Alone In The Dark en Test : le renouveau attendu ?

Alone In The Park
Comme le suggère le titre du jeu vierge de toute numérotation, cette nouvelle aventure du détective Edward Carnby prétend réinstaller la franchise sur de nouvelles bases. L'action est ainsi propulsée soixante-dix ans après la dernière apparition du Supernatural Private Eye, à New-York. Amnésique, notre héros reprend connaissance dans des circonstances pour le moins inquiétantes, molesté par un sinistre personnage et ses porte-flingues, dont l'intérêt semble se porter vers un vieillard en piteux état, apparemment détenteur d'un secret suffisamment important pour justifier des menaces de mort. A la faveur d'un incident aussi providentiel que cataclysmique, Carnby peut alors prendre la fuite et se réfugier au coeur de Central Park cerné de buildings en ruines, accompagné de ses deux camarades d'infortune, Théophile, le conservateur de musée échappé des griffes du sombre , et Sarah jeune femme sauvée par notre héros et évidemment promise à ses faveurs. Commence alors un périple pour déjouer une menace ancestrale que seul Edward, porteur d'un mystérieux pendentif transmis par Théophile, semble pouvoir affronter.
Découpée en huit chapitres, l'aventure proposée par Alone In The Dark présente une originalité louable : un découpage narratif calqué sur celui d'une série télévisée. Chaque épisode se clôt ainsi sur un cliffhanger suivi d'un générique de fin et redémarre par un « previously » salutaire après plusieurs jours d'abstinence. Le but de la manœuvre est non seulement de s'affranchir de l'antique et inféconde filiation au cinéma, mais aussi de permettre aux moins courageux de passer sans vergogne les moments les plus délicats. Deux arguments maintes fois mis en avant par David Nadal et ses équipes qu'il est permis de discuter. En effet, si nombre de productions vidéo-ludiques se targuent de flirter avec le Grand Ecran, combien d'entre elles empruntent effectivement une structure narrative similaire ? Les jeux fleuves ont depuis longtemps opéré la synthèse entre l'influence du septième art et les contraintes narratives imposées par un temps de jeu dépassant régulièrement la dizaine d'heures. D'autre part, on pouvait se demander si la possibilité d'aller et venir entre les épisodes n'allait pas pousser à la paresse et casser la dynamique du jeu. Le risque est bien réel et pose la question de la survivance du jeu vidéo tel que nous le connaissons si le procédé venait à se généraliser. Malgré tout, le titre offre aux joueurs les plus téméraires la garantie d'être les seuls à profiter de son dénouement puisqu'il faudra accomplir un certain nombre de séquences afin d'y accéder. Reste que cette structure épisodique ménage quelques pauses bienvenues dans la progression de l'aventure et permet de poser la manette sans avoir le sentiment de s'arrêter en chemin.



Halo In The Dark ?




Heureusement, certaines trouvailles s'en sortent beaucoup mieux, à commencer par les très nombreuses interactions entre le joueur et son environnement. L'utilisation du feu tout d'abord, puisque cet élément clef donne lieu à de multiples applications ludiques. Insensibles aux armes conventionnelles, les monstres peuplant Central Park ne disparaîtront qu'une fois incinérés d'une manière ou d'une autre. Coups de chaise enflammée, balles incandescentes ou lance-flammes improvisé sont quelques-unes des solutions envisageables pour occire ces tas de chair putréfiés. La liberté offerte au joueur dans la résolution des combats est ainsi rafraîchissante et peut donner lieu à des expérimentations spectaculaires. L'arme de poing n'est donc utile que combinée à d'autres objets et ne saurait à elle seule donner l'avantage à Edward. D'où la nécessité de bien gérer son inventaire en évitant de se fourrer les poches de balles. Survival oblige, il faudra porter beaucoup d'attention à l'équipement transporté et ne jamais négliger un mouchoir qui traîne, une vieille bouteille de tord-boyaux ou un spray insecticide tombé d'une poubelle. La fameuse veste servant d'inventaire ne disposant que d'un nombre limité de poches, il faudra régulièrement choisir entre deux objets également intéressants. La dimension Survival est d'ailleurs encore accentué par le système de régénération des blessures. Très original, il permet au joueur de soigner lui-même les plaies meurtrissant le corps d'Edward à l'aide de bandages et autres sprays. Bref, un jeu de survie nécessitant une pointe de vigilance et beaucoup de discernement.
Arthrose et difficultés motrices
Alone In The Dark compte donc quelques excellentes idées, mais est-ce suffisant quand tant de petits défauts s'ingénient à en diminuer la portée ? Déjà pointée du doigts lors des premières rencontres organisées entre le titre et la presse, la jouabilité rigide dont écope ce nouvel épisode s'avère rédhibitoire dès les premières minutes de jeu. Le stick analogique droit étant assigné à la manipulation des objets, il faut donc se contenter du gauche pour tous les déplacements d'Edward à la troisième personne. Le résultat est à ce point frustrant que l'on se croirait revenu dix ans plus tôt. Le maniement du personnage est ainsi laborieux, pénible, agaçant. Face à des monstres agiles et particulièrement féroces, Edward manque cruellement de réactivité et s'expose régulièrement à de sévères déculottées. Pas insurmontable certes, cette raideur en découragera plus d'un et ne se dissipe d'ailleurs jamais complètement. La vue à la première personne s'en sort un peu mieux, grâce à l'emploi des deux sticks. Reste tout de même des déplacements lents et rigides qui ne redonneront pas le sourire aux joueurs désespérés par la vue extérieure.



Nous aimerions sincèrement nous arrêter là. Malheureusement, la liste des errances se poursuit avec une dimension technique décevante. Si esthétiquement le titre s'en sort avec les honneurs, grâce à une gestion de la lumière convaincante, un design des environnements globalement réussi et quelques panoramas somptueux, la réalisation pêche par manque de finition. Bugs de collisions, retards d'affichage, frame-rate inconstant et même freeze viennent parasiter l'expérience délivrée par cet Alone In The Dark. Le tout laisse une désagréable impression d'inachevé difficilement explicable après quatre années de développement. Concluons ce test par une note plus positive en saluant l'excellente bande-son accompagnant les péripéties d'Edward, qui ne se limite pas à son seul thème principal contrairement à ce que de mauvaises langues ont pu colporter.
Conclusion
C'est la mort dans l'âme que nous avons sanctionné cet Alone In The Dark. Prometteur à bien des égards, porté par une équipe talentueuse ayant bénéficié d'un temps de développement exceptionnellement long, ce nouvel opus n'est malheureusement pas la renaissance espérée. Malgré d'excellentes idées de gameplay, le titre d'Eden manque singulièrement de rythme, la faute à un environnement ouvert mal exploité, et souffre de nombreuses errances techniques. On déplorera enfin une jouabilité frustrante et mal calibrée pour le genre. Dommage, les bonnes idées ne manquaient pourtant pas ...
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