Guitare, batterie, chant, danse, le jeu musical n'en finit plus d'étendre ses ramifications. Un genre devenu incroyablement lucratif en occident et dont le principal artisan sur l'archipel nippon, à savoir Konami, n'a pas su tirer les bénéfices qui lui revenaient pourtant de droit. Une fois de plus c'est un instrument déjà exploité par l'éditeur japonais qui se voit réinvesti par un studio occidental avec DJ Hero de Freestyle Games. Loin, très loin de Beatmania, DJ Hero touche au but : traduire avec talent l'essence d'un instrument dans la sphère ludique.
Au commencement était donc Beatmania de Konami, le premier jeu de rythme de l'éditeur qui initiera par la suite la gamme Bemani (DDR, Pop'n'Music et autres DrumMania).
Lointain cousin de Beatmania, DJ Hero ne partage finalement avec ce dernier que son instrument et encore pas tout à fait puisque la platine de DJ Hero propose une configuration radicalement différente de celle imaginée par Konami. Et pour cause, puisque le
gameplay de DJ Hero tente de coller au plus près à la réalité du
DJing tout en s'accommodant bien entendu des impératifs d'ergonomie liés à la transformation d'un instrument en accessoire de jeu vidéo.
« Difficile d'imaginer une telle complexité vulgarisée sous forme de jeu vidéo. Et pourtant, Freestyle Games l'a fait avec intelligence. »
DJ Hero se concentre quasi-exclusivement sur l'un des nombreux styles de
DJing : le
mash-up. Pour faire simple,
il s'agit du mariage entre deux morceaux, le DJ alternant à sa guise entre chacun des deux pour produire une rythmique hybride. A cela s'ajoute la possibilité de distordre le son ou d'introduire des
samples pour enrichir sa création. Dans la réalité, un DJ en pleine composition d'un
mash-up a des airs d'homme orchestre, scratchant un vinyle puis un autre, triturant boutons et
faders tout en remuant la tête. Difficile d'imaginer une telle complexité vulgarisée sous forme de jeu vidéo. Et pourtant, Freestyle Games l'a fait avec intelligence. Tout d'abord,
l'accessoire ne conserve qu'une seule platine sans que cela ne nuise à l'immersion. Celle-ci est ornée de trois touches de couleurs : rouge, verte et bleue. Tandis que la première sert à imprimer des
samples, les deux autres symbolisent les deux sources sonores qui s'épousent tout au long du morceau. Leur utilisation varie grandement au fil du
mash-up : pression simple, tapotement frénétique ou maintenues enfoncées durant les phases de scratch.
Une sacrée gymnastique des doigts qui demande donc pas mal de pratique avant d'être maîtrisée. Et plus encore lorsqu'on se risque à pratiquer des distorsions sonores à l'aide du petit potard surplombant le
cross-fader.
DJ Hero : Vidéo-Test de DJ Hero
Ceci dit,
on aurait tout de même apprécier des touches moins rigides, à la manière des frets de Guitar Hero. De plus, leur forme légèrement incurvée n'aide pas non plus à enchaîner confortablement les pressions. Une gêne qui s'atténue peu à peu sans jamais disparaître totalement. Même chose en ce qui concerne le
cross-fader, cette petite touche permettant de changer de piste sonore et donc de taire l'une au profit de l'autre.
La position neutre de ce dernier n'est pas assez marquée à notre goût, provoquant régulièrement une transition entre la piste droite et la piste gauche alors que c'était le centre qui était visé. Enfin, pour en finir avec les petits reproches, il faut également mentionner l'absence de retour du plateau. Celui-ci tourne à vide et il n'est pas rare de perdre le contact avec les touches après un scratch un peu trop véloce. Mais en dehors de ces quelques remarques,
l'accessoire conçu par Red Octane et Freestyle Games s'apprivoise assez naturellement et se montre tout à fait solide dans sa conception, au propre comme au figuré.
« A l'instar de Guitar Hero et Rock Band, DJ Hero joue à fond la carte de l'immersion. Et tout ça, évidemment, grâce à sa tracklist »
Dès lors, l'alchimie entre l'accessoire et le
gameplay - essentielle à tout bon jeu musical qui se respecte - est tout à fait convaincante. Avec un peu de pratique,
le mariage entre tous les mécanismes du jeu fait sens et l'on parvient à s'approprier la formule concoctée par Freestyle Games. Un apprentissage facilité, il est vrai, par quelques rappels à Guitar Hero. Le
Star Power devient l'
Euphorie avec les mêmes phases dédiées, la vibrato trouve son équivalent dans le potard de distorsion et le principe de multiplicateurs reste le même. Seule la fonction
rewind apporte un peu de nouveauté. Celle-ci peut être déclenchée après avoir enchaîné un certain nombre de phases avec succès. Une fois disponible, elle permet de revenir quelques secondes en arrière pour rejouer une partie du
mash-up et donc d'engranger à nouveau les points tout juste acquis, le tout en bénéficiant d'un petit multiplicateur « x2 » au passage. Et puis, il faut bien l'avouer, au-delà de l'efficacité,
l'utilisation du rewind est surtout l'occasion de prendre la pose devant l'assemblée.
Car, à l'instar des Guitar Hero et Rock Band, DJ Hero joue à fond la carte de l'immersion. Et tout ça, évidemment, grâce à sa
tracklist. Alors bien sûr,
mash-up oblige,
le jeu n'évite pas les redites avec certaines pistes sollicitées à plusieurs reprises tel
Bust A Move de Young MC ou
Feel Good Inc. de Gorillaz, voire carrément des artistes un peu trop présents comme Rihanna ou Gwen Steffani au détriment d'autres complètement oubliés (NdMax :
mais où est Cut-Chemist ?!). Saluons tout de même la présence de
guest de renom tels DJ Shadow, DJ AM, Daft Punk ou encore DJ Z-Trip qui nous font le plaisir de s'inviter avec quelques
mash-up de leurs compositions.
Il faut également noter la tonalité très hip-hop de cette tracklist qui ne manquera pas de décevoir les fans d'électro. Non que ce genre soit totalement ignoré mais il s'avère nettement moins bien représenté. Cela dit, la
tracklist reste de très grande qualité : les morceaux anecdotiques sont rares et les perles pullulent. De quoi non seulement jouer mais aussi animer ses soirées avec du bon son.
DJ Hero : Vidéo #18 - Emission spéciale !
Pour autant, la puissance immersive du titre ne repose pas uniquement sur sa
tracklist.
Freestyle Games a bien fait les choses en travaillant sur la qualité visuelle et l'animation scénique de son titre. Ainsi, les salles de concert vont, comme de coutume dans la série des
Hero, de l'entrepôt reconverti à la gigantesque arène toute entière dédiée aux BPM. Si toutes ne sont pas d'une égale inventivité, l'ensemble demeure tout à fait réussi et évite de sombrer dans le grotesque. De même,
la mise en scène des performances s'avère particulièrement dynamiques, multipliant les angles de caméra entre plans larges sur la fosse et serrés sur les danseuses se trémoussant aux abords de la scène. Bref, nous sommes plus proche de l'ambiance d'un Rock Band que de celle d'un Guitar Hero.
« Les plus exigeants trouveront largement de quoi rassasier leur soif de défis en abordant les niveaux Difficile et Expert »
En terme de contenu, DJ Hero assure l'essentiel avec un mode solo dont la progression va globalement crescendo.
Seuls quelques sets à mi-parcours affadissent quelque peu l'ascension du joueur vers les sommets de la discipline. Mais la totalité des morceaux se débloquent dans le plaisir et même assez rapidement. En effet, il est impossible de rater une musique, une mauvaise performance n'étant en définitive sanctionnée que par un plus petit nombre d'étoiles au terme du morceau et donc une progression plus laborieuse. Si ce parti pris n'enlève rien au challenge offert par le jeu
il édulcore néanmoins les parties de ces moments de tension où le musicien de salon flirtait avec la défaite. Toutefois les joueurs les plus exigeants trouveront largement de quoi rassasier leur soif de défis en abordant les niveaux
Difficile et
Expert, seuls à même d'offrir l'expérience de
DJing promise par le titre dans toute son authenticité.
Enfin DJ Hero clôt ce très bon bilan par un mode multijoueurs de qualité. Certes, rien de comparable au menu gargantuesque servi par un Rock Band mais l'essentiel est là :
du battle et de la coopération sur tous les morceaux. Beaucoup plus anecdotique, la possibilité d'inviter un pote à nous accompagner guitare en mains se révèle plutôt décevante. Seule une dizaine de morceaux sont concernés et les
charts de guitare sont, pour la plupart, assez monotones. Dommage, l'idée était louable.
Conclusion
En dépit de quelques faiblesses, DJ Hero remplit son contrat. Freestyle Games est parvenu à traduire efficacement les spécificités du
mash-up et de son indissociable instrument en un
gameplay et un accessoire bien pensés. On pourra toujours reprocher à la
tracklist son manque de variété, aussi bien en termes de genres que d'artistes, mais Freestyle Games assure toutefois l'essentiel : provoquer un irrésistible hochement de tête aussi bien chez le joueur que chez le simple spectateur. En définitive, seuls quelques défauts dans la conception de l'instrument posent vraiment problème. Nul doute que ces désagréments seront corrigés dans une hypothétique suite.

Un accessoire globalement bien conçu

Un gameplay également bien pensé

Réalisation haute en couleur

Tracklist de qualité ...

... mais manquant encore de variété

Quelques problèmes d'ergonomie (platine)
Ce jeu vous intéresse ? Retrouvez-le dans le Comparateur de Prix
Comparer les prix de DJ Hero sur PlayStation 3
Comparer les prix de DJ Hero sur Xbox 360
Publié le Jeudi 29 Octobre 2009 par Virgile