VidéoTest de Dead Space : un Survival dans les étoiles

Isaac de noeud
Le début de l’aventure, réalisé avec le moteur du jeu, est révélateur de l’expérience que propose Dead Space. L’intrigue est ultra classique, heureusement servie par une mise en scène de grande classe. Sans aucun mouvement de caméra exceptés ceux réalisés à l’aide du stick droit autour de notre personnage, nous découvrons le vide infini qui sera notre terrain de jeu pendant une dizaine d’heures ou plus. Premier constat : le jeu est magnifique. L’absence totale d’aliasing et les lumières célestes au rendu exceptionnel nous plongent déjà dans la peau d’Isaac Clarke, le bougre impliqué malgré lui dans cette galère. Il ne nous faut de plus que quelques secondes pour savoir que le doublage est de qualité, servit par des acteurs convaincus au ton juste. Nous n’avons pas encore eu l’occasion de bouger un orteil, et déjà le sentiment de participer à quelque chose de grand est prépondérant. Mais Dead Space est un paradoxe. Nous connaissons cette intrigue et ce personnage qui reste muet, ces twists scénaristiques ne nous sont pas inconnus, même ces immenses couloirs de ferrailles nous rappellent d’autres expériences passées. On pourrait voir en Dead Space un de ces aspirateurs à références, mélangeant stupidement les styles pour un résultat sans saveur. Raté, c’est tout l’inverse.



Resident Evil, Half Life, Silent Hill, Doom, Bioshock et même Serious Sam, les références vidéo-ludiques sont nombreuses. La vue épaule, le Nemesis qui nous suit une partie de l’aventure, les affres de la solitude, la lampe torche qui constitue le seul rapport à la réalité du joueur… Les exemples sont nombreux, tant les créateurs de Dead Space semblent avoir décidé de rendre hommage aux jeux qu’ils ont aimés. Si on ajoute à cela des références cinématographiques très marquées, regroupant un peu de tous les longs métrages spatiaux et de l’œuvre de John Carpenter (Ghost of Mars, Vampire…), on obtient un melting pot original heureusement savamment dosé. Mais EA n’a pour autant pas été avare en trouvailles. L’absence de HUD (interface indiquant la vie, les munitions…) à l’écran est un des gros vecteurs de l’excellente immersion procurée par le titre. Les infos s’affichent sur un écran qui apparait devant notre héros, sans pour autant mettre le jeu en pause. Impossible donc de prendre le temps de choisir la bonne ration de soin en plein combat sous peine de se faire déchiqueter. La jauge de vie se situe dans le dos d’Isaac, suivant son épine dorsale d’un liquide bleu turquoise on ne peut plus cybernétique. Tout l’écran est ainsi réservé à l’action, au frisson et à l’horreur. De même, une multitude d’enregistrements audio, vidéo et textuel jonchent les niveaux, contribuant à immerger un peu plus le joueur dans la bulle Dead Space.



Survival sauce barbecue ?


Hymne à la proie
Qu’on se le dise, ces combats ont ceci de rassurant qu’ils nous permettent clairement d’identifier et de situer l’ennemi. Il n’est d’ailleurs pas certain que les séquences les plus stressantes soient ces affrontements. Un bruit, une ombre, un sentiment vous prendra insidieusement aux tripes et tendra vos nerfs jusqu'à les faire rompre. Anthologique, cette séquence ou un homme se tape inlassablement la tête contre un mur, dos à vous, avant de mourir dans un râle informe, ou cette femme qui ricane pendant une bonne minute avant de se tirer une balle en pleine tête. Sans danger pour votre corps, ces passages seront un véritable fléau pour votre esprit. La gestion du rythme est parfaite, on enchaine les phases calmes et les purs moments de boucherie avec logique, le stress et la tension restant quoiqu’il en soit toujours bien présents. On signalera d’ailleurs le remarquable travail d’EA sur les éclairages et l’interactivité avec les décors. On bouscule objets et corps sans même s’en rendre compte, créant d’horrifiques cohues sonores du plus bel effet tandis que le travail sur l’obscurité et l’ombre, remarquable, nous immerge un peu plus dans l'horreur.



Mais ce qui nous a indéniablement le plus marqué dans l’aventure, c’est sa bande son. Discrète ou enflammée, elle retranscrit parfaitement chaque sentiment ressenti dans le jeu. Peur ou excitation sont parfaitement accompagnés de sonorités parfois métalliques, parfois corporelles, pour un mélange qui frôle la perfection des bandes originales de la série Silent Hill. Jamais le silence n'aura été aussi bruyant dans un jeu vidéo. Difficile de trouver à redire sur la réalisation de ce Dead Space, tant graphique que sonore. Le jeu est incroyablement propre, et si quelques ralentissements (sur PS3) et quelques bugs viennent se glisser ça et là, on ne peut qu’applaudir l’équilibre visuel et auditif trouvé par EA. Tout n’est pas parfait cependant. Outre le côté dirigiste de l'aventure, le héros muet agacera les amateurs de dialogues enflammés, le scénario convenu et les personnages caricaturaux ne combleront pas les amateurs de bons récits et l'intégration des ennemis dans le décor pas vraiment réussie pourra perturber l'expérience de jeu globale. Les combats au corps à corps feront également ressortir le côté pataud d’Isaac, incapable de se retourner rapidement, contribuant par moment à une certaine frustration devant l'échec. Heureusement, les points de sauvegardes et autres checkpoints sont suffisamment nombreux pour pallier ce léger désagrément. On passera rapidement outre ces quelques écueils pour profiter complètement de la claque en pleine face que nous met Dead Space au niveau de l'ambiance.
Conclusion
Quand on pense à tous les jeux et films auxquels Dead Space renvoie directement ou non, difficile de cerner le titre d’Electronic Arts. Disons qu’il s’agit d’un (très) habile mélange entre System Shock 2, Silent Hill 2 et Resident Evil 4, le tout teinté d’Alien et d’Event Horizon côté cinéma. Mais loin de se contenter de n’être qu’un simple mix, Dead Space possède sa véritable identité qui le propulse au rang de titre majeur de cette fin d’année. Graphismes, design (sauf pour les monstres), bande son, système de jeu et maniabilité forment un tout parfaitement rôdé et cohérent, posant sans aucun doute les bases de la nouvelle évolution du Survival Horror. Tourné vers l’action, sans pour autant négliger les sensations propres au genre auquel il se dit appartenir, Dead Space réussit là ou le dernier Alone In The Dark échoue. Une expérience unique et haletante, qui nous passe à la moulinette avant de nous recracher dans l’infini spatial, où seuls nos battements de cœur nous raccrocheront, pour quelques secondes encore, à la vie. Une excellente surprise, que l'on attendait pas forcément à ce niveau.
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