Du gunfight, du combat à l'arme blanche, du western teinté de clichés asiatiques, Red Steel 2 abandonne quasiment tout l'héritage de son ainé en optant pour un univers caricatural en rupture totale avec le « réalisme » du premier Red Steel. Une ambiance graphique spécifique, un gameplay réhaussé par l'utilisation du Wii MotionPlus, et une histoire originale suffiront-ils à lancer un hit sur la console Nintendo ? Nous vous proposons un début de réponse après avoir joué les premières heures du jeu sur une version quasi-définitive.
Une bonne brute pour faire la peau aux truands
Initialement prévue pour l'automne 2009 sur le calendrier des sorties d'Ubisoft, Red Steel 2 a été décalé pour fin mars 2010. Un mal pour un bien, le contretemps ayant été volontaire de la part des développeurs, afin d'améliorer leur jeu et introduire leurs dernières idées au scénario et au gameplay. En effet, on ne peut pas dire que lors de la première présentation du jeu, le contenu n'ait montré que des qualités. Surtout au niveau de l'équilibre entre les phases d'exploration et de combat, les premières n'ayant été qu'annoncées sans être jouables et les dernières étant bien trop faciles. Si le cœur même du jeu allait inévitablement évoluer après l'essai d'une version pas encore au stade de la « bêta »,
il est toujours appréciable de pouvoir jauger des progrès d'un titre.
Neuf mois plus tard, c'est le même jeu et les sensations sont pourtant différentes. Les premières minutes plongent simultanément dans l'action et l'exploration, la linéarité de la progression dans les niveaux se faisant bien moins sentir. Dans Red Steel 2, on évolue dans
un monde ouvert conditionné par les missions à accomplir. Durant les premières minutes, la plupart des portes de la carte sont fermées afin de vous guider directement vers votre objectif ; mais plus vous progresserez dans l'intrigue, plus elles seront nombreuses à demeurer ouvertes (le radar vous indique cependant le trajet le plus direct). Même si l'intérêt de la démarche paraît très limité, cela confère au joueur une impression de liberté et non la sensation d'enfermement dans plusieurs longs couloirs.
« Ta mère cogne plus fort ! »
L'univers proposé par le titre est à la fois original et réussi.
Le mélange caricatural de l'univers du far-west et de l'ambiance asiatique (mégapole à l'allure rustique mais ultra-moderne) fait bon ménage. L'utilisation du six coups et du katana sont l'exemple même du mariage parfait entre deux mondes pourtant opposés. Par conséquent, Red Steel 2 permet de croiser un samouraï en Santiags entre deux drones de combat. Un décalage crédibilisé par l'utilisation du
cel-shading, rapprochant beaucoup le
soft d'une bande-dessinée que d'une création réaliste. Si certaines textures demeurent néanmoins perfectibles (notamment sur les décors en intérieur), l'ensemble se montre très propre et très au-dessus des standards de la console Nintendo : c'est assez fin et surtout très fluide !
L'immersion est accentuée par cette ambiance globale qui mixe avec brio deux univers : il n'est pas rare de voir un grand baraqué tatoué d'un dragon sur le corps se comporter comme la pire des crapules d'« OK Corral ». Ça crache par terre, ça jure à l'ancienne et ça provoque : « Ta mère cogne plus fort ! », « Je vais te casser tous les os... Deux fois ! ». Rien à voir avec la sobriété et l'honneur des combats dans l'Asie médiévale (où des clichés que l'on peut s'en faire), mais c'est justement ça qui s'avère diaboliquement agréable.
On se sent en plein cœur d'un film de Quentin Tarantino co-réalisé avec John Woo. Le jeu promet également quelques belles répliques du même genre.
Un bon gros défouloir !
Au-delà de ces arguments flatteurs, il fallait revoir la copie du gameplay par rapport au premier Red Steel.
L'utilisation du Wii MotionPlus permet d'avoir un meilleur contrôle de l'épée, plus réaliste (tant au niveau de l'angle de la lame que de l'amplitude du mouvement) et nettement plus divertissant d'un point de vue défouloir. En effet, le titre oblige le joueur à exécuter de larges mouvements afin de maximiser l'impact dans le jeu. Ne comptez pas sortir des coups puissants en gesticulant timidement la Wiimote assis sur un canapé ! Red Steel 2 est peut-être le premier jeu de la Wii qui infligera un « Tennis Elbow » - ou épicondylite, une maladie douloureuse du coude - justifié (ceci peut arriver sur WiiSports, mais c'est à mettre sur le compte de l'optimisme). Au milieu de tout ça, on trouve aussi quelques
QTE (actions contextuelles) permettant de jouer quelques passages d'action brutale dans le scénario (comme s'accrocher à un véhicule lancé à toute vitesse pour neutraliser un conducteur bourrin).
Le gameplay de la Wiimote combiné au Nunchuk permet de progresser façon fps classique, le
joystick remplaçant le clavier de l'ordi et la visée de la Wiimote celle de la souris. Revers de la médaille : si les déplacements et les coups sont faciles à exécuter séparément, ensemble c'est une autre paire de manche. La visée étant perturbée par les coups d'épée, et vice-versa.
La liaison filaire entre les deux composantes de la manette pose un autre problème plus cocasse. Un vrai casse-tête, car il est obligatoire de lier les mouvements du bras gauche à ceux du bras droit pour effectuer une attaque puissante sous peine de débrancher son Nunchuk. Pire encore, le fil finit par s'emmêler autour de votre bras ou de votre manette pour peu que l'on se montre très vif devant l'écran.
On peut optimiser ses armes, ses munitions, et apprendre de nouveaux combos à l'arme blanche
L'intrigue évolue de façon naturelle dans les décors, chaque mission étant intégrée à votre aventure comme dans un RPG (éliminer la racaille locale, remettre en état de marche les communications, sauver une demoiselle en détresse...). D'ailleurs, la petite parenté avec les jeux de rôle est assumée dans la mesure où l'on peut optimiser ses armes, ses munitions et apprendre de nouveaux combos à l'arme blanche. Ces derniers permettent d'exécuter des mouvements de mise à mort.
Achever un homme à terre, planter son sabre dans une moelle épinière, sauter sur un dos pour lui faire un headshot à bout portant, etc. sont autant de façons d'envoyer rapidement au tapis des ennemis en difficulté. Petite observation : le jeu ne verse pas dans le sanguinolent. Les accros au gore ne pourront satisfaire leur désir de faire couler le sang par vagues.
Concernant l'amélioration du personnage (ses armes et aptitudes), vous pourrez compter sur l'argent glané tout au long de l'aventure. Tout objet contient sa petite somme (même les poubelles ou les bouteilles d'alcool) ;
tout fracasser sur son passage est ainsi une bonne méthode pour gratter le moindre dollar qui traîne. Chaque mission accomplie apporte également sa - forte - récompense financière. Quelques artefacts cachés (des badges de shérif par exemple) permettent aussi d'augmenter de façon significative son pécule personnel. Un point non négligeable, car les améliorations coûtent très cher, et la difficulté du jeu s'accentue fortement au fur et à mesure de la progression. Un système qui se montre très proche de celui de
BioShock.
Dans Red Steel 2, ce n'est pas « métro-boulot-dodo » mais « missions, récompenses et améliorations »
A chaque situation sa posture défensive et sa stratégie offensive
Le cœur du jeu est dans la difficulté et le timing. Le très grand nombre d'adversaires ainsi que leurs styles différents permet de proposer
un très grand nombre de situations à déjouer avec un peu de stratégie dans l'attaque. Par exemple, si un groupe d'adversaires est composé de tireurs et d'une grosse brute, concentrez d'abord vos assauts sur les hommes armés de pistolets, même si le colosse avec son marteau vous inflige de lourds dégâts à chaque fois que vous êtes proche de lui. Parce que plus tard, quand vous aurez besoin de le fixer pour l'esquiver et passer derrière lui, ça sera bien plus simple sans se faire canarder.
Après quelques heures de jeu, on croise plusieurs types d'ennemis avec des caractéristiques variables : avec ou sans armure, qui génèrent des coups puissants ou non, avec plus ou moins d'agilité, etc. A chaque situation sa posture défensive et sa stratégie offensive.
Chaque coup doit être exercé dans le bon timing sous peine de rater une parade ou pire : se faire parer et se prendre une belle une contre-attaque dans les gencives.
Si le jeu semble trop simple les premières minutes, les combats se corsent avec la progression dans les missions, si bien qu'après trois heures de jeu on sent une graduation dans la difficulté et les adversaires commencent à nous résister avec acharnement. Selon Jason Vandenberghe (Producteur), la fin de Red Steel 2 en difficulté moyenne serait aussi délicate que le début du jeu en difficulté maximale.
Un détail qui permet de casser la linéarité et d'offrir un challenge progressif aux joueurs de tous les niveaux : novices et experts pourront s'y retrouver. Red Steel 2 est en bonne voie pour devenir l'un des titres majeurs de la Wii cette année. L'exploitation du Wii MotionPlus est bel et bien la clé d'un gameplay revu à la hausse. Le mélange des genres, la charte graphique, le contenu avec une difficulté croissante semblent être une valeur ajoutée suffisante pour lui permettre de surpasser un premier Red Steel décevant. Verdict final le 26 mars.