Jeux vidéo : l’essor constant d'une industrie qui fait rêver

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Jeux vidéo : l’essor constant d'une industrie qui fait rêver

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Derrière chaque jeu, il y a des femmes et des hommes, qui consacrent parfois des pans entiers de leur existence à créer ces univers que les joueurs affectionnent tant. Le jeu vidéo, c'est aussi une industrie qui fait rêver de jeunes étudiants, qui souhaitent faire de leur passion un métier. Et si les portes d'entrée sont de plus en plus nombreuses, les heureux élus qui arpentent les couloirs des grands studios sont finalement peu nombreux. Il est temps de jeter un œil en coulisses...

Longtemps considéré comme le domaine de simples geeks calfeutrés dans leur garage, la conception de jeux vidéo a maintenant le vent en poupe et suscite bien des vocations. Ce secteur d'activité, au départ si discret, peut désormais se targuer de brasser plusieurs dizaines de milliards de dollars sur une seule année. La popularité grandissante de cette industrie a également fait émerger des figures emblématiques comme Hideo Kojima, Todd Howard, Shigeru Miyamoto, Phil Spencer ou encore Michel Ancel, pour ne citer qu'eux.

De plus, et malgré des dérives pas toujours évidentes à dénoncer dans cet univers encore très jeune (comme le crunch), l'atmosphère « start-up » des studios surmédiatisés par la presse spécialisée fait des envieux.

Face à l'essor de l'industrie du jeu vidéo, qui a pesé 179,7 milliards de dollars à l'échelle mondiale en 2020, de nouveaux métiers sont apparus, avec des formations spécialement dédiées à ces derniers. Si la France a mis du temps à reconnaître ce domaine à sa juste valeur (ce qui n'est toujours pas le cas en 2021, du moins au sein des plus hautes sphères politiques), des écoles ont été créées pour former les développeurs de demain.

Pour mieux appréhender ce « monde » parfois incompris, nous allons agrémenter cet article de témoignages émanant de plusieurs professionnels du secteur. Ces interviews ont été réalisées par le Gaming Campus, basé à Lyon et Paris.

« Le Game Director doit savoir imaginer et communiquer ce que doit être le jeu, sans se perdre. Cela demande à la fois des capacités créatives, mais aussi une capacité à maintenir la vision d'origine, la raison pour laquelle c'est ce jeu que l'on a choisi de faire plutôt qu'un autre ».

- Nicolas Cannasse, game director chez Shiro Games

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Il faut s'accrocher pour se plonger dans la programmation

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Du blockbuster au jeu indépendant

Bien entendu, les besoins diffèrent d'une structure à une autre. Au sein des studios indépendants, peu exposés médiatiquement parlant, les salariés sont souvent contraints d'endosser plusieurs rôles pour parvenir à sortir leur jeu, de la programmation au marketing en passant par le design ou même les métiers liés à la technologie (nous y reviendrons plus tard). Le management est alors bien souvent relégué au second plan car jugé pas forcément nécessaire au regard du faible nombre d'employés qui se gèrent de manière autonome. Aujourd'hui nous devons à ces studios de taille modeste des jeux mobiles principalement mais aussi bien sûr des titres indépendants destinés aux PC et aux consoles.

« Un programmeur doit avant tout être curieux, proactif et autonome. Un jeu qui fonctionne mal viendra presque toujours de son fait, il faut donc être minutieux dès la première minute, afin que la production se déroule sans accroc tout au long du développement du projet ».

- Florian Reneau, game developer chez BasicGames

Mais être indépendant n'est pas forcément une mauvaise chose. En France, des développeurs indépendants désormais bien connus sont parvenus à se tailler une belle réputation au fil de leurs partenariats parfois très fructueux avec des éditeurs ou constructeurs au budget colossal. Parmi eux on peut citer par exemple les bordelais d'Asobo (Microsoft Flight Simulator, A Plague Tale: Innocence...), une entreprise composée d'environ 180 salariés. C'est aussi le cas de Dontnod (Life is Strange, Vampyr..) et de ses 171 employés comptabilisés en 2019.

Cependant, le fonctionnements de ces deux entreprises reste plus proche de celui des grands studios (en taille), mondialement réputés pour leurs productions.

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La structure est un peu plus "modeste" mais la créativité est à son comble chez Mobius, les créateurs d'Outer Wilds

Ces grands studios justement, presque tous les joueurs les connaissent : Naughty Dog, CD Projekt RED, Ubisoft ou encore Bungie… Au cœur de ces entreprises qui cristallisent les attentes les plus folles en matière de grosses sorties, tous les corps de métier du jeu vidéo sont représentés. Nous pouvons les classer en cinq catégories distinctes.

« Le level designer transpose et décline les éléments de game design au sein de l’environnement de jeu, pour proposer un rythme et une difficulté de jeu adéquate […] Le level designer doit être parfaitement conscient des contraintes de développement pour mettre en place son design. Il doit même s’en nourrir pour que sa proposition soit la plus cohérente possible. Tout comme le game designer, il ne doit pas avoir peur de revenir sur son travail ! »

- Paul-Etienne Bardot, Game & Level Designer chez Realityz

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Un travail d'équipe et des profils toujours plus variés

La première catégorie est celle des métiers liés à la technologie. Elle englobe les programmeurs en charge de l'interface, du gameplay et de l'intelligence artificielle. Ce sont eux qui confectionnent les outils qui permettront au jeu de prendre forme.

Le design occupe aussi une part importante au sein d'un studio. Nous y trouvons toute la dimension créative que ce soit pour le scénario, la création des niveaux, des personnages ou encore les effets sonores. Les métiers de l'image sont également essentiels dans cette partie créative, rassemblant celles et ceux qui conçoivent les effets spéciaux, les modèles 2D ou 3D et tous les artistes qui s'associent au projet dans le but d'imaginer l'identité visuelle du titre à venir.

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Hollywood s'invite aussi dans l'industrie du jeu vidéo, surtout lors des phases de motion capture / God of War

D'autres métiers sont en charge de chapeauter et promouvoir le travail réalisé par les équipes de développement. Les fonctions de management, notamment, consistent à s'assurer que le cahier des charges est respecté et que les délais sont tenus. Il faut y voir un rôle de producteur qui favorise la bonne entente entre les départements pour un maximum d'efficacité.

Enfin, le marketing a toute son importance à une époque où la concurrence est de plus en plus rude. La communication sur les réseaux sociaux, les campagnes publicitaires et la récolte de données font partie de son champ d'action.

« Conduire un projet nécessite de travailler avec des équipes aux expertises variées. Et c’est encore plus vrai pour la création d’un jeu vidéo : il faut travailler avec une équipe de développeurs évidemment mais aussi avec une équipe artistique (graphistes, illustrateurs, designers), des game-designers comme avec une équipe marketing. Chacune de ces expertises est vitale pour le développement d’un jeu vidéo. Le chef de projet à la même fonction qu’un chef d’orchestre, coordonner les équipes pour qu’elles avancent harmonieusement, c’est-à-dire qu’elles progressent dans la même direction, à la même vitesse et qu’elles communiquent bien entre elles ».

- Lucas Odion, cofondateur de Neopolisgame

Développer un jeu vidéo est donc un travail d'équipe. S'il existe des cas où une personne seule parvient à créer le projet de ses rêves, à le commercialiser puis à rencontrer le succès critique tant espéré, ces success stories se comptent malheureusement sur les doigts d'une main (ou deux tout au plus). Rouler sa bosse en dehors des sentiers battus n'est hélas pas une solution viable face aux jeunes diplômés des plus grandes écoles.

Aujourd'hui, il faut emmagasiner beaucoup d'expérience avant d'aller taper à la porte des studios les mieux positionnés sur le marché. Or, les formations avancées ne sont pas vraiment à la portée de toutes les bourses, les écoles étant presque exclusivement des établissements privés et encore répartis de manière inéquitable sur le territoire français.

En 2021, tous les métiers du jeu vidéo sont appuyés par une formation bien spécifique. Mais ces dernières années, des postes ont évolué et d'autres ont vu le jour pour s'adapter à l’avènement de certains types de jeux, ou même de compétitions qui étaient encore relativement marginales il y a de cela une poignée d'années. D'ailleurs, qu'en est-il de l'e-sport ?

Le boom de l'e-sport

Le sport électronique, plus connu sous l’appellation d'e-sport, n'a plus rien à envier aux disciplines olympiques. En France et à travers le monde, des dizaines de compétitions se déroulent chaque année avec parfois de grosses récompenses à la clé (tels des chèques pouvant atteindre plusieurs millions de dollars). Si ce milieu a forcément vu sa croissance s'effondrer en 2020, pandémie de coronavirus oblige, il a pourtant donné naissance à des métiers jusque là méconnus ou réservés à des sports plus traditionnels.

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Maintenant, les compétitions d'e-sport se déroulent dans de grandes salles voire même dans des stades entiers

Selon l'AFJV (Agence Française pour le Jeu Vidéo), il existe plus de 200 clubs d'e-sport bénévoles, semi-professionnels et professionnels en France. Forcément, des métiers insoupçonnés gravitent autour de ce petit monde en développement. Coachs, chefs de projet, organisateurs d'événements ou encore data analysts comptent désormais parmi les formations assurées par les écoles spécialisées.

Pour s'occuper des athlètes les équipes e-sport les plus fortunées peuvent même s'offrir les services de préparateurs physiques ou de kinésithérapeutes.

« Le quotidien d'un manager e-sport diffère selon le jeu et ses besoins mais dans un cadre bien établi, on attend du manager qu'il pilote le projet global ; il ou elle doit à la fois être proche des joueurs et de la structure, et toujours trouver des solutions convenant aux deux parties afin qu'elles travaillent ensemble à un objectif commun : la réussite du projet. L'équation peut être compliquée sur le papier et sa mission principale est de faire en sorte que les joueurs n'aient à se soucier que du jeu et de faire comprendre à chaque partie prenante les nécessités de l'autre. Un manager doit s'assurer que les demandes de chaque côté soient écoutées et réalisées, ou dans le cas où cela bloquerait, trouver une solution afin que cela soit fait.

- Samy Mazouzi, manager Fortnite chez Team Vitality

Il faut dire que les plus grandes licences compétitives n'hésitent plus à se lancer dans l'e-sport avec des tournois comme l'e-Ligue 1 sur FIFA, l'Overwatch League, la Fortnite World Cup et tant d'autres. Face aux sommes colossales mises en jeu et un public toujours plus nombreux à suivre les différents événements, les médias généralistes ont commencé à s'y intéresser et les sponsors sont venus s'y greffer.

C'est désormais un domaine en plein boom, qui devrait poursuivre son envolée une fois l'épidémie derrière nous.

Des carrières qui laissent rêveurs ?

Avec l'émergence de figures « célèbres » du jeu vidéo (dont celles évoquées en début d'article), ce milieu est fantasmé par toute une génération de créateurs et de passionnés. Et pour cause l'industrie du jeu vidéo semble laisser de la place pour tout type de métier. Créateurs, spécialistes du marketing, amoureux de sport (avec l'e-sport), journalistes spécialisés qui couvrent quotidiennement l'actualité de la sphère gaming…

D'autant que dans l'imaginaire collectif, les jeux vidéo naissent au sein d'environnements « cool ». Il faut dire que « l'ambiance start-up » médiatisée par les sociétés qui cherchent à recruter a de quoi plaire. Toutefois la réalité est souvent bien différente…

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Avec un peu (beaucoup) d'argent, certains studios offrent un cadre incroyable pour travailler

Sans paraphraser notre précédent dossier sur le crunch, il est important de rappeler que la gestation d'un jeu, avec un petit ou un gros budget, se fait encore (trop) souvent dans la douleur.

Journées de travail interminables, pression de la part des investisseurs, attente démesurée des fans... Les paramètres internes comme externes à un studio impactent inévitablement la création d'un jeu. Le récent Cyberpunk 2077 en est un triste exemple.

Dans l'Hexagone, les syndicats tentent de s’immiscer de plus en plus dans les structures pour s'assurer du bien-être des salariés dans ces métiers très chronophages et souvent, hélas, trop peu considérés.

Évoquons un instant le cas des testeurs QA (pour Quality Assurance) qui se trouvent généralement en bout de chaîne et qui travaillent dans des conditions difficiles. Leur mission est de traquer le moindre bug et de les rapporter aux équipes compétentes pour qu'ils soient corrigés. C'est aussi fatalement sur leurs épaules que divers studios font peser la culpabilité lorsqu'un produit « fini » est gangréné par les glitchs (ces derniers résultant pourtant plus souvent d'une sortie précipitée et d'une ambition démesurée).

Souvent oubliés et uniquement exposés à des occasions peu flatteuses, les testeurs font partie de ces métiers peu reconnus qui gagneraient pourtant à être mieux encadrés et rémunérés. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il s'agit pourtant d'un secteur d'emploi pour lequel on trouve le plus grand nombre de candidats.

« Avant la création des écoles de jeux vidéo, c'était un poste fréquemment utilisé pour commencer à prendre pied dans le métier. Mais souvent, les personnes se heurtent à la différence entre l'image qu'elles se font du métier et la réalité elle-même. Un testeur n'est pas payé pour jouer, un testeur est payé pour tester. Par exemple, si on veut s'assurer du bon fonctionnement d'une mécanique de jeu, on peut demander à un testeur de pousser toutes les caisses présentes dans le jeu pour vérifier que cela fonctionne bien, dans toutes les circonstances. On est donc loin de l'expérience de jeu classique ».

- Julien Millet, testeur chez Realityz

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Travailler dans une telle équipe... le rêve de chaque joueur ?

En d'autres termes : sous une apparence idéale, les métiers du jeu vidéo n'échappent pas à la réalité brute du monde du travail. Il faut une bonne formation, de la patience, de la passion, du courage et beaucoup de nuits blanches pour parvenir à se faire une place au soleil.

Les adresses à retenir avant de se lancer

Si malgré les exigences du milieu, l'aventure vous tente, sachez qu'il est vivement recommandé de consulter un maximum de documentation. Sur internet, de nombreux sites répertorient les métiers du je vidéo, toutes les écoles ainsi que les formations disponibles au sein des établissements concernés.

Parmi les adresses incontournables, il y a celle de l'AFJV qui dispose d'un annuaire avec les coordonnées de 45 écoles spécialisées dans le jeu vidéo en France. Sur le site de L'Étudiant, vous trouverez même une carte interactive pour retrouver une école selon votre département ou région de résidence. Enfin, pour un aperçu plus global de tous les métiers de l'industrie du jeu vidéo, vous pouvez vous rendre sur le site du Gaming Campus.

Maintenant, c'est à vous de jouer !

Modifié le 13 octobre 2021 à 14h12

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