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Assassin's Creed Unity et la polémique autour de l'histoire fiction



Sortie le 13 Novembre 2014 , Xbox One , PS4 , Plus de tests sur PC
Publiée le 04/12/2014 à 11:12, par Nerces

Assassin's Creed Unity et la polémique autour de l'histoire fiction

La tempête s'étant un peu calmée, nous revenons sur la polémique entourant les supposés partis pris idéologiques d'Assassin's Creed Unity et sa manière de raconter l'histoire.

Alexis Corbière et Jean-Luc Mélenchon
Sorti le 11 novembre dernier, Assassin's Creed Unity a été à l'origine d'une double levée de boucliers. Nous n'évoquerons pas ici celle des joueurs, outrés par les problèmes techniques qui ont entaché - et entachent toujours - le travail réalisé par Ubisoft. Non, si nous prenons la plume aujourd'hui, c'est pour revenir sur la controverse soulevée par Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, l'actuel Secrétaire national du Parti de Gauche.

Suite à la publication d'une bande-annonce écrite par Rob Zombie et illustrée par Tony Moore, Messieurs Mélenchon et Corbière avaient fait part de leur indignation, reprise sur de nombreux médias. Jean-Luc Mélenchon a tenu à apporter une réponse plus précise dès le lendemain au travers de son blog et Alexis Corbière a rapidement fait de même afin d'apporter « quatre réponses à des remarques ». Ils reprochent tous deux un traitement partisan de la Révolution française et du personnage de Maximilien Robespierre. Nous vous invitons bien sûr à (re)lire ces interventions avant de poursuivre.


Plutôt que de faire dans la réaction épidermique, nous avons décidé de prendre notre temps et de contacter un historien versé dans la période abordée par Ubisoft et Assassin's Creed Unity. Olivier Coquard a accepté de répondre à quelques questions afin, tout d'abord, de préciser dans quelle mesure les développeurs ont réellement pris des libertés avec l'histoire, mais surtout, afin de revenir sur l'importance de cette véracité historique, sur le risque de déformer la réalité.

Olivier Coquard
Jeuxvideo.fr : Pourriez-vous rapidement vous présenter, ainsi que votre spécialité historique ?
Olivier Coquard : Je m’appelle Olivier Coquard, je suis historien. Mes travaux ont porté sur le XVIIIe siècle et la Révolution française. J’enseigne maintenant en prépa littéraire au Lycée Henri IV.

Jeuxvideo.fr : Venons-en tout de suite au cas Assassin's Creed Unity. Est-ce un jeu que vous avez essayé par vous-même ? Quel a été votre contact avec le jeu et, de manière plus générale, la série dans son ensemble ?
Olivier Coquard : Mon fils de 18 ans est un fan de la série depuis le deuxième opus. Je ne joue pas personnellement, c'est donc lui qui me l'a fait découvrir et j’ai été bluffé tout de suite. Unity est magnifique ; il y a semble-t-il encore quelques bugs. Espérons qu'ils soient rapidement patchés.

Jeuxvideo.fr : Votre première réaction en découvrant la reconstitution d'une période sur laquelle vous avez abondamment travaillé, écrit ?
Olivier Coquard : Simplement : « Quelle bonne idée !!! SUPER ! »

Jeuxvideo.fr : Avant même la sortie du jeu, des critiques ont été formulées quant à la véracité historique d'Assassin's Creed Unity. Avez-vous remarqué de telles erreurs ? Quelles sont-elles ?
Olivier Coquard : Des détails (hauts-de-forme anachroniques, localisation parfois fautive de la guillotine, etc…) ; la ligne historique n’est pas « exacte » si tant est que cela signifie quelque chose.

Le Capitan, adapté de Michel Zévaco
Jeuxvideo.fr : Pourtant, malgré ces imprécisions, vous ne semblez pas plus choqué que cela. Pourquoi ?
Olivier Coquard : Parce que c’est une FICTION. Comme dans Dumas, Zévaco ou Féval. L’histoire est utilisée par le jeu qui n’a pas à la respecter, simplement à y trouver une atmosphère ou des caractères spécifiques. Chacun son domaine : si la fiction commence à vouloir être exacte, il est assez probable que celui qui la consomme s’ennuiera profondément et sera très déçu !

Jeuxvideo.fr : Selon vous, le travail général accompli par Ubisoft sur le projet serait donc plus important que les erreurs relevées ?
Olivier Coquard : Oui. D’autant que l’utilisation de l’iconographie et des témoignages d’époque est vraiment très habile et fine.

Jeuxvideo.fr : De manière plus générale, vous semblez dissocier le travail de l'historien et celui du réalisateur de film, de l'écrivain ou du créateur de jeux vidéo ?
Olivier Coquard : C’est décisif de bien mesurer cette distance entre la fiction et la recherche scientifique, qu’elle soit en histoire, en physique nucléaire ou en génétique. Le créateur de fiction utilise ce qui lui est utile, précisément, pour accompagner ou encadrer son invention. Le contenu scientifique peut être déformé, lacunaire voire erroné : si l’histoire est belle, tout va bien ! Catherine de Médicis n’a jamais été ce monstre froid décrit par Dumas puis filmé par Chéreau, ce qui n’empêche nullement La Reine Margot d’être un bon roman puis un très grand film… Et ce qui n’empêche pas le film de permettre au spectateur de « sentir » assez bien ce que fut le massacre de la Saint-Barthélémy. De même, le Paris révolutionnaire est plutôt bien recréé dans Unity.

Assassin s Creed Unity

Jeuxvideo.fr : Ne voyez-vous pas ces œuvres de fiction comme des moyens d'intéresser les joueurs à l'histoire ? De les « cultiver à leur insu » ?
Olivier Coquard : Évidemment ! Les gamers - ou les lecteurs, spectateurs, etc. - pour certains d’entre eux, voudront aller plus loin et, à ce moment là, ils vont chercher des travaux historiques. C’est très précisément cette idée qui a conduit Historia (côté science) et Ubisoft (côté fiction) à s’associer pour Unity après Black Flag. De mon point de vue, c’est une reconnaissance parfaitement légitime de l’intelligence des gamers : ils sont libres d’aller plus loin si le cadre du jeu leur en a donné l’envie – ou d’en rester au jeu si celui-ci leur convient. Je suis convaincu qu’ils font largement la part des choses.

Assassin s Creed Unity
Jeuxvideo.fr : Que répondriez-vous aux accusations portées par Jean-Luc Mélenchon notamment, mais aussi Alexis Corbière ?
Olivier Coquard : Que c’est mieux de connaître le jeu avant d’en parler, ce qui évitera de dire n’importe quoi à propos de la vision de Robespierre ou de Louis XVI dans Unity ; que c’est mieux encore de distinguer l’histoire de la fiction (ou alors, il faut carrément faire disparaître la moitié du patrimoine artistique mondial : toutes les œuvres qui utilisent et donc déforment l’histoire !) ; que c’est mieux, surtout, de faire confiance à l’intelligence et à l’esprit critique des consommateurs de culture qui savent faire la part des choses, eux…

Jeuxvideo.fr : Enfin, quelle serait selon vous la limite à ne pas franchir dès lors qu'une œuvre de fiction aborde un sujet historique ?
Olivier Coquard : Aucune limite que celles du talent et de l’honnêteté avec le lecteur. Il ne faut pas prétendre faire œuvre historique quand on produit une œuvre de fiction ; c’est là le problème, par exemple, des « docu-fictions » qui ont souvent du mal à se situer entre histoire et fiction. Si l’œuvre de fiction est passionnante, si c’est beau, je ne vois pas de problème. Au pire, on peut se dire « Ah, non, là, c’est faux ! » ; quant à l’idée que ça puisse fausser l’esprit du public (outre que ledit public est largement assez futé pour faire la part des choses, à nouveau), de toutes façons l’esprit du public est influencé de tous les côtés – pubs, médias – et le rôle par exemple des professeurs, c’est justement d’apprendre à ce public à avoir la distance critique nécessaire par rapport aux jeux, aux pubs, aux médias, aux fictions. La réussite n’est pas toujours là – mais au moins, on essaye et souvent, je crois, on y parvient un peu.


Nous remercions Olivier Coquard pour le temps qu'il nous a accordé. Son opinion n'est pas parole d'évangile, mais son statut de professeur et de chercheur en histoire lui donne un crédit non négligeable. Il fait confiance aux joueurs pour aller au-delà de la seule fiction si le sujet les intéresse : pourquoi pas après tout ? Enfin, reconnaissons qu'Ubisoft réalise une belle performance en mettant ainsi l'histoire au cœur du jeu vidéo alors que cette même histoire traîne une réputation d'ennuyeuse et de barbante.


Replay Web TV - Présentation du jeu

Tous les commentaires

  • Ghostlahotoie
    22/12/2014 12:03:03

    chokapik78 Oui, c'est exactement ça... Le statut du tiers état est resté le même avant et après la révolution en grande majorité... les fameuses classes moyennes. Pourtant, on peut aussi se dire que sans cela, Napoléon Bonaparte n'aurait pas pu gravir les échelons comme il l'a fait, car il venait d'une petite noblesse, n'était pas un français pur souche... Difficile d'appliquer des schémas manichéens sur cette période, la nuance est de mise...

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