Goldeneye 007 en Test : le poids d'un héritage ...
En revendiquant à demi-mot l'héritage du Goldeneye de Rare, Activision prend de très gros risques. Cette version Wii développée par Eurocom a-t-elle les reins assez solide pour soutenir la comparaison ? Réponse dans ce Test.
Parfois, chercher à attirer l'attention du joueur sur un
remake en lui laissant croire qu'il retrouvera le même plaisir qu'avec le jeu original, c'est se tirer une bastos dans le pied. C'est pourtant la démarche choisie par Activision pour promouvoir Goldeneye 007 sur Nintendo Wii. En jouant sur les impérissables souvenirs laissés par le titre de Rare à l'époque de la Nintendo 64,
l'éditeur américain prend le risque d'un retour de flammes explosif.
GoldenWarfare
Si vous êtes de ceux que la campagne marketing un rien sournoise d'Activision a trompé, retenez donc bien ceci :
ce Goldeneye n'a rien a voir, de près ou de loin, avec le titre éponyme sorti le siècle dernier sur Nintendo 64. Il ne s'agit donc pas d'un remake, comme celui que Rare avait développé dans son coin avant que Nintendo n'oppose son veto à sa sortie sur Xbox Live Arcade. Détenteur de licence 007 depuis plusieurs années déjà, Activision brouille en quelque sorte les cartes en jouant sur cette confusion, par ailleurs savamment entretenue par Nintendo qui ne s'est pas non plus gêné pour annoncer le "retour" du FPS culte pendant sa conférence de l'E3 de cette année. Voilà qui est dit.
D'ailleurs, dès les premiers instants de la campagne solo, ce Goldeneye version 2010 affiche une grosse banderole « Changement de propriétaire ». Exit Pierce Brosnan et son charme fin de 20ème siècle, le bellâtre doit céder sa place au nouveau représentant de la marque Bond, Daniel Craig. Certifié 2010,
ce reboot adopte tous les gimmicks visuels du FPS post-Modern Warfare. Chaque mission est ainsi introduite avec force cartes satellites, graphiques complexes, représentations en 3D, photos prises en scred par des agents du MI6 planqués dans des fourgonnettes aux vitres teintées, le tout façon présentation Power Point de la NASA. Bond a l'ère de la société de contrôle en somme.
D'emblée, la amateurs du film et de son adaptation vidéo-ludique de l'époque ne manqueront pas de déplorer cette froideur hi-tech dont le jeu ne se départira jamais vraiment. Le style Bond dont ont fait table rase les deux derniers opus de la saga filmique est, ici aussi, balayé d'un revers de main. Et les détracteurs de cette orientation l'auront encore plus mauvaise, s'agissant a l'origine d'un opus encore a peu près en phase avec l'approche cool et rocambolesque du film d'espionnage en vigueur dans la franchise le siècle dernier. Il se dégage alors de ce Goldeneye revisité ... et bien, il ne s'en dégage pas grand chose a vrai dire.
La direction artistique elle aussi beaucoup plus austère dans son parti pris "réaliste" n'arrange rien a l'affaire et on en vient donc a traverser le jeu d'un bout a l'autre avec une certaine indifférence, malgré une mise en scène assez spectaculaire. Tandis que Rare était parvenu à donner un souffle inédit à un scénario somme toute banal,
Eurocom nous livre une copie beaucoup trop convenue, vue et revue, à une ou deux situations près. Huit heures après en avoir fini, on a une fois encore l'impression d'avoir torché un FPS de plus, avant de passer au suivant ...
Le level-design est suffisamment bien pensé pour qu'une progression dans le feutré soit régulièrement mise en danger.
Alors bien sur tout n'est pas aussi désespérément ordinaire dans ce Goldeneye Wii. D'une part, Eurocom a eu la bonne idée de repiquer a Treyarch le gameplay de Quantum of Solace.
Il est ainsi possible de boucler quasiment chaque mission selon deux approches : frontale ou sournoise. Et mieux encore que dans Quantum, le level-design est, la plupart du temps, suffisamment bien pensé pour qu'une progression dans le feutré soit régulièrement mise en danger. Les développeurs ont aussi eu la bonne idée de multiplier les moyens d'accès d'une zone de jeu à l'autre afin que le joueur puisse à peu près déterminer sa méthode d'approche contrairement à ce qui se fait dans 90% des productions du genre. Certes, l'alternative se résume souvent à « la porte ou le conduit d'aération ». Mais dans un monde de couloirs et de scripts, c'est suffisamment rare pour être salué. Un travail de
level-design qui peut d'ailleurs donner envie d'y revenir. A ce sujet, petit parenthèse sur la durée de vie :
Eurocom a également eu la bonne idée de proposer des niveaux de difficultés très progressifs et un mode
Classique réintroduisant jauge de vie et gilets pare-balles.
Daniel Craig oblige,
ce Bond est aussi beaucoup plus généreux en pains, marrons et pralines. Leur efficacité pousse d'ailleurs souvent à se jeter au corps à corps pour en finir. Du coup on gagne en brutalité ce qu'on perd en ingéniosité puisque le MI6 a semble-t-il pris un sérieux coup dans le budget gadgets. Mais ce nouveau Bond peut s'en passer, lui qui peut surgir dans une pièce, cartonner cinq mecs en
slow motion et ainsi sauver la vie d'un(e) pauvre otage. Cela s'appelle une séquence
Intrusion et ça n'a pas grand intérêt dans la mesure où
le « wow effect » s'estompe assez vite et où il faut vraiment s'y prendre comme un manche à balai pour ne pas faire le ménage en cinq secondes. Bref, ce Goldeneye nouvelle époque fait plutôt correctement son job mais n'a rien de particulièrement excitant et donne surtout l'impression de singer le style Modern Warfare au détriment de la
Bond touch du jeu original.
Press Start #1 - Premières minutes de jeu
Les premières minutes du jeu
Un multijoueur solide qui renoue avec la réussite du titre de Rare.
Mais rassurez-vous,
le titre d'Eurocom est sauvé par un multijoueurs solide qui parvient en partie à renouer avec ce qui fit le succès du Goldeneye de Rare. A commencer par un mode en écran partagé calibré pour les soirées pizza à l'ancienne. On retrouve ainsi quelques-unes des règles qui firent la renommée du jeu original à plusieurs :
Conflit, à savoir
du deathmatch et du team deathmatch, Pistolet d'Or, sensiblement identique au mode éponyme de la version N64, et
On ne vit que deux fois. Certes, Eurocom ne prend aucun risque et se permet même de passer les modes
Licence to Kill et
Flag Tag à la trappe. Cela dit, le nombre de paramétrages est suffisamment important pour qu'on se montre charitable et certains sont même plutôt amusants - on pense notamment à la règle
Bougez vos pieds obligeant à rester mobile pendant toute la partie sous peine d'élimination.
La dizaine de maps proposée est plutôt bien pensée, avec une mention spéciale pour
Archives et
Jungle. Alors on en reparlera certainement pas dans dix ans, mais il y a quand même
de quoi passer d'excellentes soirées entre bros.
Quant au multijoueurs en ligne, il s'avère plus fourni que sa variante en locale. Jusqu'à 8 joueurs et des modes de jeu plus nombreux, certains devant être débloqués grâce au système d'expérience. Un système qui permet d'ailleurs d'acquérir de nouvelles pétoires mais aussi quelques gadgets. Rien de bien nouveau, Activision a simplement invité Eurocom à suivre la voie toute tracée par COD. En revanche, et c'est assez rare pour être mentionné,
le jeu en ligne nous a semblé particulièrement stable. Nous n'avons déploré aucune déconnexion intempestive et l'expérience de jeu ne souffre pas d'un lag excessif. Bref, avec son contenu relativement généreux et cette étonnante stabilité, le multijoueurs en ligne de Goldeneye 007 surclasse aisément la concurrence sur Nintendo Wii.
Reste enfin à aborder le traditionnel chapitre technique. N'y allons pas par quatre chemins : Goldeneye 007 ne fait pas vraiment honneur à la console de Nintendo.
L'ensemble fait vraiment trop old-gen avec une modélisation sommaire et certaines textures assez grossières. Le niveau de détail de certains environnements demeure tout de même appréciable, notamment grâce à la quantité d'éléments destructibles ou à certaines petites trouvailles graphiques (comme ces danseurs plongés dans le noir dans la boîte de nuit). On note également un grand nombre de micro-ralentissements dans certains moments chauds (en solo comme en multi). La bande-son est certainement ce qui caractérise le plus ce titre comme un Bond avec des thèmes dans la plus grande tradition de la série. Enfin, question jouabilité,
nous vous conseillons d'opter pour une bonne vieille manette GameCube ou, le cas échéant, une manette classique, bien que le combo Wiimote / Nunchuk reste tout à fait praticable avec quelques réglages.
Conclusion :
Goldeneye 007 avait tout du
come-back casse-gueule. Eurocom évite la grosse gamelle de justesse grâce à une dimension multijoueurs maîtrisée sans pour autant faire preuve de génie. En local comme en ligne, les modes de jeu et les
maps donnent lieu à de réjouissantes parties de massacre. Cet opus Wii n'aura jamais l'aura de son illustre modèle mais dispose de solides arguments pour convaincre les joueurs nostalgiques de la belle époque du
split-screen cathodique au même titre que les assoiffés de
frag en ligne. Et heureusement d'ailleurs, parce qu'avec son solo convenu, sa direction artistique insipide et sa réalisation bancale, Eurocom et Activision allaient droit au casse-pipe. Bref, Goldeneye 007 est donc au final une bonne surprise qui aurait toutefois pu se révéler excellente avec un peu plus d'inspiration et de moyens.
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