Test de Metal Gear Solid : Portable Ops

« Alors ça boss ? »
Au terme d’une mission éprouvante qui aura vu Snake version sixties accéder au rang de Big Boss, Hideo Kojima s’est une nouvelle fois plus à abandonner le joueur à ses questionnements. En effet, si nombre de révélations étaient au menu de Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, ce dernier épisode a distillé son lot d’interrogations et les fans attendaient d’en savoir plus sur le destin de Big Boss après sa retraite. Metal Gear Solid Portable Ops arrive donc à point nommé pour soulager les amoureux de la série, tenaillés par les innombrables conjectures qu’ils ont dû élaboré dans l’attente de cette nouvelle mouture. MGS PO, de son petit surnom barbare, se déroule six ans après les évènements de Metal Gear Solid 3 : Snake Eater, en Amérique du Sud où Snake croupit dans une cellule. Ignorant dans quelles circonstances il a bien pu atterrir entre quatre murs, Big Boss trouvera en la personne de Campbell un allié bienvenu pour faire face à l'unité Fox Hound. Car Snake se trouvera aux prises avec la fameuse unité d'élite, bien décidée à mettre la main sur la moitié manquante de l’Héritage des Philosophes dont ils suspectent notre héros de connaître la position. Nous n’en dirons pas plus, mais sachez que cet épisode fera la part belle aux révélations de toutes sortes avec en prime quelques approfondissements appréciables concernant certains personnages bien connus de la série.
« J'ai roulé mon boss ... »
Console portable oblige, cet épisode ne pouvait être tout à fait comme les autres. Les équipes de Kojima Productions ont pensé leur titre de telle sorte que le joueur puisse s’y plonger rapidement et s’en extraire tout aussi vite. Ainsi, le déroulement du jeu ne se veut pas linéaire et ne nous entraîne donc pas dans une épopée ininterrompue comme c’est le cas sur console de salon. Construit en un ensemble de missions et de sous-missions, ce MGS joue la carte de la discontinuité. A partir d’une carte de la péninsule, il vous sera ainsi possible d’accéder à tout moment aux différents lieux qui jalonnent le déroulement de l’aventure afin d’y accomplir objectifs primaires et secondaires. Dès lors, il vous sera possible de vous astreindre à l’ordre des missions prioritaires, ou d’entrecouper celles-ci d’allers et retours entre les différents environnements afin d’y dénicher des items et autres bonus. Cette dimension de Portable Ops a ses avantages, comme celui de vous permettre d’accomplir une mission de temps en temps, lors de vos déplacements quotidiens, puisque celles-ci ne durent rarement plus de vingt minutes. Cependant, elle a également l’inconvénient de morceler le jeu et de nuire au rythme narratif. De fait, il manque à cet épisode le souffle épique qui régnait chez ses prédécesseurs sédentaires.
Perdu en plein territoire ennemi, Snake devra, comme de coutume, compter sur le soutien d’alliés le guidant tout au long de son parcours. Mais contrairement à ses habitudes de solitaire taciturne, le légendaire éborgné ne sera pas seul à serpenter au cœur des bases ennemies. En effet, une des originalités de cet épisode PSP est de nous proposer d’élaborer une véritable stratégie d’équipe en recrutant des éléments au sein des troupes adverses. Après avoir neutralisé l’adversaire, il vous sera possible de vous en saisir pour le convaincre de vous rejoindre une fois au calme. Ainsi, que ce soit en le traînant jusqu’au camion qui vous sert de moyen de locomotion ou en confiant cette tâche à un des membres de votre équipe : c’est un véritable travail de récolte qui vous attendra tout au long du jeu. Toutes les unités ainsi recrutées disposeront de caractéristiques diverses et chacune devra être assignée à la tâche qui lui incombe le mieux. Unité technique, corps médical, équipe d’infiltration ou d’espionnage, les assignations ne manquent pas et chaque spécialité a son utilité. Toutefois, cet aspect du titre, certes réjouissant, ne joue malheureusement pas un rôle essentiel. La possibilité de constituer plusieurs équipes d'infiltration aurait pu être mieux exploitée. On aurait pu imaginer, par exemple, la possibilité de "switcher" entre deux équipes occupées en deux lieux différents. Or, si ce n'est choisir laquelle sera envoyée au front afin de ménager les autres, il n'y a pas de réelle utilité à cette répartition des soldats. D'autant que notre choix se portera toujours prioritairement sur l'équipe emmenée par Snake : Monsieur Kojima nous avait sadiquement ôté ce plaisir dans Sons Of Liberty, s'infliger à nouveau pareil traitement relèverait du masochisme. Néanmoins, nous ne pouvons que saluer cette nouvelle approche qui constitue un plus appréciable, en venant rafraîchir le gameplay traditionnel de la série.
Outre un mode solo suffisamment prenant et ardu pour nous tenir en haleine, ce MGS nouveau cru nous propose de surcroît de participer à des affrontements en multijoueur véritablement accrocheurs. Il nous sera ainsi possible d'affronter jusqu'à six joueurs à travers deux modes de jeu, deathmatch et capture de drapeau. D'aucuns pourront trouver cela assez pauvre, et à raison, mais l'intensité des escarmouches pallie ce relatif manque de contenu. Ainsi, tout comme dans le mode solo, un des principaux intérêts du mode multijoueur sera de capturer les unités ennemies pour les rallier à votre cause. Un challenge intéressant qui apporte un véritable enjeu aux affrontements.
« Salut beau boss … »

Seule petite ombre au tableau, la rareté des dialogues joués et l’absence des cinématiques en temps réel qui participent à la magie de la franchise. Les limites de l’UMD se font ici cruellement sentir et, si l’ambiance sonore est toujours aussi convaincante, l’utilisation parcimonieuse du jeu des comédiens s’avère frustrante. Les cut-scenes, quant à elles, sont similaires dans le style aux planches dynamiques de Metal Gear Solid Digital Graphic Novel. Un rendu certes appréciable, mais qui n’a pas la puissance narrative des cinématiques mises en scène par Kojima dans les précédents opus. Reste tout de même une touche originale qui ravira les amateurs du style d'Ashley Wood, l'auteur de Digital Graphic Novel.
A noter enfin que l'intelligence artificielle des soldats aurait tout de même besoin d'un petit ravalement de façade. En effet, certaines incohérences dans leur comportement prêtent à sourire, comme cette superbe indifférence avec laquelle ils ignorent le cadavre de leurs coéquipiers après une de ces scènes de guérilla que peuvent provoquer certains faux pas. De même, leur vigilance est régulièrement prise en défaut lors de vos manoeuvres d'approche. Enfin, on ressent trés nettement une chute de quotient intellectuel lorsque, débusqué par un soldat qui ne tarde pas à appeler du renfort, celui-ci ne vous traque pas avec la même efficacité que dans les opus PS2.
Conclusion :
En somme, nous voilà face à un MGS en demi-teinte. Pas tout à fait dans la veine des épisodes PlayStation 1 et 2, ce Portable Ops plonge néanmoins quelques racines dans le terreau de ses prédécesseurs. Pourvu d’un gameplay relativement similaire aux trois premiers épisodes, il amène cependant son lot d’innovations avec la gestion d’une équipe composée d’unités aux compétences variées. Hélas, on regrettera l’influence limitée de cette dimension du jeu au profit d’une utilisation quasi exclusive de Naked Snake et d’un aspect infiltration quelque peu restreint. Toutefois, nous ne pouvons que saluer l’intelligence des développeurs qui ont su construire leur jeu sans jamais perdre de vue les contraintes du support portable. Si cet aspect haché du titre nuit à la cohérence narrative, le fidèle de la série se délectera tout de même des révélations jalonnant le titre. En somme, si MGS PO ne s’impose pas comme le killer app espéré, nous ne pouvons que vous recommander chaudement cet excellent titre.
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