VII Remake Intergrade dans ma console. Et si je passais à côté ? Et si Square n’avait fabriqué son jeu que pour contenter des fans bruyants, qui réclament à cors et à cri que leur jeu-chouchou soit dépoussiéré ? Y trouverai-je mon compte, moi qui n’avais joué sérieusement qu’à Final Fantasy IX ?

Autant l’écrire : je ne m’attendais pas à aimer Final Fantasy VII Remake. Inutile de préciser que la gifle n’en fût que plus violente.

J’ai non seulement été séduit par l’aventure, soufflé par le gameplay et émerveillé devant sa direction artistique. Mais l’ambition même du projet, quand on y pense, est vertigineuse. Rappelez-vous que l’on parle d’un jeu qui a fêté cette année ses 24 ans, et dont le remake se déclinera in fine en trois actes/jeux distincts.

Comme le dit le titre de cette critique, ceci n’est pas un test à proprement parler de Final Fantasy VII Remake. Virgile a déjà fait ça très bien lors de la sortie du jeu ; et Kevin a ajouté ce qu’il fallait concernant interMISSION, le DLC exclusif à la PS5 nouvellement sorti. Il s’agit là d’une observation d’un jeu par quelqu’un qui s’était persuadé qu’il n’était pas fait pour lui. Et qui espère que ses mots résonneront aussi chez quelques lectrices et lecteurs, démotivés devant l’héritage que transporte ce jeu fondateur.

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Raviver la flamme

Rappel des forces en présence. Dans Final Fantasy VII Remake, nous n’explorons que Midgar. La ville-monde qui servait, dans l’original, de prologue, est ici étirée en toile de fond sur plus de 30 heures. Risqué ? Assurément. D’autant plus pour quelqu’un qui n’a pas d’affect particulier avec le matériau d’origine, et qui pourrait rester insensible au fan service. Pour un néophyte, cette nouvelle sonnait également comme la promesse d’un remplissage éhonté. Pas engageant pour un sou.

Enfin, grâce au SSD de la PS5 au moins, on n’a pas vraiment le temps de tergiverser avant le lancement de sa première partie. En quelques secondes seulement, nous voilà projetés in medias res dans le projet le plus ambitieux du groupe écoterroriste Avalanche : la destruction du réacteur Mako n°1. Car voyez-vous la Shinra, organisation industrio-militaro-politique omnipotente, ne s’embarrasse pas de savoir si le pompage massif de l’énergie vitale de la planète (la Mako) risque de mener l’humanité à sa perte. Comme le disait le poète : fric=pognon.

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Cloud Strife, ancien soldat d’élite de la Shinra devenu mercenaire, accompagne la troupe dans ses méfaits ; moins motivé par leurs idéaux écologistes que par la bourse bien pleine qui lui est promise une fois la mission accomplie.

Une entrée en matière que les fans connaissent par cœur (cette arrivée en train devenue culte), et qui ne laisse pas le nouveau venu indifférent. D’autant qu’il est rapidement introduit à l’un des principaux atouts du jeu : son système de combat.

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Guerre épée

Passé de mode, le tour par tour ? Un certain Persona pourrait objecter ce constat. En tout cas, Square Enix a fait le choix de l’hybridation pour Final Fantasy VII Remake, et les retours à ce propos ont été plutôt unanimes.

Frontaux, les affrontements n’en sont pas moins tactiques. Aux commandes de Cloud, on assène de grands coups d’épée en martelant la touche carré de son pad. Des attaques qui font peu à peu grimper la jauge d’ATB (Active Time Battle), laquelle permet, au choix, d’utiliser un objet, de lancer un sort ou de déclencher une compétence spéciale.

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Les combats sont systématiquement grisants, surtout contre des boss.

Pour épaissir le système, et ne pas renier tout son héritage, Square Enix permet aussi de diriger les autres personnages qui nous accompagnent (jamais plus de 3 simultanément). D’une pression sur l’une ou l’autre des gâchettes, on ralentit le temps afin de prendre du recul sur le champ de bataille et organiser ses assauts. Barrett, chef de la bande armé jusqu’aux dents, va concentrer ses tirs sur cette tourelle inaccessible à notre fantassin de protagoniste. Tifa, boxeuse agile, mettra quant à elle la pression à l’un des larbins qui empêchent Cloud de lancer son sortilège de feu, auquel ce mini-boss est sensible. Une sensibilité qui fait peu à peu monter sa jauge de fragilité et qui, une fois remplie au maximum, l’étourdit pendant quelques secondes et augmente les dégâts qu’il subit.

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La chorégraphie des combats est admirable.

Le tout est évidemment sublimé par des chorégraphies enlevées, et une pyrotechnie qui, déjà impressionnante sur PlayStation 4, atteint de nouveaux sommets sur la dernière console de Sony. D’autant qu’on peut cette fois en profiter à 60 images par seconde. Un must.

N’oublions pas, aussi, la possibilité (contre des boss) d’invoquer des Espers. Des créatures mythologiques impressionnantes qui combattent à nos côtés et dont on peut profiter des capacités surpuissantes pendant quelques instants. Une autre bonne occasion pour le jeu de Square Enix de nous en mettre plein les mirettes.

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Les invocations sont toujours impressionnantes
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Ramuh, introduit avec le DLC interMISSION, est dévastateur.

Une nouvelle famille

Je me suis longtemps tenu éloigné du jeu vidéo japonais. Par sensibilité, d’abord, mais aussi par prudence tant les clivages culturels sont importants. C’était là une des autres barrières qu’il me restait à franchir pour apprécier pleinement l’expérience Final Fantasy VII Remake.

Sans jugement aucun, j’ai longtemps estimé que l’écriture des J-RPG qui arrivaient jusqu’à nous, occidentaux, était cousue de fil blanc. Qu’elle était très manichéenne, et que ses personnages étaient stéréotypés. Des préjugés que je n’ai, il faut le dire, que partiellement levés en découvrant le jeu de Square Enix. Mais qui, chose étonnante, n’ont pas du tout freiné ma découverte.

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Passer 30 heures avec les mêmes personnages, ça crée des liens.

Si les méchants de l’histoire sont facilement identifiables, j’ai apprécié que le scénario s’attarde sur les états d’âme des membres d’Avalanche qui, mine de rien, ne font pas que du bien autour d’eux, même si leur quête est noble. Les retombées de l’explosion du réacteur n°1 n’en sont que l’illustration la plus criante.

Mais ce que je retiens encore davantage, c’est la cinématographie de Final Fantasy VII Remake. La mise en scène des interactions ; la représentation des liens tissés. Cela peut tenir à peu de choses en réalité. Des tentatives ratées d’Aerith de claquer un high five à un Cloud encore matrixé par ses années à l’armée, à un Barrett inarrêtable dans sa diatribe contre la Shinra, qu’il accuse d’absolument tous les maux de l’univers.

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C’est inévitable, on finit par s’attacher. Même — et c’est une nouveauté de ce remake — à Biggs, Wedge et Jessie qui, si j’ai bien fait mes devoirs, ne tiennent qu’un rôle totalement anecdotique dans le jeu d’origine. Et que dire de Yuffie, elle aussi subalterne dans le jeu de 1997 et qui, dans Episode interMISSION, le DLC de Final Fantasy VII Remake Intergrade, crève littéralement l’écran de sa candeur et son exubérance.

Problème pour les novices : Final Fantasy VII Remake produit bien peu d’efforts pour vous resituer les enjeux de son scénario et vous expliquer son univers. Une encyclopédie, de fait entièrement textuelle et accessible dans les menus, aurait été la bienvenue pour éviter au joueur béotien d’aller se perdre sur des wikis une fois le jeu bouclé, et de slalomer entre d’éventuels spoilers de la part de ceux qui savent déjà ce qu’il se passera après.

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Salut beau gosse.

Le charme de l’ancien

Mais loin de moi l’idée de faire passer Final Fantasy VII Remake pour le pinacle du jeu de rôle contemporain. Dans sa forme, le remake de Square Enix est probablement l’un des titres les plus étranges qu’il m’a été donné d’essayer ces dernières années. Quasiment irréprochable dans ses animations, sa mise en scène et son gameplay, il souffre d’importants contrastes qui, parfois, le tirent gravement vers le bas.

Il y a d’abord ces textures étranges, en basse définition, qui dénotent dans un triple A de cette envergure. Ensuite, cette rigidité étonnante dans les déplacements (grimper ou même se baisser vous demande d’emprunter exactement le passage prévu à cet effet), alourdie encore par le nombre assez restreint d’environnements qu’on visitera pendant les 35 heures de jeu. Pire! vous retournerez même parfois dans les mêmes endroits à plusieurs reprises. Que ce soit pour mener à bien l’une des quelques quêtes (secondaires) FedEx ou simplement parce que le scénario a besoin de vous refaire passer une troisième fois dans ce tunnel décrépit pour d’obscures raisons. Une redondance qui, pour n’importe quel autre jeu, m’aurait simplement fait lâcher la manette. Mais pas ici. Pour quelles raisons ?

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FFVII Remake est un jeu dirigiste à l'extrême. Surprenant, quand on est habitué aux RPG en monde ouvert.

Il y a un charme désuet qui se dégage de Final Fantasy VII Remake. Quelque chose qui touche à l’intime, oserais-je dire. S’il porte les ors des jeux de dernière génération, son fond et dans une moindre mesure sa forme me rappellent immanquablement les jeux que j’appréciais, enfant. Certes, je n’ai pas l’affect du FFVII originel, mais j’ai parcouru mon lot de PokémonGolden SunBaten Kaitos et autre Tales of Symphonia. Tout ça pour dire que, tout remake qu’il est, même en 2021, Final Fantasy VII Remake est évocateur d’une certaine école de game design. Et que, je l’ignorais sans doute, mais elle m’avait manqué, cette école.

Cela tient à cette pureté dans l’expression des émotions. Ce petit côté exagéré des interprétations. À l’emphase qui est parfois mise sur des événements qui n’en demandaient pas tant. Évidemment, la bande originale magistrale composée par Nobuo Uematsu y est aussi pour quelque chose tant elle confine au divin et accompagne, à chaque instant, les péripéties de nos personnages. En tout, c’est plus de 10h de musique qui a été réorchestrée pour le couple Final Fantasy VII Remake et son DLC interMISSION. Et inutile de dire qu’elle sert aussi bien à alléger l’atmosphère dans des moments de pur délire (toute la séquence Wall Market) qu’a créer un crescendo asphyxiant sur tout le dernier quart de l’aventure (le chapitre 18, gravé à jamais dans ma mémoire).

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Toute la séquence de Wall Market est mémorable.

Le réconfort de l’incertitude

Au risque de me répéter : je ne connais rien de Final Fantasy VII ni de ses enjeux scénaristiques. Je n’ai pas la moindre idée d’où m’emmènera Square Enix avec les Parties 2 et 3 de son remake. D’autant que, si j’ai bien analysé la réaction de certains de mes estimés collègues, le jeu s’amuse beaucoup de la destination qu’il prendra effectivement.

Car, vous l’ignorez peut-être, mais le scénario de cette refonte s’autorise visiblement de grandes libertés avec son matériau d’origine. Au point que le terme de remake est parfois considéré comme un euphémisme. N’en disons pas plus, mais de voir des passionnés se stupéfaire de la direction entreprise par Square Enix a quelque chose de profondément intrigant. Même pour un néophyte.

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De mémoire, ma dernière épiphanie remonte à 2015 lorsque, découvrant Bloodborne, je comprenais enfin ce que trouvaient tous ces gens à From Software. Final Fantasy VII Remake m’a laissé dans le même état de choc. Comme interdit devant le constat de tout ce que j’ai pu rater auparavant.

Alors oui, je suis parmi vous désormais. Vous qui, depuis la fin des années 2000 déjà, appelez de vos vœux un nouvel écrin pour l’un des jeux les plus importants de la jeune histoire de notre médium. Je n’ai peut-être pas exhalé le même soulagement que vous en découvrant que le résultat était à la hauteur des attentes, mais je n’en suis pas moins tombé amoureux. Et je me languis d’avance des étapes à venir. Des futurs trailers à disséquer ; des déceptions évidentes en obtenant confirmation que FFVII Remake — Partie 2 ne sortira probablement pas avant 2024, ou bien après. J’ai signé pour la totale. Pour le bon comme pour le mauvais. Et quelque part, je pense que j’avais besoin de ça. Je l’ignorais seulement.

Final Fantasy VII Remake INTERgrade

9

Aucune raison d’être intimidé si vous n’avez jamais touché à l’épisode original : Final Fantasy VII Remake Intergrade est une formidable porte d’entrée dans ce J-RPG culte. Accessible, tout en proposant un gameplay exigeant, il nous a soufflés pour son élan épique et sa cinématographie explosive.

Les plus

  • Accessible, même aux nouveaux venus
  • Un sens rare de la mise en scène
  • Des combats grisants
  • Une bande originale qui vous hante
  • Des personnages très attachants
  • La montée en puissance des derniers chapitres
  • Plus beau et fluide que jamais sur PS5
  • Un DLC court mais intense

Les moins

  • Il manque une encyclopédie pour bien saisir tous les enjeux
  • Quelques textures vraiment datées
  • Beaucoup d’allers-retours dans les mêmes environnements
  • Des quêtes secondaires inintéressantes au possible

Test réalisé sur PS5 via une version commerciale.

Modifié le 28 juin 2021 à 11h39

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