Dragon Quest IX : au firmament du JRPG ?

Enfin du IX ?

Ceci fait, place maintenant à l'aventure ! On ne peut pas dire que Dragon Quest soit une saga connue pour la profondeur et la complexité de ses intrigues. Mais la force de la création de Yûji Horii est justement d'avoir su captiver des millions de joueurs grâce à une narration efficacement développée à partir de prémisses d'une simplicité quasi enfantine. Ce neuvième volet ne déroge pas à la règle. Sitôt sorti de la création de notre personnage, l'histoire se met en marche : Gradisil (c'est ainsi que nous avons baptisé notre charmante héroïne) est une Célestellienne, créature ailée veillant à préserver l'harmonie au sein du village de Chérubelle. Chaque action dans ce sens est récompensée par la gratitude des villageois et matérialisée sous forme de bienveillescence. Celle-ci recueillie, un Célestellien a pour devoir de revenir à l'Observatoire, sorte de royaume céleste, pour en faire don à l'Yggdrasil, le Grand Arbre du Monde garant de l'équilibre de toute chose.

« Dragon Quest IX fait la part belle au communautaire. Un peu comme si Square Enix avait l'intention de louvoyer sur les terres de Capcom »
L'aventure que propose Dragon Quest IX est somme toute assez linéaire en ceci qu'elle consiste en une succession de petits chapitres construits sur le même modèle : notre héros débarque dans un nouveau lieu, enquête brièvement sur le problème qui empoisonne la vie des habitants puis y remédie en terrassant un boss. La plupart de ces petites histoires sont suffisamment bien ficelées pour insuffler au joueur l'envie d'en connaître le dénouement. Qui plus est, elles ont le bon goût d'être assez courtes et évitent ainsi l'écueil assez récurrent d'assommer le joueur avec des détails dont il se fiche éperdument. Enfin, les dialogues sont souvent empreints d'une pointe d'humour. Bref, la progression dans l'intrigue générale est fluide et bien calibrée pour le support : il est en effet tout à fait possible de boucler un chapitre le temps d'un trajet en métro. En admettant bien entendu que ce dernier ne se limite pas à deux stations !




Les différentes classes de personnages sont désormais baptisées vocations
Nous parlions de nouveautés un peu plus haut, en voilà une autre : le scénario n'introduit aucun personnage susceptible de rejoindre votre équipe. Pas de panique, il n'est pas non plus question de se taper tout le trajet en solo. Assez tôt dans le jeu, il nous est proposé de recruter des aventuriers génériques ou d'en créer de toutes pièces, de l'apparence physique à la classe de personnage. Cela peut sembler très artificiel - et ça l'est dans une certaine mesure - mais cette cassure dans l'architecture traditionnelle d'un DQ s'explique par un parti pris totalement inédit dans l'histoire de la saga : le multijoueurs. Oui, vous avez bien lu, Dragon Quest IX fait la part belle au communautaire. Un peu comme si Square Enix avait l'intention de louvoyer sur les terres de Capcom et de sa franchise Monster Hunter. Jusqu'à trois joueurs peuvent ainsi rejoindre votre partie et poursuivre l'aventure en votre compagnie. Seulement, ils n'y sont absolument pas obligés et peuvent tout à fait vaquer à d'autres occupations tandis que vous ferez vos petites affaires. Il est néanmoins possible de solliciter leur aide en combat à tout moment grâce à une commande spéciale - l'Appel aux Armes - leur permettant de vous rejoindre instantanément.
Bande-annonce #6 - E3 2010
A partir de là, une myriade de possibilités s'offre à vous. Invitez des potes à venir farmer en votre compagnie peut permettre à ces derniers d'engranger un paquet d'expérience en combattant des ennemis auxquels ils ne peuvent faire face dans leur propre partie. Si la progression dans l'histoire réalisée en multijoueurs n'aura aucune incidence sur celle des invités une fois revenus dans leur monde, il existe quelques donjons générés aléatoirement totalement indépendants du fil de l'histoire où se rendre pour casser du streum, pour certains assignés à résidence dans ces lieux particuliers. Square Enix et Level 5 ont plutôt bien pensé leur coup puisque le « recrutement » d'aventuriers se fait dans une auberge pouvant accueillir une trentaine de personnes. On imagine bien les joueurs japonais se réunissant dans certains spots fréquentés pour y rencontrer leurs semblables. La sauce prendra-t-elle aussi en Occident ? Rien n'est moins sûr. Mais qu'importe : l'essentiel est de pouvoir partager cette aventure entre amis et, à cet usage, Dragon Quest IX est une sacrée réussite. Tout juste pourra-t-on lui reprocher de limiter cette dimension multijoueurs au seul réseau local.
« Dragon Quest IX est bien plus réformiste que révolutionnaire »

Car, à l'instar du précédent volet, chaque personnage dispose de plusieurs aptitudes attachées à sa classe, ici baptisées vocations. Durant les premières heures de jeu, seules six vocations nous sont proposées - Guerrier, Prêtre, Mage, Artiste Martial, Voleur et Troubadour - mais six autres viennent étoffer ce panel une fois certaines quêtes secondaires accomplies. S'il est possible d'en changer quand bon nous semble en passant par l'Abbaye des Vocations, seules les aptitudes peuvent être conservées. Et oui, vous ne pensiez quand même pas que vous pourriez constituer une équipe de grosbills disposant de tous les avantages de chaque vocation quand même ? Ce serait un peu trop facile. D'ailleurs le jeu n'a vraiment pas besoin de ça. Car le challenge a été nettement revu à la baisse. Soyons clairs, DQIX n'est certainement pas un jeu facile mais il se montre bien plus accessible que ne l'étaient ses prédécesseurs. La difficulté va crescendo mais, à moins de foncer tête baisser sans jamais prendre la peine de faire un peu de level, on ne se fait jamais botter le train par un slime devenu soudainement imprenable. Les vieux baroudeurs de la série trouveront ça un peu léger mais le titre conserve tout de même un certain niveau d'exigence.
Enfin, Dragon Quest IX fait honneur à la DS en affichant une réalisation d'un certain standing. Bien qu'une bonne partie des PNJ garnissant les villages restent en 2D, l'essentiel du jeu propose une modélisation de fort belle facture avec changement de l'angle de vue via les touches de tranche de la console. On apprécie d'autant plus le choix de la 3D qu'elle permet - enfin ! - au jeu d'afficher les modifications apportées à l'équipement de ses personnages. Pour une série dont le principal attrait repose sur la quête de puissance, il était temps. Il n'y a somme toute qu'une seule ombre au tableau : une fois notre équipe au grand complet, la console a toutes les peines du monde à maintenir un frame-rate à peu près stable. Les ralentissements sont constants sans être suffisamment prononcés pour en devenir agaçants. Enfin, la bande-son est malheureusement un poil trop classique et ne suscite jamais vraiment l'enthousiasme. On était en droit d'espérer un peu mieux de la part de Mr Sugiyama ...
Conclusion
Malgré une foule de petits changements et quelques réformes clefs au premier rang desquelles son orientation multijoueurs particulièrement prononcée, Dragon Quest IX demeure profondément attaché aux fondamentaux de la saga. Les détracteurs de cette dernière ne trouveront donc pas de bonne raison de retenter l'expérience. Quant aux fidèles de l'école DraQue, ils retrouveront là tout ce qui fait la puissance d'attraction de cette série à part : des mécaniques de jeu d'une égale simplicité, un concept reposant en grande partie sur la course à l'armement et un univers d'une naïveté presque touchante aux antipodes de l'émo-complexité à la Final Fantasy. Sa dimension multijoueurs fichtrement bien pensée - en dehors de quelques petites lourdeurs - fait mouche et permet enfin de faire plus que d'échanger vos faits d'armes entre potes : vous voilà en mesure de les partager. Une bien belle réussite qui, à défaut de faire date dans l'histoire de la saga, lui fait honneur avec la manière.
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