Test de Rock Band : mieux vaut tard que jamais !

Rock Band à part
Rock Band est-il l’évolution vers laquelle devait s’acheminer naturellement le jeu musical ? Du côté de chez Konami, on vous répondra que cela fait belle lurette que les japonais s’éclatent en arcade avec Guitar Freaks, DrumMania et même Keyboard Mania, les trois bornes pouvant être connectées entre elles et donner lieu à des concerts endiablés. Mais dans les foyers occidentaux, l’intrusion de cet imposant set d’instruments a quelque chose d’inhabituel. Jusqu’ici assez peu friand de rhythm games et, plus généralement, de titres accompagnés d’accessoires aussi atypiques qu’imposants, le public occidental semble enfin se familiariser avec l’excentricité du genre, que l’on croyait encore il y peu réservée aux seuls japonais. Mais tout de même, proposer un titre accompagné d’un micro, d’une guitare et, surtout, d’une batterie, c’est franchir un pallier supplémentaire. Mais c’est aussi ça le rock : la démesure !




Bref, un set d’instruments qui a de la gueule, reste maintenant à en éprouver l’efficacité en cours de jeu. La galette insérée, il faut donc en passer par la traditionnelle séquence d’introduction, heureusement très réussie, avant d’arriver sur le menu principal. A titre personnel, cette esthétique plus épurée et stylisée que celle d’un Guitar Hero m’avait laissé de marbre lors de ma découverte de la version américaine. Après avoir côtoyé le titre plus longuement, force m’est de constater que l’habillage global du jeu fait preuve d’une véritable identité visuelle, des menus aux personnages en passant par le traitement de l’image et l’excellent design des salles de concert. Beaucoup moins coloré que Guitar Hero 3, Rock Band se place sur un terrain radicalement opposé à celui du titre de Neversoft : aux délires caricaturaux de ce dernier, le jeu de Harmonix préfère une sobriété classieuse et moderne, teintée d’une pointe de noirceur un peu trash. Bref, une indéniable réussite sur laquelle nous reviendrons lorsqu’il sera temps d’aborder la création de personnage. Mais pour l’heure direction notre première salle de concert, point de départ d’une tournée longue de soixante-sept titres prolongée de treize morceaux bonus, soit une tracklist de quatre-vingt chansons disponibles au lancement du jeu. Il y a déjà de quoi faire avant de succomber aux sirènes consuméristes du téléchargement de contenu ! Car, en plus de faire preuve d’une diversité qui satisfera autant les néophytes qu’elle fera renâcler les plus obtus, cette tracklist a le bon goût de proposer une compilation de titres emblématiques de chaque époque. Exception faite du médiocre « Manu Chao » des Wampas (le groupe avait pourtant quantité d’autres productions en réserve) et du Métal pour minettes de Pleymo (le premier qui dit Bill prend une claque), le titre n’accuse pas de réelle faiblesse. Mieux encore, on se surprend à apprécier certains morceaux ou artistes avec lesquels aucune affinité ne s’était pourtant créée en tant que simple auditeur. Prenons Bon Jovi par exemple, votre serviteur n’aurait jamais imaginé bouger les cheveux sur une composition de ce séducteur à la petite semaine. C’est tout autre chose deux baguettes dans les mains ou cramponné à sa Fender. Ce charme soudain, ce genre de morceaux le doivent à l’intelligence musicale dont ont fait preuve les équipes de Harmonix. Les charts (partitions) retranscrivent ainsi justement la musicalité de chaque morceau et offre au joueur téméraire la satisfaction de réellement le jouer, là où de nombreux titres de Guitar Hero 3 lui imposait simplement de valider des notes en rythme. C’est ici que se situe le talent des développeurs dont la connaissance réelle des morceaux proposés force l’évidence.



La musicalité des charts garantie un plaisir de jeu immense
Si j’avais le portefeuille de Maxime Chao !





Le jeu de scène des musiciens a bénéficié d'un soin particulier
Reste à aborder les deux modes Carrière que propose le jeu. En solo comme en multijoueurs, une tournée commence par la création de son avatar. Si les possibilités de départ son honnêtes elles deviennent heureusement beaucoup plus étendues par la suite. En plus de gagner fringues et accessoires au fil des chansons, le joueur peut faire quelques emplettes dans la boutique mise à sa disposition. Regroupés au sein de plusieurs styles, ces petites coquetteries permettent surtout de créer un lascar unique et vraiment stylé (ou grotesque selon les goûts) loin du design déplorable des personnages génériques de Guitar Hero 3. Ainsi incarné, le joueur peut ensuite se lancer dans une carrière solo, somme toute classique ou réunir quelques potes pour un World Tour en local, point culminant de l’expérience proposée par Rock Band. Cette tournée propose en effet un challenge original : pour sortir de la petite salle enfumée de ses débuts et accéder à des tracklists de plus en plus conséquentes, le groupe devra assurer un show suffisamment réussi pour augmenter petit à petit sa base de fans. Le challenge repose donc sur la notoriété acquise au fil des concerts, mais attention aux contre-performances sanctionnées du désamour d’un certain nombre de fidèles ! Pour se refaire, ce mode offre également de participer à de petites tournées thématiques au cours desquels les morceaux s’enchaînent sans temps mort. Si les premières s’avèrent assez peinardes avec une petite poignée de morceaux à performer, les exigences vont crescendo jusqu’à l’apocalyptique Endless Setlist et ses cinquante-huit chansons. Ereintant. Bref, un menu sacrément bien fourni et une durée de vie tout simplement gigantesque.



Deux cent trente cinq euros ... aïe
Terminons ce test avec l’inévitable charge à l’encontre du prix dont a écopé le jeu en Europe. Dire qu’il s’agit là d’un scandale relève de l’évidence. De 170 dollars, soit 110 de nos euros actuels, Rock Band voit son tarif grimper aussi vite qu’un baril de pétrole pour atteindre les 210 écus. Mais le plus déplorable dans cette affaire c’est le préjudice que va subir le jeu et ses créateurs sur notre bon Vieux Continent. Il est écœurant de voir un titre aussi fédérateur et puissamment ludique devenir inaccessible au commun des joueurs pour d’inexplicables raisons pécuniaires. Encore une fois, Electronic Arts n’a pas daigné nous envoyer une version de test. Fallait-il donc publier un test de Rock Band sur PlayStation 3 ? Aussi contestable soit son tarif, le titre de Harmonix demeure une expérience ludique hors du commun et pour cela nous ne pouvions faire l'impasse. De plus, il nous a semblé injuste envers Harmonix de passer leur création sous silence, tant celle-ci nous a enthousiasmés. Mais Electronic Arts mériterait à nouveau une sérieuse déconvenue sur notre sol pour cette inqualifiable faute commerciale. En bref, ne payez pas pour jouer à Rock Band, volez-le.
Conclusion
Le moins que l’on puisse dire c’est que Harmonix a su rebondir avec panache ! Quelle leçon mes amis ! Rock Band est une expérience ludique sans précédent (hors de l’archipel nippon, s’entend), ou, comme le dirait l’un de nos développeurs adorés, « best party game ever ». Des accessoires de qualité, de savantes trouvailles, une tracklist mise en forme avec brio, une identité visuelle aguichante et un multijoueurs fantastique font sans conteste de Rock Band le meilleur jeu musical à ce jour. On regrette alors d’autant plus amèrement un intolérable prix de vente de 210 euros qui handicapera le jeu d’une grande partie de son public. Tout simplement écœurant …
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