Infinity Ward et Activision sortent, fin 2007, Call of Duty 4 : Modern Warfare. Deux ans et une quinzaine de millions d'exemplaires vendus plus tard, c'est fort logiquement qu'ils reviennent avec une suite, baptisée sobrement Call of Duty : Modern Warfare 2. L'attente des joueurs n'a d'égal que le dispositif marketing mis en place par le géant américain. Une polémique naissante, un teasing agressif et une ambition énorme entourent la sortie du sixième opus de la série Call of Duty. Beaucoup de bruit pour rien ?
« Américanisme primaire, racisme latent et clichés maladroits »
Le scénario du premier Modern Warfare ne nous a pas, et c'est un euphémisme, laissé un bon souvenir. Américanisme primaire, racisme latent et clichés maladroits n'avaient cependant pas réussi à gâcher totalement le plaisir d'une
aventure haletante truffée de trouvailles visuelles et sonores, servies par un
gameplay d'un dynamisme remarquable. Rebelote ici, Infinity Ward réutilisant sa recette à l'identique. Les Californiens ont cependant l'infinie bonté de nous dispenser d'une bonne partie de la propagande nauséeuse crachée dans leur précédent jeu, se contentant cette fois de
quelques excès idéologiques que n'auraient pas renié le sanguinaire Bush Jr. dans ses années les plus folles.
On reste néanmoins dans l'« acceptable » ;
certaines scènes équivoques apportant même d'excellentes pistes de réflexion (la scène de l'aéroport, entre autres). Consciente ou non de la part des développeurs, cette complexité dans le traitement du conflit armé et du patriotisme en général en fait un titre tout à fait intéressant qui, un peu à la manière d'un
Metal Gear Solid 4 (auquel quelques références évidentes sont faites), concernera les joueurs attachant de l'importance à ce qui est dit et montré dans un jeu vidéo. D'un autre côté,
le scénario se complait dans la confusion la plus totale, enchainant les invraisemblances et les clichés du
blockbuster cinématographique de base (signé Bay ou Emerich, au hasard...).
Call Of Duty : Modern Warfare 2 - Vidéo-Test de Modern Warfare 2
Nous n'évoquerons ici que sommairement l'histoire racontée par ce Modern Warfare 2. Sachez simplement que cinq ans après les évènements relatés dans le premier volet,
l'équilibre du monde est toujours sur le fil du rasoir. Quelques mercenaires russes assoiffés de dollars, menés par le vil Makarov, menacent une nouvelle fois l'ordre établi (par la vendetta américaine...) obligeant Joseph Allen, Gary « Roach » Sanderson et James Ramirez - que vous incarnez - à mettre les mains dans le cambouis. Entre le
retour de vieilles connaissances (comme le héros du premier volet), les retournements de situation « hollywoodiens » et les briefings dans le plus pur style Modern Warfare, on n'est clairement pas dépaysé, si ce n'est par cette
intrigue qui peine franchement à convaincre.
Des phases de jeu toujours plus intenses
D'autant que le titre reprend trait pour trait le
gameplay nerveux de son ainé. Passé le désormais habituel tutoriel de départ qui vous rappellera les bases, et une fois le niveau de difficulté choisi (parmi quatre, nous conseillons évidemment le mode Commando, pas aussi ardu que le terrible Vétéran mais plus intéressant que la 2nd Classe), vous plongez directement dans le vif du sujet, en Afghanistan. Viendront ensuite
le Kazakhstan, la Russie, le Brésil, et (pour la première fois dans la série) le sol américain. Les séquences de
shoot classiques sont ici agrémentées de nombreuses nouveautés plus ou moins intéressantes. Sans vous gâcher le plaisir de la découverte, disons simplement que vous pourrez
conduire une moto des neiges et un bateau, marquer des cibles pour que votre blindé les détruise, couvrir un chalet en montagne des assauts ennemis ou encore (à l'aide d'un système nommé
Breach & Clear) prendre le contrôle de pièces truffées de méchants à dézinguer mais aussi d'otages à éviter, le tout pendant un court ralenti riche en sensations.
Plusieurs fuites chronométrées sont au programme, ainsi que
quelques séquences d'infiltration (qui tournent mal, en général), pour un résultat une nouvelle fois d'une très haute intensité. On ne s'ennuie pas une seule seconde, certains passages légèrement plus ouverts (mais alors, très légèrement) vous permettant même de
changer un peu du train-train scripté qui fait la substantifique moelle d'un Call of Duty. Les séquences calculées au millimètre sont néanmoins toujours bien là, certaines poussant la tension à un niveau rarement atteint dans un fps. Infinity Ward est, à ce niveau, allé encore plus loin, en proposant des moments forts d'une intensité rare : on pense, entre autres, à l'exceptionnelle séquence de Washington pendant laquelle les hélicoptères pleuvent littéralement.
La violence est de toute façon omniprésente dans ce sixième Call of Duty : la mention « PEGI 18 » présente sur la jaquette du jeu n'est pas usurpée, loin de là.
Les combats classiques aux armes à feu sont évidemment parfaitement maitrisés, l'arsenal proposé étant si vaste qu'il n'arrivera pas une seule fois que l'on tombe en manque de munitions. Après tout, c'est la guerre... Remercions également IW pour cet état de fait, qui s'il enlève un peu du stress que l'on peut ressentir lorsque les chargeurs viennent à manquer, nous permet de varier les plaisirs à n'importe quel moment du jeu ou presque.
Sulfateuses, snipers, pistolets en tous genres et armes de destruction massive vous tendent en effet la main à tout moment, vous laissant le choix de l'approche. Qu'on se le dise, surtout en Commando, il faudra très souvent
vous mettre à couvert ; les ennemis étant d'une précision parfois suspecte et vos coéquipiers (qui vous accompagnent pendant la majeure partie de l'aventure) n'étant pas d'une efficacité à toute épreuve. Sans doute pour vous laisser quelques frags...
Une immersion totale dans la guerre moderne
La réalisation est, dans son ensemble, d'un excellent niveau. Si ce Modern Warfare 2 est à peine plus fin que son ainé, il propose une
dose d'effets visuels supplémentaires (particules multiples, sang qui gicle...) qui garantissent une immersion totale dans cette vaste tuerie. Certains environnements sont tout bonnement magnifiques, comme les montagnes afghanes, le monastère russe ou le marché brésilien, tandis que d'autres ne laissent pas un souvenir impérissable à nos rétines ; on pense surtout aux séquences américaines, pas vraiment à leur avantage dans le jeu. La
modélisation des personnages (surtout dans les expressions faciales) est tout à fait bluffante, l'
aliasing à peine visible ne venant même pas gâcher ce beau spectacle. Si Modern Warfare 2 n'est pas le plus beau jeu de cette génération de machines, il propose un rendu visuel très solide.
Call Of Duty : Modern Warfare 2 - Gameplay solo - Russie (PS3)
On en prend plein les yeux, mais surtout plein les oreilles, le titre d'Infinity Ward étant truffé d'
effets sonores percutants. Parfois un peu trop bourrés d'effets, les sons des chocs et autres coups de feu garantissent à chaque instant une cohue qui consolide, si besoin était, l'
impression de guerre totale qui se dégage du jeu. Harry Gregson Williams a cédé sa place à Hans Zimmer (blanc bonnet, bonnet blanc) pour la direction musicale, ce dernier nous pondant
une série de pistes décidément très hollywoodiennes, symptomatique des velléités spectaculaires des développeurs américains en général. Qu'on se le dise, ces pistes restent globalement d'excellente facture, collant la plupart du temps parfaitement avec la trame que se joue devant nous, jusqu'à nous faire frémir à quelque occasion. Rien de bien surprenant, quand on connait la propension des compositeurs du septième art à nous toucher d'orchestrations tantôt symphoniques, tantôt militaires, qui sonnent toujours juste ou presque. Un mot sur les doublages français, efficaces dans l'ensemble, mais pas spécialement surprenants et surtout un bon cran en dessous de la version originale.
La réalisation, visuelle comme sonore, est globalement très convaincante
« Les Opérations Spéciales sont au final bien plus qu'un simple bonus »
Outre ce mode solo, qui vous prendra environ 7h en Commando (à peine plus de 5 en 2nde classe), Infinity Ward a également eu la bonté d'inclure un mode « Opérations Spéciales », avant tout destiné au
jeu en coopération, à deux hors ou en ligne. Si on passera vite sur la possibilité de s'y adonner seul (moins fun et surtout bien trop difficile), on y consacrera beaucoup de temps, ne serait-ce que pour débloquer l'intégralité des
25 stages qui le composent. Ces petites missions sont dotées d'objectifs variés, du simple nettoyage de carte à la course chronométrée en passant par la survie aux vagues successives d'ennemis. Remporter les trois étoiles pour chacun de ces défis ne sera pas une sinécure, tant les exigences sont élevées.
Call Of Duty : Modern Warfare 2 - Gameplay - Spec Ops (PS3)
Reprenant pour la plupart
les environnements du mode solo, ces missions vous demanderont une concentration (et une communication) totale pour être maitrisées. Discrétion, destruction et protection prennent une tournure sacrément plaisante à deux ; les amateurs de
scoring comme les joueurs désireux de boucler leur jeu à 100% ne peuvent d'ailleurs espérer boucler ce mode en moins d'une dizaine d'heures, au mieux. Ces Opérations Spéciales sont au final
bien plus qu'un simple bonus, et viendront sans problème contredire les grincheux qui pourraient se permettre de critiquer la longueur de la campagne principale.
Le multijoueurs : la vraie définition d'un Call of Duty ?
N'oublions pas pour autant le
mode multijoueurs du jeu, qui devrait une nouvelle fois faire référence sur consoles. Les
16 cartes proposées constituent un panel très varié de situations : petites ou grandes, orientées
sniping ou non, les
maps sont globalement très complexes, toujours sur plusieurs niveaux et bourrées de recoins qui feront le bonheur des fouines les plus machiavéliques. Il faudra de plus un certain temps pour faire le tour des nombreux modes de jeu qui, à part
le très gadget mode 3ème personne (franchement peu ragoutant à jouer), devraient raviver la flamme des nombreux joueurs du premier Modern Warfare en ligne. Pas de grands bouleversements, mais l'apparition de petits nouveaux (Capture de Drapeaux, entre autres) qui prouvent l'intérêt porté par Infinity Ward à cette partie du jeu.
Mais les nouveautés du jeu en ligne (ou hors ligne jusqu'à quatre en écran partagé) ne s'arrêtent pas aux cartes et aux modes. On citera en vrac le
nombre de défis revu à la hausse, l'ajout de titres et de badges à la
Street Fighter IV, les nouveaux atouts (lancer de couteau, choix du lieu de
respawn...), un renouvellement suffisant de l'arsenal,
la personnalisation des récompenses de killstreaks (nombre de frags à la suite) et de
deathstreaks (nombre de décès à la suite), la démultiplication des possibilités de gagner de l'expérience (
headshot, tir de loin, vengeance, fin de suite de frags de l'adversaire...), la possibilité de
ramasser les grenades sur les cadavres des ennemis, le grand nombre de possibilités de massacrer ses ennemis autrement que par les armes classiques...
Call Of Duty : Modern Warfare 2 - Un peu de multi
C'est d'ailleurs ce dernier point qui nous permet de soulever
le seul doute concernant les affrontements en ligne. Si Infinity Ward a fait les choses en grand pour ce mode, avec pour objectif affiché de permettre à tous les types de joueurs de s'amuser et d'avancer en grades (le Prestige vaudra cette fois-ci 70 niveaux), il est juste de se poser la question de l'équilibre global du jeu. Entre les hélicoptères, les missiles Predator, les bombardements aériens,
les tourelles automatiques et les explosions nucléaires (25 frags à la suite, tout de même...), ne sera-t-il pas difficile pour le joueur débutant (ou le sniper, ou le
shield man ?) de se faire une place au soleil ? Nos quelques heures de jeu nous ont déjà permis d'entrevoir un léger élargissement des différences entre les habitués du FPS et les autres (ce qui est normal, dans une certaine mesure), voire même entre une classe et une autre. Les éventuelles victimes de ce trop-plein de possibilités devront peut-être lutter encore plus durement pour arriver à quelque chose. A moins, plus simplement, qu'ils ne décident d'abandonner après seulement quelques heures, lassés de se faire cueillir par les multiples bombardements des PGM d'en face.
Espérons que l'écart ne soit pas aussi large que ce que l'on craint.
Conclusion
Solo relativement court mais d'une intensité hors du commun ludique, coopération fun, variée et relevée, multijoueurs bourré de nouveautés, Infinity Ward n'y est pas allé avec le dos de la cuillère pour son nouveau Modern Warfare. Si
la recette utilisée est très classique dans la forme, elle séduit en tout point dans le fond, notamment grâce à une
réalisation visuelle et sonore remarquable couplée à une maitrise parfaite du rythme ainsi que l'immersion dans les combats. Pour un titre aussi attendu (au tournant), Modern Warfare 2 s'en tire parfaitement, et constitue un achat obligatoire pour les amateurs de montées d'adrénaline et d'affrontements furieux. Les joueurs réfractaires à l'action millimétrée ou à l'américanisme exacerbé (quoiqu'ici pondéré par quelques touches de complexité dans le traitement guerrier) peuvent, une nouvelle fois, passer leur chemin :
Modern Warfare 2 reste un Call of Duty... mais sans aucun doute le meilleur de la série paru à ce jour.

Solo haletant

Coop' fun et relevé

Multi gavé de nouveautés

Réalisation spectaculaire

Bande-son made in Hollywood

Durée de vie appréciable

Scénario confus

Toujours un peu de propagande...

Intelligence artificielle trop prisonnière du script
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Publié le Vendredi 6 Novembre 2009 par Maxence