La franchise Final Fantasy compte nombre de chefs d’œuvre. Difficile de choisir quel épisode placer en tête quand la singularité de chacun d’eux emporte avec elle son lot d’adhésions inconditionnelles. Cependant, parmi toutes ces expériences de jeu qui tentent de s’imposer comme point de vue définitif sur la saga, il est possible de dégager des tendances fortes autour de deux ou trois épisodes. Parmi eux, l’enchanteur Final Fantasy VI, souvent cité comme le meilleur épisode de la saga et comme l’un des plus grands RPG de l’histoire du genre. Après une première apparition sur Super Famicom, puis sa traduction américaine sur Super NES à laquelle nombre d’amoureux du titre doivent sa découverte, Square Enix avait su pérenniser le mythe via une adaptation sur la première PlayStation, malheureusement entachée d’inexplicables temps de chargement. Aujourd’hui, Final Fantasy VI revient sur GBA, pour la première fois entièrement traduit en français.
L'ultime fantasy ?
Final Fantasy VI marque un tournant dans l’histoire de la saga. Bien que
Final Fantasy IV ait déjà amorcé une approche dramatique inédite, le sixième épisode la prolonge et déploie une toile scénaristique d’une immense richesse. Mille ans ont passé depuis que l’homme, enivré par sa quête de puissance, a déclenché le plus grand cataclysme de son histoire : la Guerre des Magi. Un conflit durant lequel les puissances magiques se déchaînèrent pour entraîner la ruine de toute civilisation. Un nouveau monde fut ainsi érigé sur les ruines de l’ancien, un monde dans lequel la technologie a remplacé la magie, disparue à jamais. Du moins le croyait-on jusqu’à ce que l’empereur Gestahl, pris d’une folie conquérante, décide de faire revivre les puissances dévastatrices qui mirent la civilisation humaine à genoux.
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L’histoire de Final Fantasy VI est somme toute assez classique dans ses tenants et aboutissants. Une menace passée qui ressurgit en la personne d’un empereur avide de pouvoir, des héros unis au sein d’un mouvement de résistance, bref un point de départ comme tant d’autres. Mais ce qui fait avant tout la force de cet épisode ce sont ses personnages uniques. Tina (rebaptisée Terra depuis son passage aux US), une jeune fille dont les pouvoir magiques attirent la convoitise de l’empire, cherche à retrouver la mémoire et à découvrir ses origines. Pour cela elle sera aidée de Locke, un chasseur de trésor en quête d’un artefact capable de ramener sa bien-aimée à la vie, Edgard et [logiciel:121004 MASH] (nommé Sabin dans cette version), deux frères dont le destin a basculé le jour ou leur roi de père a succombé, ou encore Cayenne (alias Cyan ici) un fier chevalier dont la famille a été empoisonnée par le machiavélique Cefca (Kefka). D’autres personnages aux destins tout aussi tragiques viendront grossir les troupes de la résistance (Ah, Shadow …) et offrir à cet épisode la galerie de personnages la plus colorée dont un Final Fantasy ait jamais disposé.
La structure scénaristique de ce Final Fantasy VI est elle aussi d’une originalité encore jamais vue jusqu’alors. En effet, la particularité de cet épisode est avant tout de nous proposer un large éventail de personnages tout aussi primordiaux les uns que les autres en lieu et place d’un seul et unique héros aidé de ses acolytes. A ce titre, les embranchements scénaristiques sont nombreux et il n’est pas rare de voir notre petite troupe s’éparpiller aux quatre coins du monde, pour ainsi alterner entre plusieurs mini-scénarios qui, chose rare, sont tous d’un égal intérêt. Alors que les épisodes les plus récents nous enferment trop souvent dans une linéarité pesante, ce monument de la série nous offre au contraire un déroulement éparpillé, une aventure discontinue dont la puissance demeure encore aujourd’hui inégalée. Les équipes de Hironobu Sakaguchi ont su éviter l’écueil d’une mauvaise distribution des rôles et conféré à leur titre un équilibre parfait.
Locke sans son Léviathan ?

En termes de gameplay, s’il n’est pas l’épisode le plus inventif, Final Fantasy VI propose tout de même un système de combat riche en rupture avec les précédents épisodes de la série. Abandonnant partiellement le système de « Jobs », cet épisode préfère opter pour des classes de personnage fixes. Ainsi, Edgard est l’ingénieur de l’équipe, Mash le moine, Celes le chevalier runique, Cayenne un samurai etc. A ce titre, chacun d’eux dispose de capacités spéciales utilisables en combat. Par exemple, Mash peut déclencher des techniques de combat dévastatrices réalisables à grands coups de quart-de-cercle et autres demi-cercle, Tina a la capacité de se transformer en une créature dont nous vous laissons découvrir tous les secrets, et Edgard peut utiliser tout un arsenal d’armes très variées. Bien entendu, l’usage de la magie est également de mise. Celle-ci ne sera dans un premier temps accessible qu’à Celes et Tina mais, grâce à l’intervention des Chimères, tous les personnages pourront par la suite en profiter. Car les Chimères ont ici un rôle très large.
En effet, initialement baptisées « Espers », les Chimères ont un rôle déterminant dans Final Fantasy VI, tant au niveau du scénario que du gameplay. Ainsi, chacun de nos personnages peut se voir attribuer une chimère et ainsi profiter d’augmentations de profil à chaque gain de niveau (tels que Magie+1, Force +2, HP +10% etc.) ainsi que de nouveaux sorts. Chaque Chimère est ainsi dispensatrice de bonus. Dès lors, les joueurs les plus téméraires pourront équiper successivement chacun de leurs personnages de toutes les chimères et ainsi obtenir une équipe quasi-invincible. Bien entendu, de très nombreuses heures de jeu seront nécessaires à l’obtention d’un tel résultat.

La customisation des personnages ne s’arrête pas là. En effet, chaque protagoniste peut être équipé de plusieurs items d’attaque et défense. Les deux mains sont ainsi réquisitionnées : d’une arme, d’un bouclier, voir de deux armes si le personnage dispose de la capacité nécessaire. En outre, des accessoires pourront être équipés et ainsi conférer à nos personnages des capacités variées, telles des déplacements plus rapides, la possibilité de contre-attaquer ou encore de limiter le nombre de MP utilisés pour lancer un sort. Un très grand nombre de ces accessoires est éparpillé dans le monde et certains sont porteurs de capacités assez extraordinaires. Comprenez par là que l’acquisition des accessoires les plus puissants nécessitera de sillonner la carte de long en large, mais aussi d’utiliser le plus souvent possible les talents de voleur de Locke !
Les diamants sont éternels.
Mais que serait Final Fantasy VI sans les compositions monumentales qui l’accompagnent. Inspiré comme jamais, Nobuo Uematsu nous livre ici sa partition la plus aboutie, usant de tout son répertoire d’influences. Qu’il s’agisse du thème envoûtant de Tina, de la marche grotesque de Cefca ou encore de l’immense pièce d’opéra, on tutoie l’exceptionnel. Jamais la bande-son d’un Final Fantasy n’aura été si puissante et l’émotion dégagée si forte. Cependant, nous ne saurions passer outre le reproche majeur fait à l’encontre de cette version GBA et qui concerne justement la qualité sonore : le chipset de la console ne fait vraiment pas honneur aux compositions d’Uematsu et nombre de nuances s’en trouvent aplanies.
Techniquement, le titre n’a certes pas la finesse des derniers remake réalisés par Square Enix mais conserve néanmoins tout son charme. Cette version GBA affiche peut-être des graphismes légèrement plus grossiers (certains effets de transparence perdent en qualité, les sprites sont un peu moins fins), mais cela n’est pas immédiatement évident ni vraiment gênant.
Cartouche GBA oblige, les scènes cinématiques introduites sur PlayStation ont disparu. Une grande perte, tant celles-ci constituaient la digne expression du talent de Yoshitaka Amano, malheureusement trop peu sollicité. Une perte contrebalancée par une traduction intégrale du titre dans la langue de Molière. Une traduction quasi-irréprochable qui permettra à tous les joueurs peu familiers des subtilités de la langue anglaise de profiter pleinement de toute la finesse de certains dialogues. Une bénédiction qui, à elle seule, justifie le rachat de ce monument du jeu vidéo.
Conclusion
La GBA vient certainement de rendre son dernier souffle. Mais quel merveilleux chant du cygne nous offre-t-elle là ! S’il est particulièrement malaisé d’ériger un épisode au rang de joyau de la saga, tant l’affection joue un rôle central dans nos jugements à son égard, Final Fantasy VI demeure néanmoins l’opus le plus abouti à ce jour. Un scénario complexe et diablement prenant, des personnages profonds et attachants, une mécanique de jeu parfaitement huilée, des compositions magistrales ainsi qu’une durée de vie plus qu’honorable font de Final Fantasy VI un titre à jamais inscrit au panthéon du jeu vidéo.
NDLR :
Le titre est actuellement en rupture de stock mais pourrait connaître une réédition d'ici au mois de septembre. Croisons les doigts !
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