Après un Call Of Duty 4 maîtrisé malgré un scénario polémique brassant pèle-mêle de grands schèmes imaginaires américano-centrés, Infinity Ward s'est à nouveau coupé du monde pour mettre en chantier le sixième volet. Quant au cinquième maillon, c'est à Treyarch, éternel second couteau, d'en assurer la forge. En récompense aux loyaux services accomplis pour Activision, le studio de Santa Monica s'est vu alloué une année de développement supplémentaire par rapport au troisième opus, torché en douze mois. Fort de moyens étendus, Treyarch a donc toutes les cartes en mains pour enfin prouver aux joueurs qu'il peut être un développeur de premier plan ...
Du grand spectacle ! (Activision)
Vous le savez probablement déjà, Call Of Duty : World At War opère un retour aux racines historiques de la série en nous proposant d'incarner alternativement Miller et Petrenko, deux soldats respectivement engagés par les Etats-Unis et l'U.R.S.S. durant la Seconde Guerre Mondiale. Le premier, troufion moyen enrôlé sous la bannière l'Oncle Sam et tombé aux mains de l'armée japonaise, échappera sur le fil à une exécution sommaire. Remis sur les rails par ses camarades de combat, Miller peut alors se lancer à leurs côtés à l'assaut d'un Empire nippon préférant la ruine à la capitulation. Quant au versant soviétique de la campagne, il nous mènera des décombres d'une Stalingrad ravagée par les troupes allemandes au sommet du Reichstag, au terme de l'invasion de la capitale allemande par l'Armée Rouge.
VidéoTest de Call Of Duty : World At War
Call Of Duty : World At War : VidéoTest de Call Of Duty : World At War

Tout comme Modern Warfare avant lui, World At War s'essaie donc à une progression rythmée par l'alternance de deux campagnes. Toutefois, ici les évènements vécus n'ont pas d'incidence directe d'un front à l'autre ni même aucune espèce de résonance, contrairement à l'épopée du quatrième volet. Totalement distinguées l'une de l'autre, ces deux campagnes sont ainsi vécues différemment par le joueur, principalement en raison d'un traitement narratif et visuel inégal. Et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, la campagne soviétique a bénéficié d'une attention particulière au regard de la partie américaine. Du point de vue du récit des évènements tout d'abord, puisque l'héroïsme des militaires russes durant la prise de Berlin est fortement contrasté par de multiples exactions. On regrettera pourtant une fois de plus l'impossibilité de prendre part à ce genre d'évènements. Cloîtré dans un rôle de simple spectateur, le joueur ne peut en effet ni participer à ces terribles exécutions ni les empêcher. Il eût été pourtant intéressant de le confronter plus directement à ces mises à mort, de rompre la bonne marche des évènements en l'invitant à des choix moraux. Mais que voulez-vous, le cahier des charges de la série est ce qu'il est ma bonne dame.
Vidéo #13 - Huitième mission
Call Of Duty : World At War : Vidéo #13 - Huitième mission

Une mise en scène encore noircie par l'atmosphère crépusculaire se dégageant de l'ensemble des missions côté russe. A commencer par la première d'entre elle et le pénible réveil du soldat Petrenko au milieu des décombres de Stalingrad, meurtrie par la Wehrmacht, tandis que des soldats allemands achèvent leur basse besogne en logeant une dernière balle dans le corps des rares survivants. Probablement la meilleure mission du jeu. Jusqu'à l'effondrement du régime nazi et la désolation de sa capitale, théâtre des derniers soubresauts d'une armée allemande à l'agonie. Le tout est porté par une bande-son mêlant la discrétion de thèmes éthérés à la grandiloquence de marches militaires grondant de chœurs à la gloire de l'Armée Rouge. Treyarch fait ainsi montre d'une maîtrise d'autant plus surprenante qu'elle est malheureusement aussitôt contredite par des séquences dans le pacifique nettement moins captivantes. Le même constat s'impose face à la réalisation, bien plus enlevée de ce côté là du conflit. Sans être techniquement plus abouties, les missions sous la bannière soviétique profitent d'un habillage visuel plus soigné et Treyarch se montre beaucoup plus à l'aise lorsqu'il s'agit de donner corps à un environnement urbain dévasté.
God bless America ... ou pas
Nous ne cessons de le sous-entendre depuis le début de cet article, mais disons-le plus clairement : la campagne
yankee ne peut se targuer des mêmes qualités. Moins prompts à égratigner la légende de l'U.S. Army, les développeurs nous livrent ainsi un portrait nettement plus angélique de la présence américaine dans le pacifique. A quelques (très) rares exceptions près, le comportement des troupes de l'Oncle Sam s'avère tout ce qu'il y a de plus respectable, en temps de guerre s'entend. Une différence de traitement qui relève une fois de plus d'une vision américano-centrée. Une habitude pour la série qui, loin de donner dans la diversité de points de vue sur ce genre de drame historique, se contente d'aligner ses certitudes sans jamais les questionner. Qu'on ne vienne pas ensuite réclamer plus de considération pour le jeu vidéo et sa prétendue maturité, soit dit en passant. Question ambiance et mise en scène, là encore nous sommes en terrain (trop) bien connu. Moins intenses, les missions de ce côté-ci de la barrière idéologique peinent à rythmer la progression du joueur. Petite promenade en forêt,
spot de soldats japonais à balayer, nouvelle promenade, nouveau
spot, etc. Un schéma beaucoup plus marqué ici malgré les innombrables scripts réglant l'enchaînement des évènements.
Vidéo #12 - Troisième mission
Call Of Duty : World At War : Vidéo #12 - Troisième mission

Visuellement, les environnements traversés s'avèrent beaucoup plus ternes que les paysages dévastés de Stalingrad ou Berlin. La végétation y est éparse et désespérément rigide, les textures ternes et sans épaisseur. Heureusement, la modélisation des lieux comme des soldats fait meilleure figure. Le tort de Treyarch est de ne pas avoir masqué l'aridité visuelle de son titre d'atours plus flatteurs, comme l'avait fait Infinity Ward avec Call Of Duty 4. Enfin, les thèmes musicaux entendus entre deux explosions osent un décalage assez inhabituel avec les situations illustrées. Oubliés les thèmes orchestraux, Treyarch a préféré employer des compositions électroniques au rythme à la fois plus dur et plus simple. Une bande-son qui détonne mais n'en propose pas moins quelques pistes séduisantes. Quant au doublage, quelques voix déjà entendues par ailleurs sortent du lot et l'ensemble s'avère plutôt convaincant et moins caricatural que chez ces chiens galeux de communistes. Nous ne l'avons pas évoqué lorsque nous parlions de la campagne russe pour la simple et bonne raison que pour une fois tout le monde est logé à la même enseigne, mais le moment est venu de rendre une fois de plus hommage aux immenses progrès réalisés par l'Intelligence Artificielle. Blague. Comme de coutume les optimisations promises n'ont pas été concrétisées. Hormis les attaques suicides des soldats japonais (qui, étrangement, nous ont paru se répéter dans le même ordre à chaque recommencement), le comportement des ennemis comme des alliés ne connaît aucune variation.
Vidéo #15 - Multijoueurs en ligne
Call Of Duty : World At War : Vidéo #15 - Multijoueurs en ligne
Ne reste donc plus qu'à juger du multijoueurs qui, on s'en serait douté, constitue la pièce maîtresse de ce cinquième épisode. A commencer par le coopératif qui permet à quatre joueurs de revivre chacune des missions de la campagne solo en ligne ou en écran partagé. Malgré un affichage appauvri dans cette dernière configuration, le plaisir de jeu est évidemment décuplé. Quant au multijoueurs en affrontement, sans surprise, Treyarch copie/colle les bonnes idées mises en place par Infinity Ward sans pour autant les développer. Mêmes modes, même création de classes, même système de grades et, corrélativement, même contenu à débloquer : la liste est longue. Nous le savons bien, la dimension multijoueurs d'un titre se juge sur la durée. Mais nous pouvons d'ores et déjà promettre à World At War un bel avenir en ligne. La communauté de Modern Warfare devrait probablement y traîner ses guêtres, sans pour autant abandonner ce dernier, et trouvera d'ailleurs de quoi faire puisque treize
maps aux ambiances variées les y attendent. A noter également la possibilité de piloter un tank, seul ou accompagné d'un acolyte posté à la tourelle, et l'introduction d'une nouvelle attaque bonus. Cette dernière, après plusieurs
frags consécutifs, permet au joueur de lancer une horde de chiens aux fesses de ses adversaires. Des bestioles aussi tenaces que sournoises ! Bref, un morceau de choix pour le titre de Treyarch mais pour combien de temps ? Pas sûr que les habitués du quatrième volet ne préfèrent retourner à ce dernier sitôt le goût de la nouveauté estompé ...
Vidéo #14 - Mode Nazi Zombies
Call Of Duty : World At War : Vidéo #14 - Mode Nazi Zombies
Conclusion
Il fallait s'y attendre : Treyarch respecte à la ligne le cahier des charges de la série fourni par Activision sans rien y apporter. Contrairement à Infinity Ward qui s'est permis quelques corrections de ci de là, Treyarch semble avoir été fortement encouragé à rester dans ce cadre et dans l'ombre de ce dernier. Résultat, la campagne du jeu emprunte la structure d'un Call Of Duty 4 et son multijoueurs n'est rien d'autre qu'une réplique de celui imaginé par Infinity Ward. Malgré tout, Treyarch délivre quelques séquences particulièrement convaincantes côté russe même si l'on regrettera une campagne dans le pacifique beaucoup trop convenue. Côté multijoueurs, les habitués retrouveront rapidement leurs marques. Mais combien de temps les garderont-ils ?
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