Test Chicory : A Colorful Tale - un Zelda-like à colorier bien plus profond que vous ne l'imaginez

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Test Chicory : A Colorful Tale - un Zelda-like à colorier bien plus profond que vous ne l'imaginez

© Finji

Vous souvenez-vous du plaisir simple et décomplexé procuré par les livres de coloriages de notre enfance ? Bien sûr, nous n’étions pas toutes et tous des artistes. Nos traits étaient hésitants ; les couleurs, mal choisies, débordaient régulièrement du cadre. Mais qu’importe : on trouvait dans ces gribouillis un exutoire innocent qui, pour beaucoup, n’est plus qu’un lointain souvenir.  Et si je vous disais que Chicory: A Colorful Tale était la parfaite madeleine de Proust pour les nostalgiques de cette époque ?

Fruit d’une campagne de financement participatif rondement menée, le nouveau jeu de Greg Lobanov (Wandersong) évoque aussi bien les après-midi passés les doigts constellés de tâches de feutres que ces longues heures, manette de NES ou Game Boy en main, à écumer les donjons de The Legend of Zelda.

C’est vrai : derrière le dépouillement visuel qui semble caractériser Chicory, et son étiquette légitime de « jeu mignon », se cache une aventure captivante, qui sait impliquer son joueur et aborder des thématiques très actuelles sans faute de goût. La plus belle surprise indé du début de l’été.

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Redonner au monde ses couleurs

Regardez autour de vous. Le vert des arbres, le bleu de l’eau, nous les devons aux Peintres. Une caste d’élus ; héritiers d’un Pinceau aux propriétés magiques qui, lui seul, est capable de donner ses couleurs au monde qui nous entoure. Du moins, c’est comme ça que ça se passe dans la province de Picnic et pour ses habitants — des animaux anthropomorphes qui portent toutes et tous le nom d’un aliment.

Problème : la détentrice actuelle du Pinceau, Chicorée, n’a plus la force de poursuivre sa tâche. Démissionnaire, et atteinte d’un mal étrange, elle provoque la disparition des couleurs de toutes choses.

Les couleurs du monde ont disparu. À votre tour de laisser votre empreinte !

Admirateur de toujours du travail de Chicorée, notre petit Tiramisu (le protagoniste est nommé d’après votre aliment favori, et peut être genré à votre convenance) entre par un heureux hasard en possession du Pinceau. Il a dès lors la possibilité de peinturlurer le monde qui l’entoure pour lui redonner son éclat.

Devenu héros malgré lui, Tiramisu part à la recherche de l’origine du mal qui ronge l’ancienne peintre, et en profitera pour venir en aide aux nombreux habitants des villages environnants.

Venir en aide aux habitants permet de récupérer des vêtements de la "monnaie" (des ordures)
Les habitants vous demanderont parfois de dessiner un motif pour le logo de leur échoppe, ou pour un t-shirt.

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Un voyage d’apprentissage

Le génie de Chicory réside dans sa façon de nous faire partager les doutes de son personnage. Lui (ou elle) qui a toujours voulu devenir Peintre voit son vœu exaucé. Mais est-il à la hauteur ?

Des questions que le joueur se pose également, à la vue des innommables associations de couleurs desquelles on se sert pour redonner sa gaité au monde. Par chance, les habitants de Picnic sont toujours très encourageants. Et ce qu’importe la qualité de nos « œuvres ». D’ailleurs, libre à vous de vous livrer à l’exercice du coloriage ou pas. Si le Pinceau constitue une brique essentielle du gameplay de Chicory, rien ne vous oblige à faire du zèle et à colorier la moindre parcelle de terrain si vous préférez vous concentrer sur l’histoire.

On peut prendre son temps ... ou gribouiller n'importe comment.

Le fonctionnement du Pinceau est élémentaire. À chaque zone sa palette. On dispose dans chacune de quatre couleurs parmi lesquelles piocher, et libre à nous de s’en servir pour gribouiller les environs. Trois tailles de trait sont disponibles, et un appui long permet de remplir rapidement tout un espace. Au fil de l’aventure, on débloquera également des motifs, qui apporteront un peu plus de diversité à nos laborieux dessins.

Un jeu particulièrement agréable sur PS5

Chicory est parmi les premiers jeux indépendants à faire un usage extensif des fonctionnalités de la manette DualSense de la PlayStation 5. Via des vibrations précises, bien sûr, mais aussi et surtout par un retour de force saisissant sur les gâchettes lorsqu’on utilise son pinceau.

On « ressent » presque la dureté des textures que l’on peint. Dommage qu’on y perde (par rapport au confort d’une souris) en dextérité pour faire étalage de ses talents.

Mais, vous l’imaginez, ces couleurs n’ont pas qu’une visée esthétique. Ce sont grâce à elles que nous pourrons progresser dans le jeu. Car à la manière d’un ZeldaChicory nous demandera d’aller explorer des « donjons », lesquels renferment leur lot de puzzles en tout genre, et dont chacun emploie une mécanique particulière demandant de se creuser (un peu) les méninges.

Les énigmes sont nombreuses et bien pensées.
À la manière d'un metroidvania, il faudra parfois revenir sur ses pas une fois un nouveau pouvoir déverrouillé.

Une pointe de couleur sur ces champignons, et vous construirez un pont autorisant l’accès à une nouvelle zone ; coloriez complètement le sol de cette corniche, et une capacité spéciale vous permettra de la traverser sans risquer de tomber. D’autres énigmes rappellent même l’inoubliable The Witness et nous demandent de mémoriser des motifs à reproduire sur des stèles nous barrant la route.

La noirceur de chaque chose

Vous comprendrez rapidement qu’aussi coloré et bienveillant soit-il, Chicory renferme une certaine noirceur. On l’a évoqué plus tôt, le jeu imaginé par Greg Lobanov explore des thèmes comme le burn-out, le syndrome de l’imposteur et la dépression à travers des dialogues justes, qui jamais ne versent dans le pathos.

Chicory n'a pas peur d'aborder des thèmes parfois difficiles.

Il faut aussi parler de la musique qui nous accompagne. Composée par Lena Raine (Guild Wars 2 mais surtout Celeste), la bande originale est généreuse, variée et impeccablement raccord à ce qui se déroule à l’écran. Tantôt épique et enlevée, elle sait se faire plus douce et mélancolique lorsque les personnages livrent leurs états d’âme. Une réussite totale.

Des compositions qui ont notamment l’occasion de s’illustrer dans les quelques combats qu’il vous faudra mener pour dénouer l’intrigue. Jamais bien sorciers, ils n’en sont pas moins intenses, et évoquent certains patterns corsés tout droit sortis de Isaac ou d’autres rogue-likes. Par chance, l’intégralité du jeu peut être parcourue à deux joueurs (le second incarne un deuxième pinceau), et Chicory est extrêmement bien garni en options d’accessibilité.

Armé de son seul pinceau, Tiramisu devra affronter des adversaires tenaces dans les donjons de Picnic...

Tout, de la vitesse des adversaires, à l’affichage des couleurs (pour les daltoniens) est configurable. On peut même décider de se passer des combats, si l’on n’est pas là pour ça. Rien, en revanche, nous vous épargnera d’occasionnels problèmes de lisibilité induits par une perspective parfois difficile à cerner en noir et blanc. On s’y fait.

Enfin, diverses cabines téléphoniques sont aussi disséminées sur tout le territoire, et permettent d’appeler nos parents si l’on est perdus. Des échanges hilarants, animés d’une main de maître, qui donnent accès à deux niveaux de conseil. Notre mère nous donnera des directives assez vagues permettant de se remettre sur les rails. Si ce n’est pas suffisant, le père de notre protagoniste peut nous souffler la réponse tout de go. Le but n’est pas de frustrer le joueur, mais bien de lui faire passer un moment agréable.

Perdu ? Un appel à nos parents et nous retrouvons rapidement le chemin.

L’école du pinceau d’argent

Et c’est peut-être là que réside tout l’intérêt du jeu conçu par la petite équipe montée par Lobanov (5 personnes en tout, sans compter Lena Raine). Chicory peut s’apprécier de nombreuses façons différentes. Certains ne concevront pas de devenir le Peintre sans rendre service à tous les habitants de Picnic (et il y en a beaucoup). D’autres, plus habitués aux Zelda-likes, fonceront bille en tête jusqu’à atteindre le dernier donjon afin de libérer la province du mal qui la ronge. Quel que soit votre style, le jeu s’adapte sans broncher, et surtout sans jamais prendre le risque de dénaturer son propos.

Chicory est aussi généreux dans son contenu. On ne dirait pas comme ça, mais boucler l’aventure en ligne droite vous occupera près de 10 heures. Multipliez ça par deux si vous êtes du genre appliqué, et que vous souhaitez débloquer les très nombreuses tenues disponibles dans le jeu. Des vêtements qui, vous l’imaginez, peuvent être peints de la couleur qui vous sied le plus. Révéler l’intégralité de la carte vous demandera aussi de la ténacité, en cela que certaines zones sont très bien cachées, ou accessibles uniquement via des chemins de traverse nécessitant des pouvoirs qui ne se débloquent que tardivement.

La carte du jeu est plutôt vaste.

Il faut aussi parler de l’Académie de peinture, dont la professeure vous proposera à chaque visite de peindre un nouveau tableau de façon libre. Soit à partir d’une consigne abstraite (« ce qui vous fait le plus peur »), soit en reproduisant un « classique » de l’art pictural autochtone. Et même sans être un David en puissance, je dois bien avouer que ces moments de flottement m’ont fait du bien. À l’image de tout ce que propose Chicory, ces bulles de respiration sont toujours drôles, décalées, pertinentes et encourageantes.

Mon talent vous impressionne, n'est-ce pas ?

Chicory : A Colorful Tale, l’avis de JVFR

Mignon à croquer, Chicory : A Colorful Tale ne doit pas être rangé hâtivement dans la case (le placard ?) des jeux indépendants bienveillants. Porteur d’un vrai message sur l’estime de soi, le jeu de Greg Lobanov et ses comparses nous a conquis en cela qu’il s’adapte parfaitement au joueur — et pas l’inverse.

Comme l’on peut choisir de quelle couleur peindre le monde, Chicory offre une variété d’approches rafraîchissantes. On peut prendre le temps ; redonner ses couleurs à la moindre fleur de la province de Picnic. Ou au contraire foncer tête baissée pour boucler l’aventure, en ne découvrant même pas tous les recoins de la carte et en la laissant en noir et blanc. Tout se vaut ; il n’y a pas de bonne réponse.

Évoquant l’âge d’or du jeu d’aventure en vue du dessus, Chicory : A Colorful Tale est un conte profondément charmant, malin dans tout ce qu’il entreprend, et farouchement inclusif sur tous les aspects. Vous ne le savez pas, mais vous l’adorez déjà.

Test réalisé sur PS5 grâce à une clé fournie par l'éditeur.

Chicory : A Colorful Tale

8

Chicory est un zelda-like pur jus qui fait reposer son gameplay sur l'utilisation des couleurs dans un monde en noir et blanc. Très accessible sans oublier d'être malin, le jeu de Greg Lobanov est d'une bienveillance rare, et peut se partager à 2 joueurs localement.

Les plus

  • Aussi mignon que malin
  • Le coloriage, enfantin et régressif
  • De belles trouvailles côté gameplay
  • Des thématiques fortes abordées simplement
  • Durée de vie généreuse
  • De la coop locale du début à la fin
  • Un jeu très accessible pour tout type de joueur

Les moins

  • Quelques problèmes de lisibilité
  • Prise en main perfectible à la manette

Modifié le 28 juin 2021 à 11h39

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