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Publiée le 16/05/2013 à 15:05, par Daniel

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Japan Game Center n°8 : Mort au "region lock", à bas les frontières

Depuis qu'on s'est rendu compte qu'on pouvait jouer aux jeux vidéo japonais, l'import existe. Malheureusement, encore aujourd'hui, ce n'est pas de tout repos.

C'est la question qui revient quasiment à chaque test, comme si les règles changeaient avec le temps : « est-ce que ça fonctionne sur ma console française ? ».

Quand ce n'est pas le cas, c'est le triste « quel dommage que ça soit region locked, je ne pourrais pas le faire tourner sur ma machine » qui revient systématiquement.

Comment tout a commencé...Retour au sommaire
L'import 8 bits n'ayant quasiment pas existé, les premières échauffourées remontent au début des années 90, quand Nintendo régulait d'une main de fer les sorties américaines et européennes. Si un éditeur japonais souhaitait développer sur les consoles "Ninty", il fallait céder au géant ses droits sur les exploitations à l'étranger. C'est une des raisons (et puis par manque de motivation et de moyens) pour laquelle aucun des Final Fantasy majeurs n'est sorti sur SNES en Europe. "Qui pourrait s'intéresser à ces RPG ?" devait-on se dire alors. Il aura fallu attendre la PlayStation, Sony et FFVII pour que le premier jeu de la série soit distribué officiellement en France. Et je ne vous parle pas de Dragon Quest.


À l'époque, j'avais fait la bêtise d'acheter une Super Nintendo officielle et je me farcissais les différents adaptateurs pour jouer aux centaines de jeux qui ne sont jamais sortis en France. Les Super Adaptator, Universal Adaptor, Super Key, Game Key ont tous défilés dans ma console. Le plus souvent, il fallait insérer une cartouche française derrière et son import devant, en espérant que l'usure ne fragilise pas les connexions. Nintendo sortait régulièrement des cartouches plus performantes qui rendaient obsolètes les adaptateurs précédents, il fallait donc régulièrement changer de matos. Star Fox, Yoshi Island et tous les jeux contenant une puce, c'était mort d'avance. Une vraie plaie.

À force de bidouillages, les gens ont trouvé des astuces pour contourner les interdits. La plus célèbre est l'astuce du capot ouvert de la première PlayStation, le fameux "Swap trick" qui faisait passer également les CD gravés. "Oups." À la clef, un marché aussi noir que les black discs PSone, une situation qui a aussi aidé à implanter la première machine de Sony. On est passé à l'ère des puces qu'on soudait, ce qui faisait exploser la garantie. Mais les gens étaient suffisamment motivés pour suivre.

Apple, Sony, Microsoft et les autresRetour au sommaire
Aujourd'hui, le "region lock" est plus subtil et surtout plus insidieux. Il est partout, sous des dizaines de formes différentes. Ce n'est pas le propre des consoles, l'App Store d'Apple étant lui aussi verrouillé. Il est théoriquement impossible de télécharger les applications, musiques et films qui ne sont pas sortis dans son propre pays. Impossible d'essayer aussi Puzzle & Dragons, élu jeu iOS de l'année par toute la presse et le public japonais ! Le verrou, c'est l'argent : c'est la nationalité de votre carte de crédit qui détermine finalement votre store d'attache. Il existe un moyen de passer outre cette protection (Google est ton ami) et là, c'est l'eldorado : le store américain et japonais sont tellement plus riches, une caverne d'Ali Baba comparé à la famélique offre française.

Chez Sony, c'est le luxe et l'élégance : les jeux passent partout, indépendamment de leur origine. Comble du confort, on peut même utiliser plusieurs comptes de nationalités différentes pour faire ses achats sur le store. Et on se demande parfois pourquoi les concurrents se donnent tellement de mal à nous empêcher de claquer de l'argent. La Vita aurait pu être presque aussi confortable si elle n'était pas limitée à un seul compte par Memory Stick. On peut intervertir ses cartes mémoire, mais il faut passer à chaque fois par une réinitialisation des paramètres d'usine, une manip' qui prend cinq bonnes minutes, une plaie qui donne presque envie d'acheter une deuxième Vita. Hein, Sony, vous l'avez fait exprès ?!

Des éditeurs font des exceptions et refusent la politique agréable de Sony. Je ne sais pas si Dieu existe mais à chaque fois que cela se produit, ça se passe mal. La sortie européenne de Persona 4 Arena est une de ces exceptions, un bon exemple de ratage dont il faut se souvenir. C'est "juste un jeu de baston". Toutes les conditions étaient réunies pour qu'il sorte partout dans le monde. Mais voilà que peu de temps avant sa sortie, Atlus a annoncé que son beau jeu de combat 2D sera "Region locked" sur X360 - ça, on est habitué - mais aussi sur PS3. Une première pour un jeu important. Pas de bol, la localisation de Persona 4 Arena en Europe a pris plus de dix mois, laissant le temps aux serveurs de se vider pour n'y laisser que quelques adversaires qui ont pris tellement d'avance dans leurs combos qu'ils démontent tout le monde sans pitié. Alors il est bien content, mon pote Cédric, de pouvoir acheter son jeu à Carrefour, si c'est pour se faire défoncer à tous les matchs. En même temps, il est peut-être un peu mauvais aussi, on ne peut jurer de rien.

Sur X360, je serais tenté de dire « tout le monde s'en fout » tant elle n'a pas réussi à percer au Japon. Les quelques jeux exclusifs passent à peu près partout, y compris les jeux d'aventure érotisants. Pour la blague, Modern Warfare II européen n'a pas fonctionné sur ma console japonaise. Je veux juste tirer mon chapeau au mec qui a décidé de me faire économiser du temps : oubliés les conflits armés, je suis passé à autre chose. Tant pis. "No Russian".

Big N, mo' problemsRetour au sommaire
Nintendo est un éditeur en apparence très lisse. Tout est verrouillé. C'est simple et net. Cependant, on peut utiliser une carte de crédit étrangère sur l’eStore Nintendo car finalement, pourquoi interdire aux gens de dépenser des sous. C'est que le constructeur n'oublie pas tous les expatriés qui gardent leur matos japonais une fois à l'étranger. Le détail qui fâche, c'est la 3DS. La DSi a ouvert un peu la voie, mais la 3DS est la première console portable Nintendo à être "region lockée". Agaçant, quand on est en vacances et qu'on veut s'acheter une cartouche dans une des rares grandes enseignes encore debout.

Mais le plus insultant, c'est le "region lock" des modes multi-joueurs en local sur 3DS. J'explique : les possesseurs de consoles japonaises et françaises ne peuvent pas s'affronter sur Mario Kart 7 (au hasard, hein). Impossible ; les deux versions du jeu ne se trouveront pas. J'ai découvert ça, atterré, un soir de Noël. Rien à faire. Et si ça se trouve, un mec, quelque part à Kyoto, a été payé pour me gâcher la soirée. Salopard, voilà ce qu'il est. Nintendo a encore innové ces derniers mois en proposant le premier puzzle "region locked" de la 3DS. On ne peut "streetpasser" des pièces de puzzles de Luigi's Mansion 2 que chez des gens de même région. Bryan, Louis-François et Tanaka ne pourront pas jouer ensemble à la récré. Comme pour le PSG, la fête est gâchée et je ne me suis toujours pas résolu à acheter une deuxième 3DS après ce que je considère être comme un coup de poignard dans le dos.

Chasse, pêche et MMORPGRetour au sommaire
Vient le problème du jeu en ligne et les serveurs. Et ça, à chaque fois, c'est des embrouilles. Le surprenant boom de popularité qu'a connu Monster Hunter 3 Ultimate sur Wii U n'a pas empêché Capcom de séparer les serveurs en trois régions différentes. Joueurs US, japonais et européens n'avaient d'abord aucun moyen de chasser ensemble. Puis un patch est venu briser les frontières entre le Vieux Continent et les Ricains mais rien pour les Japonais, pourtant extrêmement nombreux. Est-ce la peur des gaijin ou bien simplement l'envie de rester entre eux ? Ou est-ce une manière de se garder sous le coude la possibilité de faire des offres payantes. Il ne faut pas perdre de vue que le mode en ligne de Monster Hunter 3 était gratuit chez nous mais payant au Japon. "Oups."

De même, je ne peux utiliser mon perso bien boosté de Soul Sacrifice contre mes potes français car les serveurs sont verrouillés aussi. Tout cloisonner est une décision bien stupide : même le meilleur des jeux finira par lasser son public, le nombre d'utilisateurs baissera et les serveurs finissent par fonctionner en roue libre, cherchant des partenaires qui ne viendront plus.

Edito8 g
Edito8 h
Ce n'est pas parce qu'on reste entre japonais que c'est mieux fréquenté, loin de là.

Le retour de BâTomb RaiderRetour au sommaire
Phantasy Star Online 2 est un cas d'école à lui tout seul de ce protectionnisme. Voilà ce qui s'est passé : dès l'ouverture des serveurs de PSO2, les fans gaijin ont bondi en masse sur la suite de leur hack n'slash préféré. L'un d'entre eux, un crack, a fait remarquer à Sega qu'il y avait des grosses failles. Sega l'a mal pris et l'a envoyé bouler sévère. Or, la règle, c'est de ne pas fâcher un hacker, d'autant plus quand il est dans ton camp. Du coup, il a hacké PSO2 en déplaçant les PNJ indispensables aux Quests qui font avancer le jeu dans des endroits inatteignables. Et voilà, Sega a puni en bloquant par IP tous les joueurs étrangers. Cela ne m'a pas empêché de voir des images de bukkake au cours d'une de mes parties. Qu'ils sont rieurs, les japonais, quand ils veulent. D'ailleurs, élégance ou oubli, la version Vita n'est pas bridée.

Pour Dragon Quest X, verrouillé aussi bien par la console (normal) que par l'adresse IP, je passe par un VPN (un réseau privé virtuel) qui me permet de faire croire aux serveurs que je suis dans n'importe quel réseau du globe. Voilà à quoi on en est réduit pour faire de l'XP dans un MMORPG sur sa tablette. Heureusement qu'il est captivant parce que sinon, j'aurai lâché l'affaire.

Je vous parle des couacs et des désagréments des jeux japonais en Occident mais je ne peux m'arrêter ainsi, sans un dernier sourire. Parfois, le boomerang revient et il fait très mal. Et cette anecdote nous vient de Square Enix. Tomb Raider est sorti partout dans le monde sur PC via Steam. La version boite sur console devait débarquer dans les bacs deux mois après, en avril pour 8000 yens. Rien à voir avec les prix cassés que l'on trouve sur Steam. Comble de la classe, cette version démat' contenait voix et textes japonais. Moins cher, sorti un mois et demi avant sa version officielle japonaise et complet ! Évidemment, il s'agissait d'une erreur. Square Enix a alors vite patché son jeu pour que les acheteurs japonais n'aient plus accès à cette version japonaise. À la sortie officielle, en avril, ils ont osé proposer ce doublage dans un patch linguistique payant. Pour 30 $. En gros, pour avoir la même version qu'il y a un mois, les acheteurs japonais devaient débourser plus d'un tiers du prix du jeu. "Oups." L'arnaque, pure et simple. Comme quoi, "region locker" est bien le métier le plus pourri du monde, quel que soit le pays.

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